APRES LE SUBSTANTIF
C'est du sein même du mouvement que naît l'équilibre des mondes et le repos de l'univers.
Si la vertu même , et si la gloire ne nous rendent heureux , ce qu'on appelle bonheur vaut-il nos regrets? (Vauvknargues).
Dès que deux amants sont d'accord , les montagnes mêmes se séparent pour leur ouvrii- un passage.
(Lesage.)
Les écorces mêmes des végétaux sont en harmonie avec les températures de l'atmosphère.
(Bernardin de St-Pierrk.)
Placé avant ou après un nom , le mot mêjne est adjectif et prend le nombre du substantif auquel il est joint ; mais sa position, devant ou après le substantif, lui donne un sens bien différent , el si l'on disait : C'est la même vertu pour c'est ta vertu même, on ferait entendre tout le contraire de sa pensée.
Dans les exemples de la première colonne , même marque la similitude : le même homme, la iiÈîHE feinnie ; les mêmes hommes ^ les mèues femmes. Dans ceux de la seconde il exprime un rapport d'identité : les hommes mêmes, les femmes mêmes. C'est-à-dire le» hommes eux-yiÈUES , les femmes e//es-siÊMES.
Même ne varie pas sous le rapport du genre.
Le même babît.
Lb même plante.
Le même éloge La mèmeloL Le même ouvrage.
Le même raison.
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.
Les mêmes habits.
Les mêmes plantes Les mêmes éloges.
Les mêmes lois.
I^es mêmes ouvrages.
Les mêmes raisons.
Le roi même.
Ces murs mêmes.
La croix même.
Les soldais mêmes.
Les femmes mêmes Les oniciers mêmes.
Le roi lui-même.
Ces murs eux-mêmes
Les croix elles-mêmes.
Les soldais eux-mêmes.
Les femmes elles-mémM.
L'^s officiers eux-mêmes.
N' CCXXIX. ^^^^
Môme JOINT A UN pronom.
Je dis quelquefois en moi-même : La vie est trop courte pour que je m'en inquiète.
(Vautenakgubs.)
PLURIEL
Comment prétendons-nous qu'un autre garèa notre secret, si nous ne pouvons le garder nous-mêmes.
(LAROCnSFOUCAULD.)
Toi-même , ô mon 111s , mon chei flls I toi-même qui Jouis maintenant d'une jeunesse si vive et si féconde en plaisirs, Bouvlens-toi que ce bel âge n'est qu'une fleur. (Fkmelon.)
Qu'il est grand d'être toujours plus fort que soimême. (Massillon.)
Pour la passion de l'aTarico , l'avare ne se la cache qu'à lui-même. [l'i.)
Phèdre , atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire , Lasse enfin à'die-mème et du jour qui l'éclairé, Peut-elle, contre vous, former quelques desseins?
(Racine.)
Vous qui méprisez les opinions religieuses , et qui vous dites supérieurs en lumières , venez et voye» vous-mêmes ce que peut valoir, pour le bonheur, votre prétendue science.
(Neckkr.)
Il se trouve toujours des hommes qui ont assez de courage ou de mépris d'eux-mêmes pour exposer leur vie par l'appât du plus vil intérêt.
(BurroM.)
Le prince de Condé demandait que les églises réformées lissent sur elles-mêmes une imposition.
(Anquktil.)
Lorsqu'il se trouve placé après un nom personnel ou pronom , même est encore adjectif et s'identifie, en quelque sorte, avec son antécédent, dont il prend le nombre: Nous-mêmes, eux-mêmes^ toi-même (1).
Dans celle circonslance, on ne saurait se dispenser de mettre le trait d'union qui rend ces deux mots comme inséparables.
EXERCICE PHRÀSÉOLOGJQVE.
J'ai été mol niéiue^iur le poizïl de :ni ticLtt
Toi-mèine tu ui'ai iojurié.
Peut-on M conualtra soi-même.
Cet bomme rronooça lui-même sa condamnation.
C«tt« |euo« nUe damauds elle-même la grâce de son pOie.
Cei eiifanU ê» iool corrigés eui-méme>.
Ccf dame* ellea-mémei sont descendues.
Ces priocei se sont expatriés d'eux-mêmes. Nous ne Toyous pas nous-mêmes nos défauts, Kous nous cimes tort à uous-mèiiics en parlant trop.
