‹ Grammaire nationaleChapitre 54 sur 643 · EN VERS · texte numérisé non relu

EN VERS

Et l'on revient toujours A ses premiers amours.

(Etienne.)

Oui, voilà les rives de France

Là furent mes premiers amours.

(Déranger.)

Il fallut oublier dans ses embrasscments Et mes premiers amours et mes premiers serments.

(Voltaire.)

0 ma chère Slon 1 si tu n'es pas toujours Etuos premiers regrets et nos derniers amours.

(DELIJ.r.B.)

Leurs amours immortels échauffent de leurs feux Les éternels frimas de la zone glacée.

Fuis sans moi ; tes amours sont ici surperflus.

(Corneille.)

Les sohdes vertus furent ses seuls amours.

(Voltaire.)

Ces dieux justes , vengeurs des malheureux amours.

(Dblill£.)

Que de la vérité les vers soient les esclaves , De ses chastes faveurs faisons nos seuls amours. (Cas. Dklavignk.)

Je vais loin des cités , rêveur et solitaire , De vos amours furtifs épier le mystère I

(Soumet.)

Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés. Je suis un peu grossier comme vous m'accusez.

(Molière.)

El leurs grossiers repas et leurs grossiers amours.

(Delille.)

Un rêve du matin qui commence éclatant , Par de divins amours dans un palais flottant.

(Lamartine.)

Oubliez avec moi de malheureux amours.

(Crédillon.)

Le printemps lui rendra sa pompe et ses atours, Et ne me rendra pas mes premières amours.

Les premières amours tiennent terriblement.

(Quinault.)

Tout change , tout vieiHit , tout périt , tout s'oubhc j Mais qui peut oublier ses premières amours ?

(GiNGUKNK.)

Car vous savez qu'on dit toujours Qu'il n'est pas de laides amours.

(Gradus français.)

Le passé n'a point vu ù' éternelles amours. Et les siècles futurs n'en doivent point attendre. (St-Evremont.)

Quel frdit recevront- ils de leurs vaines amours.'

(Racine.)

Mais, hélas ! il n'est point A' étemelles amours.)

(Boileac.)

11 n'est point de longues amours 1

J'en conviens. J'arnv.)

Il est donc vrai, madame, et, selon ce iliscours. L'hymen va succéder à vos longues amours.

(Racine.) Pour parvenir au but de ses noires amours , L'insolent de la force empruntait le secours.

(W.) Les plantes ont aussi des amours orageuses, La vaste mer reçoit leurs graines voyageuses.

(Soumet.) Je vais chantant zéphyr, les nymphes , les bocages , Et les fleurs du piinlcnips, et leurs riches couleurs, Et mes belles amours plus belles que les fleurs.

(Chénier.) Cette Eslher, l'innocence et la sagesse même , Que je croyais du ciel les plus cJtères amours, lians cette source impure aurait puisé ses jours ?

(Raci.-<e.) Je redoutiii du roi les cruelles amours.

U n'est personne qui n'ait lu dans toutes les grammaires et dans tous les diciioniiaires, qu'en règle générale Amour est masculin au singulier ei féminin au pluriel.

Celle règle générale ne nous paraît pas fondée sur les faits; les nombreuses citations nue nous venons de rapporter, témoignent hautement que le mot Amour, tant au singulier qu'au pluriel, est employé dans les deux genres par nos meilleurs écrivains.

Cependant nous ferons observer qu'au singulier Amour est toujours masculin en Drose(i). Mais en poésie, c'est différent : cette langue toute divine a besoin d'expressions à elle; elle peut donc employer Amour avec les deux genres. Toutefois, nous devons déclarer que cet emploi n'est pas arbitraire; qu'il est d'une délicatesse extrême; qu'il exige une touche aussi sûre que rare, et surtout une âme d'une tendresse exquise. La féminité peut être gracieuse dans telle période, tandis qu'elle sera fade et molle si vous l'employez dans telle autre : ici la masculinité est énergique et noble, là elle sera dure et agreste. Problème difficile, parce qu'il est délicat! l'ârae seule du poète peut le résoudre :

Au pluriel, Amour, en prose comme en poésie, a été employé avec les deux genres, et c'est à lorl que l'auteur de la Théorie du genre des 720ms français, M. Edouard Braconnier, auquel nous empruntons quelques-unes de ces observations, décide qu'on doit considérer Amour comme étant masculin au singidier et au pluriel dans la langue nsnelle.

On peut remarquer que, dans leurs chefs-d'œuvre. Racine et Chateaubriand n'offrent aucun exemple de l'emploi de Amour masculin au pluriel. Ces deux grands génies se rencontrent en bien d'autres points ! Racine a employé le masculin dans celte seule strophe de l'ode de la nymphe de la Seine :

Oh ! que bientôt sur mon rivage On verra luire de beaux jours !

