LES INTERROGATIONS ET LES EXCLAMATIONS
Comment les rayons d'un astre uh million de fois plus gros que la terre ont-ïîs des harmonies si surprenantes avec les tableaux de la nature ?
(Aimé-Martin.)
La ti'e n'est-elîe pas un songe ?
[Id.]
Les armes du «angHer sont-elles plus dangereuses que celles de la gucpe ou du moustique ?
{Id.) Le bruit harmonieux que produit le feuillage , Et le bruit «ourd des flot? soulevés par l'onige , Pla;sent-i75 au coursier qui , fier et plein d'ardeur,
Oh ! pourquoi la fortune vous a-t-cHe refusé C(.mme ù moi un peu de terre dans votre terre natale ! (IJf.rsardin dk Sx Pibrre.)
Pourquoi un chien de bnsse-cour hurle-t-i7 la nuit à la simple cdeur d'un loup qui lui ressemble ?
Le spectacle des afl'aircs bumoines ne vaut-il pas mieux que la contemplation de nos propres douleurs»
(Ballanchk.) Ce doux rêve est-il un mensonge ?
Ce doute niïri'ux me. fait mourir; Si je n'j suis aimé qu'en songe,
Déploie en s'élançant sa grâce et sa vigueur ? 1 Dites-le moi , je retourne dormir
(W.) (Florias )
La beauté ncsl-e/le pas comme la roseP elle se lletrit au souine du plaisir. [Id.)
Le bien est-il donc si difficile à faire ? Prcnon* \t contre-pied de ce que font les ambitieux et les méchants. (Bkbnardin db St-Pierrk.)
Par ces exemples on v)it que dans les interrogations on exprime d'abord le nom (le l'être ou de la chose dont on veut parler, puis les mois il, elle, ils, elles, qui se placent après le verbe : Les animaux ojjmls des universités?
Mais, demandera-t-on , quel est, dans cette phrase , le sujet du verbe ont? Est-ce le substantif animaux, ou le pronom ils, ou sont-ce tous les deux à la fois?
Écoulons un peu les grammairiens à cet égard. Dans les animaux ont-ils des univertitcs, le verbe, disent-ils, a pour sujet animaux et ils ensemble; mais ce dernier est répété par pléonasme.
Ainsi ils est un pléonasme. Mais qu'est-ce qu'un pléonasme, je vous prie ? C'est un mot surabondant , inutile quant au sens. Donc ils est un mot surabondant, inutile, une espèce d'intrus qu'il faudrait presque bannir de la phrase. Heureuse trouvailic que celle du pléonasme , et qu'ils sont à plaindre vraiment les aniinaux de n'avoir pas d'universités où on leur enseigne la belle théorie du pléonasme! Un mot présente-t-il quelque difficulté, et ne peut-on l'expliquer, ni en rendre compte? c'est un pléonasme. Avec une pareille réponse, l'ignorance, comme on le voit, est fort à son aise.
Quant à nous , qui avons pris nos degrés à l'école des Dumarsais et des Biagioli nous ne pouvons nous résoudre à penser, avec les grammairiens, qu'il y ait, dans une phrase, des mots vides de sens, des mois qui ne puissent se soumettre à aucune analyse; et nous avons trop de vénération pour nos grands écrivains pour leur faire l'injuro de croire qu'ils laissent tomber les mots de leur plume. Nous pensons, au contraire, que tout ce que l'aveugle routine ne comprend pas et ne manque pas d'attribuer à Vusage , au caprice , à Vabus, au hasard, est le résultat des méditations les plus profondés.
Armés du ilambeau de l'analyse, ce scalpel de la pensée, nous allons donc chercher à dévoiler le mystère dont s'enveloppent les prétendus doubles sujets des grammairiens.
Lorsque Bernardin de Saint-Pierre dit : Oh! pourquoi la fortune vous a-f-ELi.r. ttfusé comme à moi un peu de terre dans votre terre natale? il a d'abord dans la pensée ridée de Xa fortune; il sait d'avance qu'il va en parler. Il pourrait donc, tant il esi préoccupé de cette idée, supprimer ce mot, et dire tout simplement : Oh! Pourquo vous a-t-ELLE refusé comme à moi un peu de terre dans votre terre natale? Mais comme, ai: moment où il va pour exprimer sa pensée , il s'aperçoit qu'en ellipsant le mol fortune, le lecteur pourrait ne pas le comprendre , il jette en avant ce mot, et dit : Oh! pourquo; la FORTUNE vous a-t-ELLE Tcfusé ? ctc. En sorte que le mol fortune n'est là que l'explicateur du pronom elle, et il se trouve interjeté dans la phrase pour avertir qu'il va en être question. La phrase de Bernardin de Saint-Pierre peut donc êlrianalysée ainsi : Oh! pourquoi vous a-t-ELLE (je veux dire la fortune) refusé , etc. Le même raisonnement doit s'appliquer à tous les autres exemples du numéro.
Quand bien même le substantif, au lieu de commencer la phrase, la terminerait , comme dans cet exemple : Que vous mii-iLsfait, les troglodytes? Cela ne changerait rieu à l'analyse, qui serait! également (« propos des) thoglodytes, (je vous demande ce) yw'iLS vous ont fait.
La théorie des doubles sujets, des pléonasmes, est donc une théorie creuse, et qu'il laut laisser à ceux qui l'ont imaginée; car, en prenant un peu la peine d'entrer dans la pensée des écrivains, on voit que les pronoms il, elle, etc., sont les véritables sujets des phrases citées, et que les mots rayons, vie, armes , fortune , chien, etc. , ne sont autre chose que des fragments de propositions elliptiques.
L*bomnie eftt-il mortel?
L«< animaux ont-ils une Ime?
Le ciel ejl-il tinijourt serein ?
rowquoi l'Amérique a-l-«lle été découverte ?
Pourquoi la boussole a-l-elle été inientée ?
\!S prières sont-elles donc sans rerlu }
En combien de jours Dieu fit-i. .e monde }
De quoi C Ivpso ne pjuTait-elW M eontobr?
Par qui Rome ful<lle l'ondée)
Combien la France «-t-elle de départemcDls
Où .Napoléon »il-il It jour ?
Les songes ont-ib en effet un sens ?
N" CCLXXIX. m