EXPLICATIONS
C'est-à-dire, si j'avais des vœux à faire, ou si mes vœux pouvaient avoir quelque influence, je souhaiterais, etc.
C'est-à-dire, si j'avais des vœux à faire, i'aime-
rais, etc.
C'est-à-dire, si l'on considérait les nuages, etc., comme je le fais, on dirait qu'il va pleuvoir.
Ces phrases, dit Wailly, sont les mêmes que celles-ci : Je souhaite que les philosophes s'appliquent à démontrer, etc.; j'aime qu'on travaille à former le cœur et l'esprit de la jeunesse, etc. Ainsi, exprimer par une forme spéciale une idée de supposition, je souhaiterais, j'aimerais, etc., et ne pas exprimer cette idée, serait égal et présenterait le même sens ! Une idée pour une autre, et même plusieurs idées pour une? Voilà cependant comme, de temps immémorial, on fait de la grammaire, et comme on en fera encore dans des milliers d'années, tant cette science est entre bonnes mains.
Celui qui dit ; J'aime qu'on travaille à former le cœur et l'esprit de la jeunesse, et ce doit être le but principal de l'éducation, veut dire qu'on y travaille ou qu'on y doit tra^ vailler, et que c'est là positivement ce qu'il aime.
Mais celui qui dit : J'aimerais qu'on travaillât, etc., parle d'un ton moins absolu, plus modeste; il ne prétend énoncer ni un fait ni un principe, c'est un simple désir qu'il exprime : J'aimerais, si cela dépendait de moi.
Cet emploi du conditionnel est donc légitime; il ne diffère de l'usage ordinaire que par l'ellipse; il en est de même dans les phrases qui suivent :
On n'est point malheureux, quand on peut ignorer Tout ce que l'on pourrait avoir à déplorer.
(La Cuaussée.)
La faiblesse est le seul défaut qu'on ne saurait corriger, (J.-J. Rousseau.)
Ne saurais-tu trouver quelque moyen pour me tirer d'embarras? (Molièrk.)
Jamais jeune garçon n'aspira de lui-même à être tailleur. Il faut de l'art pour porter a ce métier de femme le sexe pour lequel il n'est pas fait. L'aiguille et l'épée ne sauraient être maniées par les mêmes mains. (J.-J. Rousseau.)
Ah! Nébée, à ce coup je ne saurais survivre. (Chateaubriand.)
Je ne saurais peut souvent se traduire par je ne puis, et paraît alors n'exprimer que l'idée d'un temps indicatif. Cependant, pour la forme, c'est un conditionnel; il faut donc chercher à y retrouver l'idée attachée à ce mode
La faiblesse est le seul défaut qu'on ne saurait corriger, c'est-à-dire qu'on ne sauraii corriger, si même on faisait pour cela tous ses efforts.
Tout ce que l'on pourrait avoir à déplorer, sous-entendu : si l'on envisageaii sa position.
C'est donc fjiute d'avoir vu l'ellipse que les grammairiens ont trouvé un barbarisme dans ces vers de Racine :
Frappe, et si tu me crois indigne de tes coups, Si ta haine m'envie un supplice si doux, Ou si d'un sang trop vil ta main SERAIT trempée. Au défaut de ton bras, prête-moi ton épée.
Si ta moin serait trempée, c'est pour : si en me frappant tu croyais que ta main serait trempée d'un sang trop vil, etc.
II n'y a dans ce prétendu barbarisme de Racine qu'une ellipse hardie peut-être, à la vérité, l'une des plus fortes que se soient permises nos écrivains, mais aussi peut-être l'une des plus heureuses, car la pensée de Racine est facilement comprise, et son expression est aussi rapide qu'il est possible qu'elle le soit.
Mais il y a évidemment une faute dans ces vers, qui ont été critiqués par Voltaire lui-même :
Tes plaisirs sont les biens les seuls à désirer,
Si tes heureux transports pouvaient toujours durer.
Il faut tes plaisirs seraient el non tes plaisirs sont.