Oh ! combien de nouveaux Amours Me viennent des rives du Tage !

Mais ici Amours désigne de petits dieux de la mythologie; la masculinité est nécessaire. En voici un autre exemple :

Savcz-vous qu'il tient tous les jours

Ce joli marche de Cylhère ?

Tous les jours les petits amours

Y sont exposés par leur mère. .

EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.

Atitot imour Atnonr riolent.

Pieux amour Premier amour.

Dernier ;.mour.

Fatal amour.

Grand an.our.

>'ul amour.

Jr'aus amour.

.A m Dur ïccreL Aoinif élerscl.

T/amour tie Dieu I-i 'amour du piorhaîn L'amour de la patrie.

L'amour de la vertu L'amour du rice.

L'amour des richesses L'amour de» plaisir».

L'amour du travail L'amour de »oi.

L'amour de la ïérilé.

L'amour du ehaT.geipoiil.

De» petits amours ( mythe!, g. >

Te jolis petits amours.

De riants amours.

De gracieui amours.

Je ièduisanls aniourv

De charmants amours

De beaux amours.

De filains amouis.

De petits amours liirti croupis.

Des amours clj.irgi's de carquois.

Des amours mal peinU.

Premièrei amcur;.

nernièrcj amou.i.

NouTellcs amaurs.

Anciennes amoai :.

l'ulli? amours, riernellis anio.lis.

Chères amours.

Viïos amours.

Sfcritrs amours.

lnnoreiit>-s amour*.

Amours ir.ouslriteUfo?

(1) On n dû remarquer en effet que nous n'avons pa? cite un seul exemple en ^nuse du mot amour employé au fémidin sinAulier.

(05) -«^-®-:«=l«#0 ^'^ XXX. <5^^^** AUTOMAE.

1" SERIE. — MASCULI».

(y>uro)mé d'épis, tenant en main sa faucille, l'AuroMNE joyeux descend sur nos campagnes jauniseantes. (Deleuzb.)

......nirai-je à quels désastres

De I'automxk orageux nous exposent les astres, Quand les jours sont moins longs, les soleils moins ardents.

(Dhlih.1.)

Quand des jours et des nuits égalant la durée , La balance parait sur la voûte azurée , L'automne , couronné de pampre et de raisins , l*rend des mains de l'été le sceptre des jardins.

(Castel.)

Ou quand sur les coteaux le vigoureux automne Étalait ses raisins dont Bacchus se couronne.

L'automne a été universellement beau et sec.

(lincukt.)

2' SÉaiK. — fKMIKlN,

Une santé , dès lors florissante , éternelle , Vous ferait recueillir d'une automne nouvelle Les nombreuses moissons. (J.-J. Rousseau.)

Je me représente cette automne délicieuse, et puis j'en regarde la fin avec une horreur qui me fait suor les grosses gouttes. (M"« de Sbvické. )

La terre , aussi riche que belle , Unissait, dans ces heureux temps, Les fruits d'une automne éternelle Aux fleurs d'un éternel printemps.

(Grbsskt.)

Remarquez-les surtout lorsque la pâle automne , Près de la voir flétrir embellit sa couronne.

(Delille.)

Une AUTOMNE froide et pluvieuse.

(Académie.]

Il n'est peui-êire pas, dans toutes les sciences humaines, dit M. Edouard Braconnier, une question qui ait été aussi souvent agitée, et aussi mal résolue que le genre du mot automne.

La plupart des grammairiens décidèrent d'abord que : « automne est masculin quand « l'adjectif le précède, et féminin quand l'adjectif le suit. » Décision ridicule, basée sur des fails mal observés, qui n'explique nullement la difficulté quelle prétend résoudre.

D'autres grammairiens proposèrent d'autres solutions. On s'arrêta enfin à cette décision fameuse : « 11 ne faut plus faire de distinction , et automne sera désormais « masculin, par analogie avec les autres saisons qui sont de ce genre. » Quoique cell-e solution n'explique nullement les fails que notre langue nous offre à chaque pas, elle n'en fut pas moins généralement adoptée. « Automne est maintenant masculin, dit « Ch. Nodier; ce qu'on a fait pour le conformer au genre des trois autres saisons. Les « chimistes ont suivi celte méthode pour les noms des terres, des métaux, des demi- « métaux. Cet esprit de régularité ne saurait passer trop vite des sciences dans les « langues; et aucune langue n'approchera de la perfection , tant qu'il ne s'y sera pas a étendu à toutes les applications dont il est susceptible. » Celle décision est bien formelle, et pourtant elle est bien peu motivée. Car, de ce que hiver , printemps, été, sont régulièrement masculins, comme n'étant pas terminés par un e muet, faut-il donc en conclure que autonme perdra sa féminité régulière, pour devenir irrégulièrement masculin? Quelle erreur ! D'ailleurs citer les chimistes, c'est s'appuyer sur une autorité bien peu compétente : on peut savoir très bian manier les métaux, et fort maltraiter les langues el la grammaire. N'est-il rien de plus arbitraire de leur pan que de forcer le nom féminin platme à devenir irrégulièrement masculin, parce que or, argent, plomb sont régulièrement de ce genre? Ces messieurs ont traité la langue, comme ils ont traité la nature : ils ont tout In^uleversé, sous prétexte de mettre de

