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III. — EMPLOYÉS INTERROGATIVEMENT

Dnutez-vous que l'Euxin ne me porte en deux jours ,Vux lieux où le Danube y vient finir son cours?

(Racine.) Peut-on nier que les bonnes mœurs ne soient fssenticllcs à la durée des empires, et que le luxe ne soit diamétralement opposé aux bonnes mœurs? J.-J. Rousseau.)

Réduit à voir sa tête exjtier son oITense, Doutes-tu qu'il ne veuille implorer ma clémence?

(Racine.) Osere:-Dou.< nier que cette scène bien repré.ent('e ne fasse une impression plus heureuse et plus forie sur l'esprit d'un jeune homme, que tous les sermon.': qu'on débite journellement ? (Voltaire.)

Lorsque les verbes douter, nier, cic, sont employés interrogativcmcnt, ces exemples font manifestement voir qu'on exprime la négative ne dans la proposition subordonnée ; ils donnent un démenti formel aux grammairiens, qui établissent comme règle générale

( 7Vfl )

et constante qu'avec le verbo nier on ne doit jamais mettre tjc dans la proposition complétive, si la phrase est sons une forme interrogative. Voici dos exemples où non seulement avec n/c?*, mais avec f/o?/7f'r, les éciivainsoiitsupprinié la n('.j;alive :

Petit-ftvc (lautez-vnus qu'(H;iiit tMoi^'it'ilii public, il fût encore t'g.il à lui-même? (.Fi ikmuR.)

... Oseyas-tu nier Ce que ton mauvais cœur tâche en vain donlilier?

(REG^AllD.)

Qui cst-re qui Jiie que les savants sachent mille; choses vraies (juc les i>;noraiits ne sauront jamais?

l'ful-on nier que celte partie du monde doive suffire a M. Simon? (Bossuet.)

C'est que l'idée exprimée par le verbe de la proposition subordonnée était si évidente, si positive à leur esprit, qu'ils ont voulu la rendre encore plus aiïirmative par la suppression de ne.

EXERCICE PnRASÉOLOGIQUE.

Se nr ilniile pas q Je doute que. . .

OouLez-vous que.

On ne jifut nier tjiu' Je nie i|iie. . .

Niez-vous que. . .

Ne ronleslex pns que. .

. Ne iléscspé

sqil

Jeconlesleque...

i? tlesespe

.qu

Conteste7.-vous que. . .

Dcsespcrez

vous

que

il ne disconvient pas qoe.

Je disenoviens que. ., Disconvenei-vous que. .

-^^o ]\- DCLXXXIX. '^'^^^

Prendre garde, garder, éviter, empêcher^ tenir.

Prendre garde.

Prends (jarde que jamais l'astre atii nous (<claire Ne te voie en ces lieux mettre un pied tt'méraire.

(R.vr.i>E.)

Prenons garde si nos bienfaits ne nuisent point aux autres, et ne tourneiit pas contre ceux mt^nics qui en sont l'objet, (Dict. des Maxuies.)

Vous devez prendre garde h ne jamais laisser le vin devenir trop commun dans votre royaume.

(FÉNELON

Prends garde ([u'il ne surprenne les trois juges et Pluton même. {Id.)

Garder.

Gardons-nous bien de croire qu'Emilie, malgré son ingratitude, et Cinna , malgré sa perlidie. ne soient pas deux lrc.s-beaux rôles. (Voltairk.)

Assez et trop longtemps son exemple vous flattf Mais gardez que sur vous le contraire n'éclate.

(CORNKU.I.E.)

Gardez qu'un jour on ne vous plaigne D'avoir su mal user d'un talent si parfait.

(Voltaire.)

Consulte ta raison, prends la clarté pour guide; Vois si de tes soupçons l'apparence est solide. Ne démens pas leur voix; mais aussi garde bien Que, pour les croire trop, ils ne l'imposent rien.

(MoLifcRE.)

Gardez qu'une voyelle, à courir trop hâtée, Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée.

(BOILEAU

Gardez que quelque jour cet orgueil téméraire Pf attire sur vous-même une triste lumière.

(Voltaire,)

Éviter.

