NATURE PE CE MOT
Quiconque flatte ses maîtres les trahit.
(Massillon.) Quiconque est né envieux et méchant est naturellement triste. (PouiLLY.) Quiconque est honnête et travaille Ne saurait offenser les dieux. (Voltaire.) Quiconque est soupçonneux invile à le trahir. {Id.) Quiconque est vivement ému voit les choses d'un autre œil que les autres hommes. {Id.)
Quiconque de vous, mes amis, bratera le danger, sera couvert de gloire. (Boiste.)
Quiconque de vous, mes filles, osera broncher, sera punie. ( Id.)
Quiconque a pu franchir les bornes légitimes Peut violer enfin les droits les plus sacrés.
Quiconque est capable de mentir est indigne d'êti> compté au nombre des hommes. (Fénelos.)
Les grammairiens mettent ordinairement ce mot au nombre des pronoms. Mais de quel nom quiconque lient-il la place? C'est une vraie mystification. Quoi ! s'écrie M. Dessiaux, dans la plupart des ouvrages qui nous sont présentés comme le résumé de ce que les grammairiens ont pensé do mieux dans la science du langage, nous retrouvons encore les traces de la barbarie du moyen âge I
Quiconque n'est point un pronom. C'est tout bonnement un adjectif conjonctif employé elliptiquement comme substantif. Pour s'en convaincre, il suffît de connaître les éléments qui le composent. Or, quiconque est un composé du mot qui et de l'ancien adverbe français onque, qui signifie jamais, et dérive du latin unquàm. Voici deux exemples qui prouvent qu'anciennement quiconque s'écrivait en deux mots, qui onque :
Et si ne mece (mette) nus home, ne femc,boure,ne flocon,nelaneton,negratuisedepeaus, ncestonturebatuc, ne à batre, et ki onkes feroit tiretaine là ù il y eust mesléavœc auqunes de ces coses ; il perderoit le tiretaine malvoise et boine toute ensanle et si seroiten forfait de 10 liv. (Ban des Tiretaines de 12')3.)
Et ki onquet porteroit waine (gaîne) sans coutiel et sans broke, de coutiel ameure u de broke, il seroit à 10 livres et banni de la vile. (Ban des Eschevins de Douai. 1262.)
Qui oncques ou quiconque (la lettre c est intercalée dans le second de ces mots {)ar euphonie) est donc un abrégé de qui que ce soit jamais, tout homme quel qu'il soit jamais : et ce qui le prouve, c'est que nos anciens écrivains disaient souvent quiconque il soit. On trouve dans les Essais de Montaigne cette phrase qui vient à l'appui de notre assertion :
(( Notre justice ne nous présente que l'une de ses mains, encore est-ce la gauche Qui- » conque il soit, il en sort avec perte. »
Il ne nous reste qu'à donner l'analyse des exemples cités plus haut.
ANALYSES
1. Tout homme, quel qu'il soit jamais, qui flatte ses maîtres, les trahit.
2. Tout homme, quel qu'il soit jamais, qui est né envieux et méchant, est naturellement triste.
3. Tout individu au milieu do vous, quel qu'il soit jamais, qui bravera le danger, sera couvert de gloire.
4. Toute femme au milieu de vous, q'ielle qu'elle soit jamais, qui osera médire de moi, sera punie.
^-^o N° CCCCX. c^^^