‹ Grammaire nationaleChapitre 391 sur 643 · Il ne me plaît pas que vous alliez là · texte numérisé non relu

Il ne me plaît pas que vous alliez là

Ici la forme du verbe a cela de particulier qu'elle ne peut s'employer seule ; elle est toujours sous la dépendance d'un premier verbe exprimé ou sous-entendu, et sans lequel elle ne peut former un sens complet.

5. Aller. Cette forme diffère de toutes les autres en ce qu'elle n'exprime par elle-même ni l'idée de la personne , ni celle du nombre , ni celle du temps. On peut dire :

Avec les trois personnes :

Je veux

Tu veux \ aller .

Il veut

( 496 ) Avec les deux nombres :

Je veux ) ^ii^j.

Nous voulons S

Avec les trois temps :

Je veux 1 Je voulus > aller Je voudrai ]

Et la forme aller se prêtera à toutes ces combinaisons sans chanf^cr de terminaison; elle a donc bien plus d'étendue; elle exprime une idée bien plus générale que toutes les autres formes verbales.

^ ( Allant.

^■\ Allé.

Ces formes ont une ressemblance frappante avec les adjectifs qualificatifs ; elles marquent la manière d'être , la qualité des objets. On peut donc dire que ces formes verbales tiennent de la nature du verbe et de celle des adjectifs. Aussi est-ce pour cette raison que nous les avons fait figurer parmi cette dernière classe de mots. (V. page 70.)

Il nous reste à connaître le nom que les grammairiens ont inventé pour désigner les différentes idées accessoires dont les formes verbales peuvent être les signes. Et d'abord , comme ces idées accessoires varient selon la forme des verbes ou la manière dont ils s'emploient, ils leur ont donné le nom commun de modes, du nom latin niodus , qui veut dire manière. Ainsi, comme, dans la langue vulgaire, la mode est la manière de se vêtir, dans la langue grammaticale , le mode est la manière d'employer, d'habiller en quelque sorte le verbe selon l'idée que l'on veut ajouter à sa signification principale.

En jetant les yeux sur les exemples cités , on voit qu'il y a six modes :

1° Mode indicatif on mieux affirmatif, celui qui exprime l'idée d'affirmation positive : je vais.

2° Mode conditionnel , celui qui exprime l'idée d'affirmation soumise à une condition : j'irais , SI...

3" Mode impératif , celui qui exprime l'idée du commandement : va.

k° Mode subjonctif, celui qui est toujours placé sous la dépendance d'un autre verbe : je veux que vous alliez là.

5° Mode infinitif, celui qui s'étend, sans changer de forme, à toutes les personnes , à tous les nombres et à tous les temps, à cause de cette étendue illimitée : aller.

6" Participe, celui qui tient de la nature du verbe et de celle de l'adjectif. On l'a nommé participe pour exprimer cette participation de deux espèces de mots : allant , allé.

D'après tout ce que nous venons de dire , on peut aisément conclure que le mode n'est autre chose que les différentes formes que prend le verbe pour satisfaire aux besoins de renonciation. En effet, comme il arrive la plupart du temps qu'une seule proposition no suffit pas à l'expression complète de la pensée , d'autres propositions , qui servent à en modifier une plus essentielle ou plus importante, à laquelle elles se rapportent, ou à déterminer avec plus de précision quelques mots , quelques idées de cette proposition principale, concourent avec celle-ci à former un tout, un ensemble, dont les diverses parties, liées entre elles et subordonnées les unes aux autres, sont indispensables pour donner à la pensée tout le développement nécessaire.

Voilà pourquoi l'on remarque , dans les langues qui ont été le plus perfectionnées , outre le mode qui sert à l'expression des propositions absolues, diifîctes ou principales , et qu'on appelle indicatif, trois autres modes propres à exprimer les propositions relatives, accessoires ou subordonnées : l'un , tel que le subjonctif, qui marque plus spécialement que la proposition oîi il se trouve dépend d'une autre proposition , à laquelle elle doit être jointe pour en compléfrr >^l en développer le sens ; l'auti e , ox{)rin]ant un ordi e.

ane volonté , un désir, une prière , et se rapportant moins à quelque proposition précédente et expressément énoncée, qu'à ces mouvements mêmes de l'ame ou de la faculté intellectuelle, qu'on néglijje d'énoncer d'une manière plus explicite : c'est le mode appelé impératif. Enfin, le troisième, nommé conditionnel, se trouve dans les propositions subordonnées , qui renferment quelque supposition ou condition , quelque vœu ou désir dont l'accomplissement est incertain , ou au moins dépendant de ces conditions mêmes.

— oe^.-^^^ N° CCCCLYIIl. ^^-^— -

Page 1