AIGLE
1" SRRIE. — MASCULIN.
L'espèce de I'Aigle commun est moins pure, et la race en parait moins noble que celle du grand
AIGLE. (lîUFFO.N.)
Voilà des aigles bien désœuvrés de s'aniu?er ainsi à chasser aux mouches. (I'iro.n.)
Quand on sait bien les quatre règles, qu'on peut conjuguer le verbe avoir, on est un aigle en finances.
(Mirabeau.)
Déjù prenait l'essor pour se sauver dans les niontacncs , cet aigle dont le vol hardi avait d'abord ell'ravc nos provinces. iFLÉcniER.)
Quand je vois
tes braves guerriers, secondant ton grand cœur,
[•tendre à I'aiclb éperdu sa première vigueur.
(Boileau.)
En vain au lion belgique
Il voit V aigle germanique
l/nt sous les léopards. (Id.)
Le grand aigle (sorte de papier) est particulièrement destiné à l'impression des cartes géographiques. (Encyclopédie.)
2'^'= SÉRIfi. — FÉMI«K<.
L'aiglel\a fcmcllc)ctant de retour, et voyant ce mdnage, Remplit le ciel de cris ; et , pour comble de rage , Ne sait sur qui venger le tort qu'elle a soiifTcit.
(La Fo.NTAi.Nn.)
En terme de blason , aigliau désignait une jeune AIGLE représentée sans bec et sans serres.
(CUKNE StE-PaLAYE.)
L'aigle persane, dont parle Xénophon et Quinte- Curce, était d'or; l'aigle romaine était ou d'or ou d'argent. (Le IJeau.)
Germanicus porta les aigles romaines aux rives
de l'Elbe. (CllATEAUERlAND.)
Une AIGLE qui s'élève au-dessus des nues est la devise de ceux qui acquièrent de la gloire dans une vie retirée et cachée. (Id.)
C'est en vain que les Russes ont voulu défendre la capitale de cette ancienne et illustre Pologne, I'aiclk française plane sur la Vistule. (Napoléon.)
Il n'est pas surprenant que, dès le siècle d'Aristote, une espèce de raie ait reçu le nom d'AicLE marine que nous lui avons conservé. (Lacépèue.)
Tous nos grammairiens ont décidé qucaigle est masculin au propre, et dans certaines comparaisons; et qu'il est féminin quand il désigne des enseignes, des armoiries, etc. Or cette décision n'est point exacte.
D'abord la grammaire de Port-Royal a dit : «Âigle esl véritablement féminin dans le « français.» Ce qui appuie fortement l'influence de Ve muet final. Cependant, comme cette décision n'explique nullement les faits que nous offre noire langue, nous l'emploierons d'abord; mais nous la quitterons pour revenir ensuite à l'influence de la force, qui nécessite la masculinité.
^1/fy/eest féminin régulièrement, dans tous les cas, puisqu'il est terminé par un 6 muet.
Mais si Aigle rappelle une idée grande et sublime; si la pensée qu'il exprime ou qu'il accompagne, est énergique et pleine de force, alors la féminité dis[)araît, le masculin arrive, comme pour compléter l'expression.
Boileau trouvait sans doute les motifs de la masculinité qu'il employa, dans Celle grandeur colossale de la Maison d'Autriche. Peul-èlre n'accordail-il tant de grandeur à cette illustre maison, que pour mieux relever le courage du Français toujours victorieux dans la lutte contre l'Empire. De là ces expressions que le masculin rend si énergiques : l'aigle éperdu, l'aigle uni, emblème de l'empire autrichien.
C'est encore pour mieux relever la gloire de Turcnne que Flécliier accorde la masculinité à /'Ai^/c, désignant l'Auiricheenlin réduileà fuir :
«Déjà prenait l'essor, pour se sauver dans les moniognes, cet aigle dont le vol hardi « avait d'abord effrayé nos provinces. »
En français, le genre est d'un emploi très délicat, parce qu'il fait presque toujours partie de l'expression de la pensée.
Nos grammairiens ne sont pas d'accord sur le genre du mot Aigle, quand il désigne une constellation, un pupitre, etc. Nous croyons pouvoir adopter le féminin. Cependant nous croyons que, même dans ce sens, Aigle peut encore être masculin dans le style noble, soutenu. En voici un bel exemple :
« Les vertus cardinales, assises, soutenaient le lutrin triangulaire; des lyres accomti pagnaientses faces; un globe terrestre le couronnait, et un a/^/e d'airain, surmontant î ces belles allégories, semblait, sur ses ailes déployées, emporter nos prières vers les K cieux. » (Génie du christianisme.)
EXERCICE PHRÂSÈOLOGIQVE (1).
Ai^le Ger.
Aigle courapeux, &i^le intrcpiiJe.
Aigle audiii'ii'us.
Aigle cruel.
De» cigirs entraînés par le eour d'air
Ij'aîsle de Meaux Paîser pour un aigle.
Se donner pour un aigle.
Se croire un ;iigie Etre moins qu'un aigle Etre tous des aigl^^ N'être pas des aigles
Aifle priTée de ses aiglons. Aigle impériale.
Aigle pleine de tendresse. Aipic ambitieuse.
Aigle remplie d'amour pour ses Aigles triomphant?)
petits. Aigles fugitiïes.
Aigles attacliécs à leurs petit» Aigle indignée. -Vigie iployée.
Aigles rrueliei. Aigle rplojée d'arpant.
^ N' XXIX. c^^