Évitez qu'un excès de rigueur, d'indulgence, N'encourage l'audace, ou n'arme la vengeance.

(Delille.)

Évitez qu'il ne vienne.

(Académie.)

Empèclier.

PHRASES AFFIU.MATIVES.

La pluie presque continuelle emptche qu'on ne e promène dans les cours et dans les jardins.

^Racine.)

Empêchea qu'elle ne se mêle d'aucune affaire.

CVoi.taire.)

PHRASES NÉGATIVES

T.a philosophie ni le .sceptre n'empêchent qu'oi; ne soit honmie. (MARC-AuRÈr.E.)

Cela n'empêche pas que dans ce jour, madame, Nous ne mettions à fin une si belle flamme.

Hé! pourrai-je empêcher, malgré ma diligence, Que Roxane d'un coup n'assure sa vengeance?

Empêcher que Caron, dans sa f;it.ile baniue, Ainsi que le berger ne passe le monar(]ue.

(BOILEAU

Le mot propre est souvent difficile à renrontrer, et qunnd il est trouvé, l;i gène du vers et de la rime empêche qu'on ne l'emploie. (Voltaire.)

Cela n'empêche pas que, dans quelques familles, Je ne montre parfois l'italien aux filles. (Regnard.î

Cette cure secrète de Révère est un mauvais artifice qui n'empêche pas que la cure ne snjt juiblique.

(Voltaire.)

Toutes les prati(]ues anciennes et modernes n'empécheront pas (jue l'on ne viole les lois de la nature, et que l'on ne soit relielle a Dieu en coupant volontairement la trame de ses jours. (Formey.)

Tenir

PHRASES NÉGATIVES

Il ne tenait pas il \m qu'on n'oubliât ses victoires.

(Mascaron.)

// ne tiendra pas à moi qu'on ne vous rende tout l'honneur qui vous esi dû. (Boii.eau.)

Mais il ne tient qu'à vous que son chagrin ne passe. (Molière.)

PHRASES AFFIRMATIVES OD IMTERR0GATIVB8.

A quoi tient-il que nous ne parlions ?

(Planche.) Je ne sais à quoi i7 tient que je ne lui rump» en visière. lAcAnÉMiE.)

Je ne sais à quoi il tient que je ne l'abandonne.

(Planche.)

Après le verbe prendre garde, garder, dans le sens de prendre des mesures, des pré" cautions pour que tel événement n'arrive point, on fait usage de la négative ne dans la proposition subordonnée. Il en est de môme pour les verbes empêcher et éviter, que les phrases soient affirmatives, négatives ou interrogatives.

A l'exemple de beaucoup d'autres grammairiens, Lemare prétend que lorsque empêcher est accompagné de ne pas, ne point, on ne doit plus mettre ne après que. A coup sûr Lemare est dans l'erreur, car nous n'avons pas trouvé un seul cas en prose qui puisse légitimer cette assertion. Ce n'est que dans les vers, où les écrivains s'affranchissent quelquefois des règles grammaticales, qu'on rencontre des passages où ne n'est pas exprimé. Voici des exemples de cette liberté poétique :

Cette friponnerie N'empêche pas qu'un homme se marie.

(Voltaire.)

Nous pourrions par un prompt achat de cette esclave £tn^écAer qu'un rival vcuspr^uienne et vous brave.

(MOI.IËRE.)

Quant à tenir, le que de la proposition subordonnée est truijours suivi de ne, soit dans les phrases négatives, soit dans les phrases affirmatives ou interrogatives qu'on peut résoudre négativement. En effet, à quoi tient-il que nous xe parlions? Je ne sais à quoi il TIENT que je NE lui rompe en visière, c'est pour, il ne tient a rien que nous ne par-^ lions, IL NE TIENT A RIEN çue je NE lui Tompe en visière. Dans tout autre cas, il ne faut pas employer la négative. On dira donc :

/Hieni à moi que cela se /at«e. (AcAuéMiE.) 1 Ne fient-i'/ pas à moi que cela se /asse?

I (CoLi.N u'Amblv.)

En général, comme le dit fort bien M. Colin d'Ambly, on doit supprimer le ne de la dépendante toutes les fois que la principale, avec ses accessoires, ne présente pas l'idée d'un obstacle apporté.

