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SUBSTANTIFS PROPRES

Sur les rives du Gange on voit fleurir l'ébône.

(Delille.)

Le Nil du vert acantliè admire le feuillage.

{Id.}

L'if s'épanouit au souffle de Borée.

{Id.] Le baume, heureux Jourdain, parfume tes rivages.

{Id.)

. . . L'Inde et ses forets, et leur riche trésor, Et le Gange, et l'Hermus qui roule un limon d'or, Et les riches parfums que 'l' Arabie exhale, A l'antique Ausonie ont-ils rien qui s'égale ?

{Id.)

Tous les objets de la nature, les fleuves, par exemple, les v illes ou les hommes, ont un ensemble de qualités communes qui en font une collection d'êtres ou d'objets de même nalure; i)ar conséquent, la même dénomination leur est applicable. Les substantifs fleuve, ville, homme, conviennent à chacun d'eux, et sont employés toutes les fois qu'on veut les désigner par l'idée de la nalure qui leur est commune.

Mais si l'on veut distinguer un fleuve des autres fleuves, une ville des autres villes, un homme des autres hommes, il faut nécessairement les distinguer par une dénomination qui leur soit pope, particulière.

De là deux espèces de substantifs : ceux qui conviennent à une classe d'individus, et ceux qui servent à distinguer un objet de ceux qui ont la même nature.

Les substantifs de la première espèce sont appelés communs, ceux de la seconde espèce sont appelés substantifs projrres.

Ainsi cerise , rameaux , génisse , lait, suc, plantes, arbres, jardins, ornement, homme^ laine, brebis, pas, fourmis, cohorte, travaux, tâche, gazon, grains, hiver, magasins, etc.

sont des sîibstantif s communs, parce qu'ils exprimen! i.ne idée commune aux objeto d'une même classe.

On peut dire, en montrant un figuier, ceci est un arbre; si l'on montre un olivier, on peut encore dire, ceci est un arbre; on le peut encore, si l'on montre un grenadier, un cnêne, un oranger, un cerisier, etc : le mot arbre est donc un subsianùf commun h tons les autres végétaux. Le mol arbre est donc un substantif commun nommant une espèce ou plutôt une classe de végétaux, et qui convient à tous les individus de cette espèce ou classe. Parmi les arbres, il y a des figuiers, il y a des oliviers, des grenadiers, des chênes, des cerisiers, des orangers, etc.; mais tous les arbres qui donnent des ligues s'appellent figuiers ; le nom ^(/i«er est donc t'owîmai à tous les arbres &qV espèce qui produit des Ogues; tous les arbres qui produisent des olives sont des oliviers; le nom olivier est <\onc commun à toute l'espèce d'arbres produisant des olives; le nom grenadier est co7nmiin à toute l'espèce d'arbres produisant des grenades; le nom chêne est commun hlouie l'espèce d'arbres produisant des glands; le nom cerisier est commun à toute l'espèce d'arbres produisant des cerises; le nom oranger est commun à toute l'espèce d'arbres donnant des oranges; àonQ,\Q5uon\s, figuier, olivier, grenadier, chêne, oranger, cerisier y sont des substantifs communs.

Gange, Nil, Borée, Jourdain, Inde, Hermus, Arabie, Ausonie, etc., sont, au contraire, des suDstantf s propres , parce qu'ils servent à distinguer un fleuve d'avec tous les autres fleuves, une contrée d'avec toutes les autres contrées, un homme d'avec tous les autres hommes.

Cette propriété du substantif, par laquelle il embrasse une classe d'individus ou n'exprime qu'un individu d'une classe, s'appelle étendue.

Les substantifs communs ont plus ou moins d'étendue, selon qu'ils s'étendent à uii nombre plus ou moins considérable d'individus ; ainsi le substantif animal a plus d'étendue que le substantif ^o?nme, qui ne convient qu'à une portion des êtres animés.

Les substantifs propres ont une étendue aussi restreinte que possible, puisqu'ils ne désignent que des individus uniques, particuliers, comme Martin, Paris. Lors même qu'ils se trouvent convenir à plusieurs individus, c'est uniquement par hasard : ainsi de ce que, suivant le proverbe , il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin , il ne s'ensuit pas que le nom Martin ait été destiné à marquer une classe , une collection d'individus qui aient quelque chose de ressemblant, quelque caractère commun, en sorte qu'un Martin puisse servir à faire reconnaître les autres Martin.

11 en est de même de Londres et de Paris; Londres et Paris sont des noms de villes. Il y a deux villes nommées Londres: Londres en Angleterre et Londres en Amérique. II y a six villes appelées Paris: Paris, capitale de la France, et cinq Paris dans les États- Unis de l'Amérique du nord; il pourrait y en avoir bien davantage. Mais toutes les villes ne s'appellent point Londres ou Paris, ces noms ne sont pas communs à toutes les villes; ce sont donc des noms propres à un ou plusieurs individus de l'espèce d'objets appelés villes; mais iis ne conviennent pas à tous les objets de celle espèce.

De tout ce que nous avons dit jusqu'ici nous conclurons :

1° Que le substantif propre est un nom qui ne s'applique qu'à un seul individu, à un seul objet, pour le distinguer de tous les autres individus, de tous les autres objets;

2° Que le substantij commun est un nom qui, au contraire, peut s'appliquer indifféremment à tous les individus, à tous les objets d'une même espèce, d'une môme nature.

Remarquez ceci : les substantifs joro/^res doivent toujours commencer par une grande lettre ou majuscule : Paris, Londres, Rouen.

(32) EXERCICE ANALYTIQUE

(Distinguer les substantifs propres des substantifs communs.)

Combien de monuments dont la grandeur étonne ! Regardez : t'est Bossutt qui s'élève et qui tonne ; C'est IJescartes, du monde éclairant le chaos ; C'est Corneille, Pascal, Racine, Dcspréaux ; Montesquieu qui des lois explique les oracles ; Jîuffon de la nature étalant les miracles ,- Et vous, chœur immortel par îcs Grâces orné, Vous, reines des beaux-arts, que conduit Se'vif/nc'. Je reconnais Martel qui sut dans nos vieux âges Du Maure débordé repousser les ravages / Charles qui, de cent rois le vainqueur ou l'appui, Vit l'unir ers entier se taire devant iia',- Des Guesclin, des Bayard la valeur souveraine, El, plus près de nosjoars^ Catinat et Turenne.

Castel.)

Fontanes ! dont la voix consola les tombeaux f Saint-Lambert .'qui chantasies vertus des hameaux^ Morellet ! dont la plume éloquente et hardie Plaida pour le malheur devant la tyrannie ; Suard ! qui réunis, émule û'Adisson, Le savoir à Yesprit, la grâce à la raison • La Harpe ! qui du goût expliquas les oracles j Sicard ! dont les leçons sont presque des miracles. Jussicu, Aa/j/«ce /et toi vertueux Daubentnn Qui m'appris des secrets inconnus à Jiuffon : Je ne vous verrai plus,

(MiClIAUD.)

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