-^^^^^ N" CCXXX. c=
Nous-même, vous-même expuimaimt l'idée d'unité.
Va ; mais nous-mêmè , allons , précipitons nos pas. Qu'il me voie attentive au soin de son trépas.
JRacisk.)
Mais vous-même , ma sœur, est-ce aimer votre père , Que de lui faire en vain celte injuste prière?
C'est votre temps , ce sont vos soins , vos affections, c'est vous-même qu'il faut donner.
(J.-J. Rousseau.)
Vous seul pouvez parler dignement de vous-même.
(Voltaire.)
Dans ces exemples, même est invariable, quoiqu'il se trouve en rapport avec les pronoms nous^ vous. En eflet, il ne s'agit, dans chaque phrase, que d'une seule personne qui se parle à elle-même ou à qui l'on parle.
Lorsque Roxane dit : Va; mais nous-même allons, précipitons 7ios pas, elle ne songe qu'à elle seule; elle n'a qu'elle seule en vue.
(1) Les poètes ne se sont pas toujours astreints à celle règle, soit par négligence, soit à cause de la rime ou ûe l'élision des voyelles. En voici quelques exemples :
Elle» même aux railleurs dénonçant leurs maris.
(GlLBEST.)
Soyons vrata, de nos maux n'accusons que nous-même. Votre amour fut aveugle et mon orgueil extrême.
(La Harfi.)
Loin de moi les mortels assez audacieux , Pour juger, par eux-mêmc et voir tout par leurs yeux
On porte jusqu'aux cicux leur justice suprême : Adorés de leur peuple , ils sont des dieux cux-mcme.
ild.)
Nous-méme signiûe moi-même, comme voui-m^me dans les auires exemples, veut dire toi-même.
L'idée d'unité est donc spécialement attachée ici aux noms personnels nous, vous» C'est ce qui a déterminé l'invariabilité de l'adjectif même.
EXERCICE PnRASÉOLOGIQVE.
Nouarffitmc eoaroni au tecoon de Dotr* enfaoL EcoutODi Dout-oitae «En de turpieodre aotr* mari
Voua-mémo, jeune fille, craignes l'amonr, Eerirci Tous-mtmc ce billet.
>^^mo N° CCXXXI. o^^i«
Même se rapportant a un nom précédemment exprimé.
Le nombre des galériens est à peu près le même tous les ans, (Dupaty.)
Les symptômes ne furent pas partout les mêmes.
(SiSMONDI.)
La manière d'amener ces petits morceaux de poésie est malheureusement toujours la même.
(Florian.)
Mais depuis le moment qu'Elisabeth eût découvert la tristesse de ses parents , ses pensées ne furent plus les mêmes. (M"* Cottin.)
AlfALYSB.
Le nombre de» galériens est à peu près le mêm» (nombre) tous les ans.
Les symptômes ne furent pas partout les mêmei (symptômes).
La manière d'amener ces petits morceaux de poésie est malheureusement toujours la mime (manière).
Mais depuis le moment qu'Elisabeth eût déccuvcrl la tristesse de ses parents , ses pensées ne furent p'is les mêmes (pensées).
Le même, la même, les mêmes entraînent après eux l'idée d'un substantif sous-entendu.
C'est donc à tort que les grammairiens les supposent employés substantivement; car notre analyse prouve, d'une manière convaincante, que ce sont de véritables adjectifs.
Les symptômes ne furent pas partout les mêmes. Sans contredit, l'esprit ne fait aucun effort pour trouver que le mot symptômes est sous-entendu , et que l'adjectif les mêmes s'y rapportant, doit en prendre le nombre.
Cet homme u'est plus le même.
Elle n'était plus U marne.
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQVE.
êtt tatenta ne lootplus le» mtmei. Sa folie n est plui la méine. Cet h. mms n'eit plai le même.
Sel giicei aont les même». Ce« iniuislrei ne tout pat ie» mimes. Son écriture n'eal plni l« même;
N CCXXXÏI.
JHême EMPLOYÉ adverbialement.
APRES UN TERBE.
Nous ne derons pas fréquenter les impies , nous devons même les éviter comme des pestes publiques. (Cité par Gieadlt-Duyivier.)