DU VERBE PASSIF
Il était entouré des seigneurs de sa cour.
(Académie.) Le» petits esprits sont trop blessés des petites choses.
(Larocuefolcauld.) Il est cruel d'être trompé par ses amis.
(Académie.) Il était guidé par la force de son génie.
(Massillon.)
Il est fasciné par les grandeurs du monde
(Académie ) On aime à faire voir qu'on est favorisé de Dieu.
(Fl-ÉCUIEH.)
Nos campagnes ont été fécondées par la pluie.
(Académie.) La venue de Jésus-Christ a été prédite par les prophètes. {Id.)
Le verbe passif est le contraire du verbe actif. Le verbe actif présente le sujet comme agissant, comme faisant une action qui se dirige directement vers son objet, au lieu que le verbe passif présente le sujet comme recevant, comme souffrant une action qui n'a point d'objet direct.
Dans la proposition : La loi protège également tous les citoyens , la loi, qui est le sujet, exerce l'action exprimée par le verbe protège; et ces mots, tous les citoyens, sont le régime direct du verbe.
Dans cette autre : l'ous les citoyens sont également protégés par la loi , le sens est le ' même que dans la précédente ; les mots tous les citoyens , qui tout-à-l'heure étaient le régime direct du verbe, sont maintenant le sujet de la proposition; mais ils n'exercent pas l'action exprimée par le verbe sont protégés ; elle est au contraire exercée sur eux par la loi; ils la souffrent, au lieu d'en être la cause ou le moteur.
Dans la première proposition, le verbe protège est appelé actif, parce qu'il suppose de l'activité, de l'énergie dans le sujet, puisque c'est lui qui exerce l'action sur autrui.
Dans la seconde, le verbe sont protégés est passif , parce que le sujet, loin d'avoir de l'activité, loin d'exercer l'action, est dans un état passif, puisque c'est sur lui que cette action est exercée par autrui.
Dans l'une comme dans l'autre, l'action part toujours du même principe, du même moteur, la loi; elle tombe toujours sur le même objet, tous les citoyens; il n'y a de différence que dans la construction de la phrase.
Ainsi les verbes sont actifs ou passifs, selon que le sujet de la proposition exerce sur autrui , ou souffre lui-même de la part d'autrui , l'action exprimée par le verbe.
A la rigueur, nous ne devrions pas admettre de verbes passifs dans notre langue, puisque nous n'avons pas de formes particulières, d'inflexions distinctes pour les cas où l'action est exercée par autrui sur le sujet de la proposition. Les Latins expriment par un seul mot, et au moyen d'une inflexion différente , être aimé, je stiis aimé, etc., etc. ; mais nous ne pouvons exprimer toutes les formes relatives au passif que par la combinaison des formes du verbe être avec le participe passé d'un autre verbe : ce n'est donc pas , rigoureusement parlant, pour nous une voix différente; et être aimé, je suis aimé, n'est pas plus un verbe passif que être malade , je suis malade.
Quoi qu'il en soit, tout verbe passifs nécessairement un verbe actif; et tout verbe actif a son verbe passif; de sorte qu'on peut établir en principe qu'on reconnaît un verbe actif quand on peut le tourner en passif, et un verbe passif lorsqu'on peut le changer en actif.
En français , on fait peu d'usage du verbe passif; on préfère employer le verbe actif, parce qu'il dégage la phrase de petits mots qui gênent la construction; c'est en cela que le génie de la langue française diffère beaucoup de celui de la langue latine. On ne dirait
pas bien : Toxis les jours ceux qui m'ont donné l'être sont vus par mot; mais on doit dire : Je vois tous les jours ceux qui m'ont donné l'être. Le verbe passif sq conjugue dans tous les lenips avec le verbe être-
EXERCICE ANALYTIQUE
(Souligner et analyser les verbes passifs.)