EXERCICE PURAHEOLOGIQUE,

rde que. . .

ous garde que

Prenez

Prenar

ÉvilHi que. . .

U ce tieDt |>as À moi que.

A qaoi tient-il que. . .

■<le que.

Ga

Garclercz-vuus que...

N evilere7.-vous yaf que..

U ne lenail pas a lui que.

A quoi tiendra-l-il que. .

E,T,|.M,eq»e...

rTempfcliei pas que. . .

l,in|i>'ilii>rovlu que..

N'empiVIieras-lu pksque. .

Kvilc que. ..

A»-la évili que. . .

Il ne lunctra pas a eux que. , .

Il n a pas tenu a nous que •

Je ne sais il quoi il lient que. .

. Je ne savais j quoi il tenait q

Défendre.

il défendit quiwicunàlra'ngcr entrât dans la ville.

IVOLTAIRE.^

Avec quelle sdv(*iilo défcndit-cWc qu'il y eût rien (Igns la maison que... (Flécuier.)

J'ai même défendu, par une loi expresse. Qu'on osât prononcer votre nom devant moi.

(Racine.)

Mais mon père défend que le roi se hasarde.

(Racine.) Je défends qu'on prenne les armes.

(Voltaihe.) Mais il me semble, Agnès, si ma mémoirecst bonne, Que j'avais défendu que vous fissiez personne.

(MOLlfeRE.)

n'admcl

Défendre signifie prohiber, ne pas vouloir, ne pas permettre: par conséquent, il jamais de négation dans la proposition subordonnée. Quelques écrivains cef)cndant, ayant confondu ce verbe avec empêcher, ont exprimé ne après que; mais ils ne sont nullement à imiter. Les passages suivants sont donc irréguliers :

Défends qu'aucun objet d'un augure .sinistre A^e trouble le présage ainsi que le ministre.

(Delille. traduct. de I'Énéide.)

Le roi défendit de ne pas songer a ce mariage.

(MÉM. DE Behwick.)

Il lui défendit, avec dureté, de ne jamais se présenter devant lui. (Vhiitot.)

Sa majesté défend de ne rien écrire pour soutenir cette doctrine. (D'Avrigny.)

En effet, on ordonne de ne pas troubler, de ne jamais se présenter, de ne pas songer, de ne rien écrire, et l'on défend de troubler, de jamais se présenter, etc. La présence de la négative avec défendre fait entendre en quelque sorte une idée contraire à celle que l'on veut exprimer. C'est par la même raison qu'il faut dire : Gardez-vous de tomber, et prenez garde de tomber, et non : gardez-vous de ne pas tomber, prenez garde de ne pas tomber.

EXERCICE PBRASÉOLOGIQUE.

i/éfcndci qu'il approrlii

Défends cju'il vienne.

Je défi-niliai iiii'll agisse ainsi. Défendez qu'il parle

Il s'en faut bien, il s'en faut peu

Il s'en faut bien.

Je puis vous assurer qu'il s'en faut bien qu'on y nnure de faim. (Racine.)

Il s'en faut beaucoup que chaque être à deux mains et à deux pieds possét/e un fonds de cent vingt iivres de revenu. (Voltaire.)

Il s'en faut de beaucoup, en mon particulier, que je trouve Rodogune une bonne pièce. [Id.)

Les passions sont les mêmes dans le peuple et irmi les puissants; mais il s'en faut bien que le c.inic soit égal. (JMassii.i.o^.)

// s en fallait de beaucoup que la famille de Descailfs lui rt'«(/;< justice. Tuomas.)

IIs'mi faut de beaucoup que Boilcau ait mis dans U satire le courage que Molière a mis dans la comédie, (/d.)

// s'en faut peu.

Il ne s'en faut pas de beaucoup que la somme n'y soit. (Académie.)

Peu s'en faut que Malhan nem'aïf nommé son père.

(Racine.)

Peu s'en fallut que nous ne touchassions sur un rocher à droite dans la passe.

(lÎEKN. DE Saint-Pierre.)

