‹ Grammaire nationaleChapitre 530 sur 643 · QUINTILIEN · texte numérisé non relu

QUINTILIEN

Pedro, qu'as-lu fait de nos montures? — Seigneur, je LES ai attachées à la grille.

(Le Sage.)

Les meilleures harangues sont celles que le cœur a dictées. (Marmontel.)

Je les ai cherchés (vos gants) dans tous les coins, et je ne les ai pas trouvés.

(M'"e DE GeNLIS.)

Construit avec le verbe avoir, le participe passé est toujours invariable quand le régime le suit, et variable lorsqu'au contraire il le précède : votre sœur a écrit une lettre: — la lettre que votre sœur a écrite.

Dans ces deux cas, a écrit, a écrite expriment une action de votre sœur; le participe est invariable dans la première phrase, et nous venons d'en dire la raison ; mais pourquoi ne l'est-il pas dans la seconde? Est-ce une exception? Pourquoi dit-on la lettre que votre sœur a écritk, et non 7a lettre que votre sœur a écrit?

Ce n'est point là une bizarrerie, dit un grammairien, ce n'est point une exception ; ou si c'en est une, elle est imposée par les lois éternelles du langage, et l'usage est ici d'accord avec la raison.

Quel est le but de la parole? d'exprimer les idées, de peindre fidèlement ce qui se passe dans notre esprit (1). Si une idée se présente à nous- comme la première au milieu de plusieurs autres idées, si elle nous occupe plus particulièrement, notre langage conservera à cette idée le rang que lui a donné notre attention, elle sera l'idée dominante dans nos paroles, comme elle l'est dans notre esprit.

Lorsque nous avons dit votre sœur a écrit une lettre pendant quevotis vous promeniez, quel tableau voulions-nous présenter, que voulions-nous peindre? Etait-ce la manière d'être de votre sœur ou la manièrtî- d'être de la lettre? Evidemment c'était la manière d'être de votre sœur; l'idée de la lettre était une idée tout-à-fait secondaire : nous voulions exprimer ce que faisait votre sœur pendant que vous vous promeniez: elle a écrit

(1] La proposition est un véritable tableau, puisqu'elle présente des personnes ou des objets oxislanl (î une certaine manière.

( 689 ) une lettre, deux lettres, une page de son cahier? Qu'importe ce qu'elle écrivait: elle a écrit pendant que vous vous [jromeuiez, voilà l'idée dominante, c'est la manière d'être de votre strur. (>otte manière d'être est active ; a écrit est donc une forme du verbe-adjectif ecriVe, et conséquemment le participe reste invariable.

Lorsque nous avons dit la lettre que votre sœur a écrite a-t-elle été mise à la poste? voulions-nous peindre la manière d'être de votre sœur ou la manière d'être de la lettre? Sur quoi notre attention s'est-elle poitèe, sur la lettre, objet de notre demande, ou sur vo.fc sœur? Evidemment l'idée de la lettre est l'idée dominante; nous nous occupons de cette lettre, nous voulons savoir ce qu'elle est devenue; l'idée de votre sœur et de sa manière d'être n'est ici que secondaire, elle n'arrive que comme complément du sujet la lettre. Nous pouvons même, san;» mutiler la pensée, ne point présenter explicitement la manière d'être de votre sœur, ncius pouvons dire la lettre écrite par votre sœur a-t-elle été 7nise à la poste? C'est donc la lettre , et par conséquent sa manière d'exister, que notre esprit a principalement en vue, et le langage a traduit fidèlement les opérations de l'esprit lorsque nous avons dit la lettre que voire sœur a Écrite; car écrite est précisément le mot dont la fonction est d'exprimer la manière d'être passive de l'objet lettre , qui en effet existe passivement.

Puisque le participe passé est employé dans cette phrase plutôt pour exprimer une manière d'être passive que pour former, au moyen de l'auxiliaire, un temps d'un verbeadjectif, ce participe passé est adjectif et doit s'accorder avec son substantif (1).

Il en sera de même toutes les fois que le participe passé construit avec avoir sera précédé du substantif ou du pronom qui désigne la personne ou l'objet existant passivement. En un mot, toutes les fois que le complément passif (car le complément passif nomme la personne ou l'objet qui existe passivement) sera placé avant le participe, on voudra exprimer la manière d'être passive, plutôt que la manière d'être active, et le participe s'accordera avec ce complément passif. Exemples : Où sont les livres que votre frère i achetés (qui ont été achetés par votre frère)? Je croyais véritable l'histoire qu'il m'« contée (qui m'a été contée par lui).

De toutes ces observations nous pouvons tirer cette règle générale sur l'accord du participe passé :

RÈGLE GÉNÉRALE DE l'ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ.

