DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VERBES
La colombe attexdrit les échos des forêts.
(Delili.e.) 11 veut ÊTRE CONNU et ADORÉ de sa créature.
(Massillok.) Les rats sont gouvernés j^ar la raison d'état. (La Fontaine.)
Abstenez-vous de nuire à votre ennemi.
(Massillow.
Il fait, sans ss flatter , le procès à son vice.
(Boileac Il y a long-temps qu't7 d'à plu.
(Académie.)
En exammant attentivement les phrases citées en tète de ce numéro, on voit que ;es verbes n'ont })as tous le même complémeni ni le môme sujet, et que d'autres n'admelt^'ut point de complément après eux.
Attendrit est suivi d'un complément ou régime direct : La colombe attendrit quoi? les échos des forêts .
Dieu veut être adoré de qui? de sa créature: les rats sont gouvernés par quoi?j9flr la raison d'état. De sa créature, par la raiso7i d'état, sont les compléments ou régimes indirects des verbes être adoré, être gouverné, qui expriment le contraire des verbes adorer, gouverner
Abstenez-vous de nuire à votre ennemi. Nuire diffère des verbes que nous venons d'examiner en ce qu'il n'admet jamais après lui de régime direct, et qu'il ne peut se tourner par être nui. Son complément est à votre ennemi, qui est un complément indirect.
Condillac , d'accord avec bien des grammairiens, ne reconnaît qu'un verbe; le verbe être, exprimant le rapport aperçu par resj)rit, l'action du jugement qui compare. Selon ces nombreuses autorités, tout verbe, soit actif, soit passif, soit réHéchi, ne serait qu'un composé de ce verbe cire, et d'un adjectif exprimant la manière d'être. Ainsi, je pense, serait une traduction abrégée ôg je suis pensant. La conjugaison grecque, composée près-
( 504 ) que toujours d'un radical invariable uni aux terminaisons du verbe être viendrait à l'appui de celle asserlion.
Nous avons à ce sujet quelques doutes aussi peu importants que le sujet lui-mômo. Nous allons les exposer brièvement.
Ce verbe être, le seul de la langue, exprime-t-il l'idée d'existence ou l'idée du rapport seulement; car ce sont deux idées distinctes?
S'il exprime seulement l'idée d'existence , il nous semble qu'il n'est pas l'expression de la pensée; car nous croyons impossible d'analyser ces réflexions : jeperise , jevcux , je me souviens; elles sont simples, selon nous, indécomposables, et ne peuvent réellement, dans l'esprit, se diviser en : j'existe pensant, j'existe voulant, j'existe me souvenant. Quand je songe que Dieu est bon, je ne songe pas le moins du monde à la question de l'existence de Dieu, mais tout bonnement au rapport entre les idées déjà acquises sur Dieu, et une nouvelle idée que je leur associe, par le moyen du mot est.
Le verbe être n'exprime-t-il que ce rapport? Alors nous demanderons oii est le verbe qui exprime l'existence ; car il est absurde de traduire ces mots : Dieu est, par ceux-ci : Dieu est existant. Or, il est évident que dans cette phrase, Dieu est , ce mot est n'a pas du tout le même sens que dans l'autre : Dieu est bon
Enfin ce verbe être exprime-t-il les doux choses, selon l'occasion? Alors il y a deux verbes dans la langue; alors pourquoi pas vingt, pourquoi pas cent?
Nous croyons que chaque verbe est réellement et d'une manière indivisible l'expression d'une pensée indivisible ; qu'il n'y a pas d'intermédiaire entre le sujet et sa manière d'être, sa situation , son action ; que lorsqu'on dit : Henri IV mourut assassiné , on ne renferma qu'une idée sous ce mot mourut, et qu'on ne veut dire ni Henri IV fut mourant, ni Henri IV'exista mourant.
Nous soumettons aux maîtres en l'art de parler cette opinion que nous partageons entièrement, et qui est celle d'un de nos plus savants professeurs de philosophie, M. Ozaneaux, auquel on doit un nouveau système d'études philosophiques
Nous ajouterons que cette opinion est aussi celle de Lemare , de Bescher , et de quelques autres grammairiens philosophes, et nous terminerons par ce passage d'un académicien distingué, qui vient la confirmer.
On a cru découvrir l'origine des conjugaisons dans quelques inflexions des verbes grecs. On a dit que les Grecs n'avaient fait qu'ajouter à la fin du monosyllabe qui exprime une action ou un sentiment , les temps du verbe eô , qui signifie être . Ainsi , les mots pliileô, philceis et phileei, qui signifient en grec j'aime, tu aimes, il aime, ne seraient que le mot phil, qui exprime l'amour, joint aux mots eô, eisGtei, qui signifient jesms, tu es, il est. On a aonc voulu simplement dire: Je suis aimant, tu es aimant
Au premier coup d'oeil, cette explication est satisfaisante ; mais elle aurait de la peine à soutenir l'examen. Voici quelques-unes des objections qu'on peut y faire
1° 11 faudrait que les inflexions du verbe grec eô , qu'on remarque au présent de l'indicatif de certains verbes, se trouvassent aussi dans les autres temps ; ainsi, par exemple, les Grecs disant en pour exprimer j'efajs, il faudrait qu'ils eussent dit: phileén, et non pas éphileon, pour exprimer i'aimais
2° Pour supposer que ce sont les temps du verbe eô qui ont servi à former les conjugaisons grecques , il faut commencer par admettre que les Grecs avaient déjà conjugué co même verbe eô, c'est-à-dire qu'ils avaient déjà conçu l'idée de donner différentes inflexions au mot radical du verbe, pour lui faire exprimer les différents rapports du temps ; or c'est cette première conception qui fait tout le merveilleux. Dès qu'on a su conjuguer un verbe , il est aisé d'en conjuguer cent ; et quand les inflexions du verbe eô auraient été ensuite appliquées à tous les temps des autres verbes , ce qui est bien éloigné d'être
( 505 ) vrai, cela prouverait seulement qu'on aurait suivi la même forme pour la conjugaison, de tous les verbes
3° Si l'on fait la réflexion que le verbe être, exprimant une idée très-abstraite, qui suppose déjà d'autres idées abstraites et une langue très-avancée, a dû être un des derniers INVENTÉS , on trouvera peu vraisemblable que ses modifications aient pu servir à former celles des autres verbes. On peut assurer que la plupart des peuples sauvages n'ont point de mois pour exprimer cette idée abstraite : nous avons une grammaire et un dictionnaire de la langue des Galibis, et nous y trouvons que, pour exprimer je suis malade, ils disent simplement mot malade. Ce ne serait que par une connaissance exacte des langues sauvages qu'on pourrait espérer d'arriver aux véritables principes de la formation des langues; mais cette connaissance est difficile à acquérir, les rapports des voyageurs sont trop vagues et trop suspects (1).
5e flatter présente aussi un caractère particulier ; c'est que, s'il admet après lui un régime direct, ce régime est le plus souvent représenté par un pronom personnel ; il se (latte, c'està-dire il flatte SOI.
Enfin il a plu , il pleut , etc. , se distingue des autres verbes en ce qu'il ne s'emploie guère qu'à la troisième personne du singulier, et qu'il a presque toujours pour sujet le pronom il.
Il y a donc cinq sortes de verbes : le verbe actif, le verbe passif, le verbe neutre , le , verbe réfléchi et le verbe impersonnel. Nous allons examiner séparément chacune de ces sortes de verbes.
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