Peu s'en fallut que le même accident ne lui arrivât. {Id.}

Il s'en faut peu que le crime heureux ne soit loué comme la vertu même. (La Brlyèue.)

Un discours que rien ne lie et n'embarrasse, marche et coule de soi-même, et il s'en faut peu qu'il n'aille quelquefois plus vite que la pensée même de l'orateur. (Bon. eau. J

Tant s'en faut qu'un clirélicn doive liair son prochain, qu'au contraire il est obligé de le secourir et de luire du bien même à <;es ennemis. (Tkévoux.)

// s'en faut de beaucoup que le roi de Prusse soit enthousiaste des ouvrages de J. J. Rousseau. (D'Alembert.)

Le feu des volcans n'est pas si tMoigné du sonunet des montagnes; et il s'en faut bien (|u'il redescende au niveau des plaines. (Bui fon.)

Nous ne trouvons pas ces railleries mauvaises; peu s'en faut que nous ne les trouvions plaisantes.

(Flécuiku.)

Peu s'en fallait que je ne me crusse parent du duc de Lcrme. (Le Sage.)

Annibal étant blessé, il y eut une telle épouvante et une telle confusion, qu'il s'en fallut de bien peu que les ouvrages et les galeries ne fussent abandonnés. (UUREAO DE 1.A MaLI.E.)

Ji s'en faut exprime dans toute sa conjugaison une absence, une privation, dont le sens négatif se porte sur la proposition subordonnée. Les exemples de la première colonne nous font voir que quand le verbe n'est accompagné ni d'une négation, ni de quelque mot qui ait un sens négalJf, tel que peu, guère, presque rien, etc., la proposition subordonnée ne prend pas W négative ne : il s'en faut bien qu'on y meure de faim, etc.

Mais lorsqu't"/ s'en faut est accompagné de la négation ou de l'un des mots peu, guère, etc., qui ont un sens négatif, on voit, d'après les citations de la seconde colonne, que la proposition subordonnée admet toujours la particule ne: il ne s'en faut pas de hcaucoup que la somme n'y soit ; peu s'en fallut que nous ne touchassions sut un rocher, etc. La négative ne serait encore de rigueur si la phrase était interrogative : combien s'en FAUT-IL que la somme ny soit? S'en faut-il beaucoup que la somme n'y soit ?

Dans les exemples suivants, avec il s'en faut bien, les écrivains, faisant abstraction du sens négatif de la proposition primordiale, ont reporté la négative sur la complétive; mais l'usage général est pour la suppression de ne :

Il s'en faut bien que ceux qui s'attachent à nos finesses ne nous paraissent aussi ridicules que nous le paraissons à nous-mêmes quand les finesses des autres nous ont attrapés. {La Rocuefoi callo.)

Cet homme paraît faire tout ce qu'il veut; mais il s'en faut bien qu'il ne le fasse. (Fénelon.)

Il s'en faut bien que mon affaire avec M. Tron« chin ?ie soit faite.

EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQVE.

Il s'en fa jl bien que. . .

ComLirn s'en faut-il quo

Il s'en fallait peu que...

S'en faut-il de beaucoup que.

Il s'en faut Lraurnuji <[ue Peu s'en faut que. . .

Tant s'i n faut que. . .

Il ne s'en faut pa> beaucoup que.

>^^^=^o ]>}" DCXCll . ^^^^"^^

Avant que, sans que.

Avant que , non suivi de nk.

PROSATEURS

L'Écriture nous fait voir la terre revêtue d'herbes et de toutes sortes de plantes avant que le soleil ail éié créé. (Bossi'ET.)

Avant que les nations fussent converties, tout n'était pas accompli. (Pascal )

Combien de siècles se sont écoulés avant que les lionunes aient pu revenir au goCit des anciens!

(La Ruuvëre.)

L'on est mort avant qu'on ait aperçu qu'on devait mourir. (Flécoier.)

POfeTES,

Vertueuse Zaïre, avant que l'hyménée Joif/ne à jamais nos cœurs et notre destinée, J'ai cru, sur mes projets, sur vous, sur mon amour, De>oir en musulman vous parler sans détour.

(Voltaire.)