^on mérite e»t ignorC de tout )e monde. One nlanv*l^s action est suivie du repentir. La jeuor-.>e est embellie par les grîces. Sou ccear est étonne de se» nouveaux désirs. Toajoars par un malhenr un autre e>t amené. La jeunette est asses parée de la jeune^ee.
Toujours ou est puai par ou Von a péché.
Le tyran est cuint de ses sujets.
Le sage est t-timé de» gens vertueux.
Le puis>ant est toujours favorisé des ç;r.indft.
Le faible est écrasé par le fort.
Nous élioiu observés par l'ennemi.
]\« CCCCLXYII.
DU VERBE NEETRE (1).
Il ne faut point mentir, ma juste impatience Vous accusait déjà de quelque négligence. (Racine.) Énée à cet aspect tressaille de plaisir. (Def.ille.) Ainsi qu'on voit, sous cent mains diligentes, C/»oir les épis des moissons jaunissantes.
(Voltaire.)
Socrate passa le dernier jour de sa vie à discourir de l'immortalité de l'ame. (Acauémie.)
Le feu qui semble éteint dort souvent sous la cendre.
(Corneille.)
Les Platéens citèrent les Lacédémoniens à comparaître devant les ampbictyons. (Legendre.)
Le verbe neutre diffère du verbe actif en ce que celui-ci exprime une action qui se dirige directement vers son objet, tandis que celle du verbe neutre n'aboutit vers l'objet qu'indirectement , c est-à-dire qu'à l'aide d'une préposition. D'où il suit que le verbe neutre n'a jamais de régime direct, et qu'on ne peut jamais par conséquent le faire suivre d'un des mots quelqu'un, quelque chose: de même qu'il ne peut jamais adopter la. vois, passive, puisqu'il n'y a que les verbes qui aient un régime direct qui en soient susceptibles. C'est pourquoi marcher , et tous ceux de ce genre sont des verbes neutres, puisqu'ils ne peuvent être suivis des mots quelqu'un ou quelque chose, et qu'ils ne peuvent pas non plusse tourner par le passif. Agir quelqu'un, marcher quelqu'un, être agi, être marché, ne sont d'aucune langue.
Les verbes neutres sont de deux sortes : les uns, dont l'action peut se porter au dehors, et conséquemmentquiont un régime indirect, mais que quelques grammairiens nommeni à cause de cela verbes neutres transitifs, comme venir , nuire, etc.; car il faut nécessairement dire : venir de la campagne , nuire à sa réputation ; les autres dont l'action se concentre en eux-mêmes, qui n'ont donc pas de régime, et auxquels , pour cette raison , on a quelquefois donné le nom d'intransitifs ; tels sont : dormir, vivre, rire, marcher, etc.
Parmi les verbes neutres, il y en a qui se conjuguent avecaroir; comme r^^ner, vivre, languir, etc.; d'autres avec l'auxiliaire être; comme : tomber, arriver; et enfin il y en a un certain nombre qui, selon l'occurrence, prennent tantôt avoir et tantôt être ; tels sont : cesser, grandir, passer, etc. Nous indiquerons, dans un instant, dans quels cas cela a lieu.
Remarque. — Dans ces verbes, l'auxiliaire être est employé pour le verbe avoir. Ainsi je suis tombé, je suis arrivé, équivalent, pour le sens, -àj'ai arrivé, j'ai tombé; c'est une irrégularité particulière au génie de notre langue. Il est aisé, d'après cela, de distinguer un verbe passif d'un verbe neutre conjugué avec être. En effet, je suis encouragé n'équivaut nullement à j'ai encouragé : c'est donc un verbe passif.
(1^ Neutre signifle qui n'est ni l'un ni foutre, c'est-à-dire ni actif ni passif. Sous le rapport du sens, il n'y a en effet que ce» trois sortes de verbes.
EXERCICE ANAfATIQUE.
(Souligner cl analyser les verbes neutres.)