II. — Avec le pluriel
Ce petit coin de l'univers Rit plus à mes regards que le reste du monde. L'olive , le citron , la noix chère à Paies , Y rompent de leur poids les branches gémissantes.
(Bertin.)
Et de ces végétaux l'admirable structure, Leurs nerfs si délicats, leur flexibilité. Leur REPOS, leur réveil, leur seksibimté. Semblaient les rapprocher de la nature humaine.
(Dklille.)'
Le PLAISIR turbulent, la joie immodérée, Des heureux vendangeurs terminent la soirée.
(/d.) Tous suivent cette loi : I'animal, I'arbrisseac, Privaient contemporains . cachés dans leur berceau
(Delille.) Jeune homme, la vertu, la paix de l'innocence, Te rendront plus heureux qu'une vaine science.
(Bernis.)
Une CHAUMIÈRE, un champ ne font pas le bonheur (Lombard de Langres.)
Le timide bouvreuil , la sensible fauvkttb Sous la blanche aubépine ont choisi leur retraite.
(MlCUAUU.)
On part: I'air du matin , la fraIcheur de l'aurore. Appellent à l'envi les disciples de Flore.
(Delille.) L'ambition, I'amour, I'atarice, la haine. Tiennent, comme un forçat, notre esprit à la chalne.
(BOILBAU.)
Une petite monnaie , un morceau de pain valant mieux que : Dieu vous bénisse 1 (J.-J. Rocsseao.)
Lorsqu'un verbe est précédé de plusieurs substantifs qui ne sont pas liés entre eux par et y il se met au singulier ou au pluriel. Au singulier, 1° si les substantifs ont une sorte de synonymie : Son courage, son intrépidité étonne les plus braves; son aménité, sa douceur EST connue de tout le monde; 2° si l'esprit s'arrête sur le dernier des substantifs exprimés, soit parce qu'il a plus de force que ceux qui précèdent, soit parce qu'il est d'un tel intérêt qu'il fait oublier tous les autres : Ce sacrifice, votre intérêt, votre honneur, Dieu vous le commande; Dieu règne seul dans une ame où domine la piété; l'intérêt s'efface devant l'honneur, l'honneur devant Dieu. Dieu reste seul, et doit seul imposer la loi au verbe ; 3» quand les substantifs , ne convenant pas tous au verbe de la même manière, doivent y être joints chacun à part ; ce qu'annonce le verbe au singulier, qui rend la proposition elliptique, et marque que, pour la rendre pleine, il faut qu'il soit répété autant de fois qu'il y a de sujets, et avec des formes analogues à chacun d'eux. Ainsi ce vers de Voltaire :
Un seul mot, un soupir, un coup d'œil nous trahit,
a la force de ces trois propositions : un seul mot nous trahity un soupir nous trahit, enfin un coup d'œil nous trahit; ces trois choses-là nous trahissent, non pas simultanément, mais chacune d'elles séparément : d'oii le singulier.
On met le verbe au pluriel lorsque l'idée exprimée par ce verbe est affirmée de tous les substantifs, et que celui qui écrit et qui parle a intention de lier le verbe à tous les sujets ensemble, et non à chacun d'eux en particulier. (Voyez la deuxième série des exemples cités. )
Les mêmes règles s'appliquent au verbe suivi de plusieurs sujets singuliers , comme dans ces phrases :
D'où peut venir alors cet ennui, ce dégoût ?
(Coll. d'Harleville.) A. quoi sert ce transport, ce désespoir extrême? (Th. Corneille.)
Que maudit soit ton cuamp, ton pavillon, ton lit! (Chateaubriand.)
Si cependant parmi les substantifs qui accompagnent le verbe il y en avait un qui fut au pluriel (celui qui le suit ou celui qui le précède immédiatement), il faudrait nécessairement mettre le verbe au même nombre ; exemples :
Que dira I'avenir, tout I'kmpire, un époux?
(Campistron.)
On danse pour danser, pour obéir à l'activité naturelle où nous met la jeunesse, la santé, le REPOS, la joie, et que le son d'un instrument invite à se développer. (Marmontel.)
La douceur, les soupirs de cette femme infortunée ne purent le fléchir. (Wailly.) Quel bruit, quels chants d'hymen ont ît ippé mon ^LoNGEPiERRE.) [oreillc?
Son repentir, ses pleurs le fléchirent.
(Girault-Duvivier.) Bajazet vous est cher, savez-vous si demain Sa liberté, ses jours seront eu votre main ?
(^Racine .}
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que si tous les substantifs étaient au pluriel, le verbe devrait être forcément au pluriel, ainsi qu'on le voit par les phrases suivantes :
( Bfifi )
Los JOCRS. les ANNÉES, les sifeCLBS coulent insensiblement. (Académie.)
Cependant ses palais, ses temples, ses portiques , AtteAcnt ses grandeurs, dans leurs restes confus.
(Saint-Victor.)
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
La trahison, le meurtre est le sceau i^ii mensonge.
S >ii aménité , sa ilouceur est connue de tout le monde.
Li: fer, le lianileau , la Uamine cit toute ]ir^te.
Mon repos, mon bonliciir semblait être afTerml.
Je tremble i]u*un regard , qu^un soupir ne vous dompte.
Le pampre, le laurier, le myrte suit tes pas.
Sa beauté, son enjouement, sa noble fierté s'enfuyait loin de lui.
Le Khâne, la Loire, sont les rivières les plus remarquables de l.i
France.
L'or, la t;randenr peuvent-ils rendre heureux ? La crainte, respéranre troublent mon cœur. Son orgueil , tous ses défauts me le font haïr. Le devoir, mon repos me le commandent.
La raisoo , la décence m'empêchaient de parler.
•*^» K CCCCLXXXIII. ^^^