La guerre et la victoire Nous ont longtemps unis par les nœuds de la gloire, Avant que tant d'tionneurs sur ma têle amassés Traînassent après moi des cœurs intéressés. {Id.) .le veux pourtant songer à mettre ordre a mon bien, Avant qu'un prompt trépas m'en ôtc le moyen.

(Regnaru.^

Les premiers hoiiiines, avant qu'un culte impie «e fût liiillé des divinilés de hois et de pierre, adorèrent le môme Dieu que nous adorons.

(.Massii.lon.)

Adraste et ses soldats desccndirotil avant qu'on piU les reionnaitre. (Fénklon.)

Le roi voulut voir ce chef-d'œuvre avant nifme qu"i\ fàl achevé. (Voltaiue.)

Avant que l'action fût terminée, quchjues Thébains, à ce qu'on prétend, se rendirent aux l'erses. (Baktuéi.emv-)

Il fui des citoyens avant quW fàl des maîtres.

(VOI.TAIUK.)

Avant que sa fureur ravageât tout le monde, L'Inde se reposait dans une paix profonde.

(Kacink.) El le Rhin de ses (lots ira prossir la Loire Avant que tes faveurs sortent de ma mémoire

(Hoileau.) Avant que le sommeil te /erwe la paupière. Sur tes œuvres du jour porte un regard sévère. (Lbfbanc uë Pouimo'an;}

Bans que , non suivi de ne.

PROSATEURS

Tout le monde dit d'un fat qu'il est un fat, et personne n'ose le lui dire à lui-rn<'>me: il meurt sans le saToir et sans que personne se soit vcnj;é.

(La Bruyère.)

Quiconque est vivement ému voit les choses d'un autre «fil que les autres honuncs. l'oul est pour lui objet de comparaison rapide et de métaphore, sans qu'il y prenne garde. (Voltaire.)

Toutes les créatures paraîtront devant Dieu comme le néant, sans qu'il y ait entre elles de prérogatives que celles que la vertu y aura mises.

(MOTESQUIEU.)

Raoul, comte d'Eu et de Guines. accusé d'intelligence avec les Anjjlais, est décapité, sans qu'on observe les formes de procédure. (Uéïsault.)

POÈTES

La Castilie du moins n'aura pas la victoire. Sans que nous essayions d'en partager la gloire.

(Molière.) Eh! peut-on ôlre heureux sans qu"\\ en coûte rient

(Lafosse.) Le sort de votre époux est déjà trop horrible. Sans que de nouveaux traits venant me déchirer, Vous me donniez encor votre mort à pleurer.

(Voltaire.) Vous pouvez maintenant, sans que l'on vous punisse, Vous retirer chez vous, el quitter le service.

(Regnard.) Tous les fleuves du monde entrent au sein des mers. Sans que leurs flots unis ravagent l'univers.

(Lefranc de Pompignan.)

Généralement, apiès les locutions conjonctives avant que, sans que, il ne faut pas exprimer la particule ne, ainsi que le prouvent les nombreux exemples qui précèdent, et que nous aurions pu multiplier à l'infini. Il est vrai cependant (jue de bons écrivains ont aussi fait usage de cette négation ; mais les exemples qu'on rencontre de cet emploi abondent si peu, qu'ils sont en comparaison de ceux oîi ne est supprimé, dans la proportion de un à cent. L'usage milite donc en faveur des exemples oii les écrivains n'expriment jamais la négation. Voici néanmoins les seuls que nous ayons trouves avec ne; ils ont pour eux des autorités respectables :

Avant que suivi de ne.

Nous avons beau leur représenter que nous étions paisibles possesseurs des Tuileries vingt ans avant qu'ils ne fussent au monde : je crois qu'ils nous en chasseront à la lin. (Montesquieu.)

J'irai vous voir avant que vous ne preniez aucune résolution. (M'"^ DE SÉVIGNÉ.)

11 me paraît que les volontés de M. l'"ou(]uet sont si ambulatùires, qu'il ne vaut pas la |)eine de rien avant r/u'elles ne soient fixées. (Bartuklemv.)

A peine chacun se contient dans l'atlente du signal. IlAlez-vous de le donner vous-tiicme, avant ifue vos trompettes ne vous éehap[U'nlct ne le donnent malgré vous. (Maumo>tel.)