l'ordre pnrloiil. Du reste, nous comprenons à peine comment CIi. Nodier a pu adopter une pareille opinion, lui qui a dit avec tant de raison : « L'iiomme naturel a le don « de faire les langues, l'homme de la civilisation n'est capable que de les corrompre. « 0 mon Dieu! si vous accordez jamais une langue rationnelle à l'humanité, donnez- « lui les mots nécessaires, et un peu de poésie avec. y> Vérité touchante! Oui, sans doute, on doit demander de la poésie dans les langues; la poésie en est l'âme; sans elle, elles meurent; et nous allons montrer tout ce que notre langue perdrait de poésie à la seule suppression de la féminité dans automne.

D'abord montrons l'harmonie du genre avec la forme.

Automne est régulièrement féminin, puisqu'il est terminé par un e muet :

« Une automne froide et pluvieuse. » ( Académie ).

« Je me représente celte automne délicieuse; et puis j'en regarde la fln avec une hor- « reur qui me fait suer les grosses gouttes. » (Mme de Sévigné).

Maintenant nous allons exposer l'harmonie du genre avec la signification. Comme la poésie est l'expression la plus pure d'une langue, ce sera aux poètes que nous demanderons les secrets de cette harmonie du genre si méconnue. Eux seuls nous révéleront quand ils admettent la masculinité, et quand ils la rejettent pour employer la féminité gracieuse.

Dans un moment de joyeux cniliousiasmc, dans les bruyants éclats du plaisir; ou bien, dans les tristes instants de l'isolement et du sombre chagrin, les poètes emploient automne au masculin :

Et tci , riant automne , accorde à nos désirs

Ce qu'on attend de toi, des biens et des plaisirs. [Sl-Lambcrt^

Aussi , voyez comment Vautomnc nébuleux ,

Tous les ans, pour gémir, nous amène en ces lieux. • (Deîille.)

Au contraire, les poètes emploient automne au féminin, pour peindre une joie douce, une passion tendre; il semble que pour eux, la féminité soit une expression délicate et pure de cette inquiétude vague, de celte tristesse calme qui berce l'âme isolée, de celte mélancolie mystérieuse qui nous plonge dans de longues rêveries :

Tel un pampre jauni voit la féconde automne Livrer ses fruits dorés au char des vendangeurs , Vous toEftbcrez aussi courtes fleurs de la vie ! {Lamartine.)

La nuit du trépas l'environne;

Plus pâle que la paie automne ,

Tu t'inclines vers le touilieau. (Millevoye)

« Plus souvent je rentrais à la campagne pour passer la mélancolique automne dans « la maison solitaire de mo« père et de ma mère, dfns la paix, dans le silence, dans * la sainteté des douces impressions du foyer. » (Lamartine. )

La parfaite harmonie que les poètes ont su mettre dans l'emploi difficile des deux genres du mot automne doit paraître évidemment prouvée. Cette harmonie est peutêtre moins évidente dans la langue usuelle j cependant l'usage sait bien distinguer, quand une automne froide et pluvieuse doit remplacer dans une phrase un automne froid et vlnvieux.

C'est encore à cette influence puissante d'uno idée triste et sombre qu'il faut rai> porter celte masculinité extraordinaire:

Quand vos regards noyés dans un vague atmotphère.

Lamartine sait très bien qu'atmosphère est féminin, mais il a adopté la masculinité comme une expression de plus à sa pensée grave. Ce genre est en harmonie avec le sentiment qui domine, comme dans ces vers que nous avons déjà cités :

Aussi voyez comment Vautomne nébuleux

Tous les ans , pour gémir , nous amène en ces lieux.

Bel autemne.

Un aataiDDe aseei chaud.

EXERCICE PURASÉOLOGIQUE.

Automne uniTerselIeineut beau et Automne trop icc. >ec Automne fort sec

L'n automne bien frais Vu automne trUts.

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