Rendre meurtre pour meurtre, outrage pour ou
(Racine.) [trage.j
Les mots, produits de l'alphabet, détermmés par le vocabulaire, ne reçoivent que de la grammaire la circulation et la vie ; de même que nulle Idée ne peut subsister isolément et sans relation avec une autre idée, nul mot ne peut être admis dans l'usage habituel sans être soumis à une foule d'influences qui règlent et multiplient ses rapports. Pour exprimer ces combinaisons de la pensée par des équivalents dans le langage, on a dû employer, dès la plus haute antiquité, certains signes convenus, certaines syllabes caractéristiques qui, ajoutées d'abord aux autres mo.ts et se confondant insensiblement avec eux, ont constitué ce qu'on appelle les flexions ou les désinences mobiles du langage. A ce principe s'en rattache un autre, que l'on peut considérer comme accessoire, et qui consiste à faire subir ces changements aux voyelles radicales de chaque mot.
Le verbe , écho naturel de chaque action , est originairement monosyllabique ; mais ce n'est point sous cette forme radicale qu'il nous apparaît dans l'usage habituel. Placé dans des rapports variés, influencé par une foule de circonstances, il est appelé à spécifier à la fois les personnes, les temps et les modes ; et, tandis que chez beaucoup de peuples
{ 51J ) ces nuances sont marquées par «les mois isolés, qui, disséminés dans la phrase, laissent la racine dans toute sa nudité, d'autres nations, choisissant, dès la plus haute antiquité, une série de modifications pronominales propres à exprimer l'action dans toutes ses phases, les ont liées et fondues avec le verbe d'après une méthode positive, dont l'ensemble constitue chez elles ce qu'on appell.^ conjugaison.
La base de la conjugaison, la première modification du verbe est celle des personnes, correspondantes aux trois persoimes pronominales, celle qui parle, celle à qui l'on parle et celle de qui l'on parle. Cette distinction partout établie s'exprime soit par des terminai sons spéciales et adhérentes au verbe, comme dans les langues anciennes, soit par la simple apposition des pronoms, comme dans la plupart de nos idiomes actuels.
On a remarqué que tous les verbes français sont terminés, au présent de l'infinitif, de l'une de ces quatre manières: en er, comme chanter; en ir comme punir ; enoir, comme recevoir ; en re, comme rendre
Cette observation a conduit à partager les verbes en quatre grandes classes sous le nom de conjugaisons { verbes sous le même joug).
La première conjugaison comprend tous les verbes qui O'it le présent de l'infinitif en er, comme chanter, aimer, prier, parler, manger, danser, etc.
La seconde conjugaison embrasse tous ceux qui ont le présent de l'infinitif en ir, comme punir, finir, bénir, accomplir, adoucir, aigrir, appauvrir, appesantir, approfondir, assujettir, attendrir, bannir, éclaircir, etc.
La troisième conjugaison renferme tous ceux dont le présent de l'infinitif est terminé en air, comme recevoir, percevoir, concevoir, apercevoir, etc.
La quatrième conjugaison contient tous ceux dont le présent de l'infinitif se termine eu re, comme rendre, attendre, confondre, corrompre, défendre, descendre, entendre, fondre, mordre, perdre, interrompre, tordre, feindre, peindre, elc.
Conjuguer un verbe, c'est le faire passer par tous les accidents de nombres , de personnes , de modes et de temps.
On divise les verbes en réguliers, irréguliers ou défectifs.
1° Les verbes réguliers sont ceux qui se conjuguent dans tous leurs temps comme le verbe modèle de la conjugaison à laquelle ils appartiennent.
2° Les verbes irréguliers sont ceux qui ne se conjuguent pas comme le verbe modèle.
3° Les verbes défectifs sont ceux auxquels l'usage a refusé certains temps ou certaines personnes.
Résumons tout ce que nous avons dit sur le verbe .
Le verbe admet quatre sortes de modifications ou changements de forme, pour quatre causes : la personne, \enombre, le mode et le temps.
1° La personne est la propriété qu'a le verbe de marquer par sa forme son rapport à un sujet de la première, de la seconde ou de la troisième personne : j'abandonne, tu abandonnes, il abandonne.
2° Le nombre est la propriété qu'a le verbe de marquer par sa forme son rapport à un sujet singulier ou pluriel ; j'abandonne, nous abandonnons.
3° Le mode est la propriété qsi'a le verbe de marquer par sa forme la manière de signifier dans laquelle on l'emploie [mode signifie manière).
k" Le temps est la propriété qu'a le verbe de marquer par sa forme les diverses périodes de la durée.
— Il y a six modes : l'indicatif, le conditionnel, l'impératif, le subjonctif, l'infir.iiif et le participe.
l'^ Vindicatif T^résenle la signification du verbe d'une manière positive, absolue, quel que soit le temps : j'abandonne, j'ai abandonné , j'abandonnerai .
2° Lq conditionnel présente la siyuilicatiou du verbe sous l'idée d'une coudiliun ou d'une supposition : j'abandonnerais, si.
3- L'împerafi/ présente la signification du verbe sous l'idée du commandement, de la prière, de l'exhortation : abandonnez ce malheureux
h-° Le subjonctif présente la signification du verbe d'une manière subordonnée à une idée de nécessité, de doute, d'indécision, etc. : il faut que je l'abandonne.
5° Vinfinitif présente la signification du vorbc d'une manière vague et générale : abandonner son ami dans la peine
6° Le participe présente la signification du verbe d'une manière qualificative : abandonnant son père ; abandonné de tout le monde.
— Les quatre premiers modes se nomment modes personnels, parce qu'ils admettent la distinction des personnes; les deux derniers modes, n'admettant pas cette distinction, se nomment modes impersonnels
— Tous les jugements que nous portons se rapportent ou à la période de la durée dans laquelle celui qui parle se considère comme existant actuellement , ou à une période de la durée dans laquelle il se considère comme n'étant plus, au moment où il parle ; ou enfin, à la période dans laquelle il se considère comme n'étant pas encore. De là trois temps principaux : \e présent, le passé et le futur. Le présent, rapide comme l'éclair, est indivisible; mais le passé peut être plus ou moins éloigné; le futur plus ou moins prochain. De là plusieurs sortes de passés et de futurs.
L'indicatif a huit formes temporelles :