L'ysatis, moins fort, mais beaucoup plus léger que le glouton, lui sert de jiourvojeur : celui-ci le suit a la chasse, et souvent lui enle\e sa proie avant qu'\\ ne Vait entamée ; au moins il la partage.

(RUEFON.)

Sans que suivi de ne.

Gràre au ciel, chère cousine, vous voilà rétablie. Mais ce n'est pas saîis que votre silence el celui de M. G., que j'avais instamment prié de m'écrire un mot à son arrivée, ne m'ait causé bien des alarmes.

(J.-J. RoUSsEAU.)

Je n'ai jamais entendu ce chant grave et pathétique entonné par les prêtres et répondu aireetueu sèment par une infinité de voix d'hommes et de femmes, de jeunes filles et d'enfans, sans que mes entrailles ne s'en soient émues, ji en aienf tressailli, et que les larmes ne m'en soient venues aux yeux.

(Diderot.)

Elle ne voyait aucun être souffrant sans que son visage n'exprimât la peine qu'elle en ressentait.

(BeRN. de SAIISr-PlhHRE.)

Il ne m'est jamais arrivé de passer devant les habit. mis de NeulVhàtel sans que, petits et grand.s, ils ne \u aient [irévenu d'un salut.

(Raoul-Rochbttk.)

Laveaux et quelques autics grammairiens pensent qu'on doit faire usage de 7ie après

( 751 ) avant que, toutes les fois qu'il y a un doute sur la réalité de l'action exprimée par !( verbe qui suit avant que : cette opinion est parta jce par Honiface Suivant ce grammairien, on doit dire sans ne : Rentrons avant qv'U fasse nuit, parce qu'il est certain qu'il fera nuit; et avec ne, rentrons avant qv'U ne pleuve, parce qu'il n'est pas certain qu'il pleuvra. C'est là une doctrine beaucoup plus subtile que vraie, selon nous; car nous avouons en toute humilité que, dans les deux cas cités, nous ne voyons jiucune idée de doute; au contraire, l'action exprimée par le verbe qui suit avant que est une action qui, pour se réaliser postérieurement à une autre, n'en doit pas moins toujours avoir lieu : ce qui le prouve, c'est que l'on dira affirmativement: Rentrons avant qu'il pleuve; et s'il y avait réellement doute : Rentrons de peur qv'U ne pleuve. Avec avant, on voit que la pluie doit nécessairement tomber, et avec de peur que, il n'est pas sûr qu'elle tombe. La doctrine de Boniface et des autres grammairiens sur l'emploi de ne dubitatif après avant que est donc entièrement fausse, et les exemples que nous avons rapportés ne peuvent non plus servir ni à l'asseoir ni à la justifier. Il faut s'en tenir seulement à ce que nous avons dit en commençant : N'employer jamais ne après avant que, parce qu'en effet c'est là l'usage le plus constant.

Quant à sans que suivi de ne, Boniface en rend compie ainsi par l'analyse : « Je ne pouvais parler sans qv'U ne m'interrompît ; c'est-à-dire je ne pouvais parler sans ceci: Il ne m'interrompit pas sans sa non interruption

Le sans et le ne se détruisent et équivalent à une affirmation, ce qui d'abord paraît bizarre, mais ce qui n'en est pas moins vrai, malgré le ridicule jeté par Lemare sur cet axiome : Deux négations valent une affirmation. »

Quoi qu'il en soit, les exemples où ne n'est pas exprimé après sans que nous paraissent beaucoup plus rationnels, beaucoup plus logiques. Que signifie sans que? Cette expression signifie sinon que, si ce n'est que: je ne partirai pas sans que vous veniez, c'est-à-dire sinon que vous veniez, si ce n'est que vous veniez . Comme après sinon que, si ce n'est que, on ne met jamais ne, il s'ensuit qu'on ne doit pas le mettre davantage avec sans que, qui est pour que ne, ainsi que cela paraît démontré jusqu'à la dernière évidence dans les exemples comparatifs qui suivent :

Que ne.

Je ne vous quitte point, Seigneur, que mon amour n'ait obtenu ce point.

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