Si le participe passé est employé pour exprimer une manière d'èlrc active , point d'accord; s'il est employé pour exprimer une manière d'être non active, accord.

Le régime direct placé avant le participe est ordinairement un substantif joint aux mots quel, que de, combien de, ou représenté par nie, le, se, nous, vous, le, la, les, que.

Quel.

Quelle faute ai-je commise jusqu'ici?

(Vertot.) Quels dangers n'a pas courus l'Auliiche pendant la tempête de vingt ans qu'elle a essui/ée!

(De Pradt.)

Quelle guerre intestine avons-nous allumée? (Corneille.) Quels obstacles a jamiùs trouvés iii-dessiis la a lonlc de ceux qui lieniieiil en leurs tnninsia foi lupublique? (.Massillo.\.)

(1) Voilà donc une beauté de notre langue, oij le premier coup d'œil ne fait apercevoir d'abord qu'wrf capricieuse volonté de l'usage. L'expression s'alTranchit du rapport matériel des mots, mais c'est |)our <( ioumetlre au rapport ]ilus puissant des idées, et peindre la pensée avec des couleurs plus vives et pi :s fidèles, m j'ai reçu une lettre vient eiïectivement de haben acceptum litteras, que arceptum soit un suh stanlif, comme le veulent Bouliours, Dumarsuis, Condillac, ou bien qu'il soit un adjectif neuire, comme le prétend Letnare, jamais on n'a pu dire litterœ quas habeo acceptum; on aurait dit plutôt litterœ qu3i habeo acceptas ou quas acceptas habeo (que reçues nous avons, disent nos vieux écrivains).

Quels poixibles cl délicieux juins nous eussions •(»i//c/i cuseriiblel (J.-J. Rousseau.)

Nous i!C siivoiis si lii matière raisonne ou ne rai sonne pas, et quelle sorte de petite iiileliii{tMwe Dieu a donnée aux bètcs. (M°"^ de Sévigné.)

Que de.

Que de vertus on vous un seul vice a détruites!

^SAL'UIN.)

Que de filles, 6 dieux, mes piccos de monnaie Ont produites! (La Fotaisk.

Que de crimes, de guerres, de nicurtres. de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui aurait arraché les pieux ou romblé le fossé!

(J.-J. Rousseau.) Que de remparts détruits ! que de villes forcées ! Que de moissons de gloire, en courant , amassées!

(BOILEAU

Que d'autels on eôt ériqds dans l'antiquité à un Grec qui aurait découvert l'Amérique!

^VoLTAinï.)

Que de guerres aussi funestes qu'injustes de bons directeurs nous auraient épargnées! (/</.)

Que de miracles les historiens ont prodigués , et contre les Turcs, et contre les hérétiques!

{Id.)

Comhien de.

Combien de lettres anonymes avcz-vous reçues ?

(Id.)

Combien de projets a-t-il faits ou réformés ! Combien d'ouvertures a-t-il données! Combien de iervices a-t-il rendus / (Flécuier.)

Je sais comhien de disputes ]' ax essuyées en Angleterre sur notre versitiration. (Voltaiue.)

le sais tout ce (jue j'ai commis.

Et combien de devoirs en un jour j'ai trahis.

{Id.)

Que.

Les solides trésors sont ceux qu'on a donnés.

(Racine.) Pourquoi la nature n'aurait-elle pas mis sur la terre, dang les Qeurs, les images des objets qu'elle a placés dans les cieux?

(Rbun. de Saint-Pierbk.)

Je ne vois que des toun que la cendre a couvertes.

(Racine.) Souvent les dons que la nature a suspendus aux arbres sont déposés dans de simples herbes.

(Bern. de Saint-Pierre.)

Me^ te, se, noDs, vous, etc.

Sans etpeir de pardon , m'avez-vous condamnée ?

(Racine.) Mes chères richesses, qu'êtes-vous devenues? Hélas! je vous ai perdues en moins de temps encore que je ne vous avais gagnées!

(Le Sage.)

Le« vents nous auraient-ils exaucés celte nuit?

(.Racine.)

Le bruit de nos trésors les a tous attirés.

(Racine.) Quel plaisir d'aimer lo religion, et de la voir crue et soutenue par les Racon, les Descartes, les Newton, lesGrotius, les Corneille, les Racine, les Boileau, les Turenne, les d'Aguesseau, l'éternel honneur de l'esprit iiuniain ! (La Bruyère.)

Aux filles de cent rois je vous ai préférée.

(Racine.)

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Il m'a fait de la peine.

KHe A fondé une colonie, nous avons cultivé les cliamps.

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