DES DEUX TERMES DES COMPARAISONS DE SUPÉRIORITÉ ET D'INFKR10R1T
SECOND TEU.ME ElSTlfeREMENT EXPRIMÉ.
Les cerfs blancs n'étaient pas plus communs aiieienncmeiit quils ne le sont aujourd'hui.
(BlIFFON.)
On ne peut perdre un royaume plus gaîment que vous le faites. (Bussy-Raiîctin.)
Les batailles sont moins sanglantes qu elles ne l'étaient. (Montesquieo.)
SECOND TERME EXPRIME EN PARTIE OH TOUT A- FAIT SOrS-ENTENDU.
Quelle main était plus propre à ce ministère?
(Flécqier.)
Il n'était sorti de la cour que pour y être plus accrédité et pZws utile. {Id)
L'ingratitude enlève moins de plaisir au bienfaiteur qu'à l'ingrat. (Lingrée.)
Le but de ces citations est de nous apprendre que dans les comparaisons de supériorité et d'infériorité le second terme peut être, selon les cas, exprimé, soit en entier, soit en partie, et quelquefois même entièrement ellipse. En effet, il est permis de dire : 1° On ne peut perdre un royaume plus gaîment que vous le faites; S^ow ne peut perdre un royaume PLUS gaîment que vous; 3" on ne peut perdre un royaume plus gaîment. Les citations de la seconde colonne sont donc elliptiques : Quelle main était plus propre à ce ministère? (sous-entendu) que M. Le Tellier ; il n'était sorti de la cour que pour y être plus accrédité et plus utile, (sous-entendu) qu'il ne l'était; l'ingratitude enlève moins de plaisir au bienfaiteur qu'à l'ingrat, c'est pour qu'elle n'en enlève à l'ingrat.
EXERCICE PHRASÈOLOQIQVE.
CDNSTKUCTIOS PLEINE.
SSTRVCriON ELL
Plus n^e que vous l'élcs. Moins instruit que lest à cet âge
Moins riclie que tu l'es. tout autre enlant.
Plus savant que ne IVst un docteur. Plus adroit que ne l'est un singe.
Plus âge que vous.
Moins riche que toi.
Plus savant qu'un docteur*
Moins instruit que tout autre
enfant, Plus adroit qu'un sinfie.
répétition de flusy de moins et de mieux
Mains on mérite un bien, moins on l'ose espérer.
(Molière.)
Plus on a lu, plus on est instruit ; plus on a médité, plus on est en état d'affirmer que l'on ne sait rit-n- (Voltaire.)
Plus un homme a l'âme bonne, moins il soupçonne les autres de méchanceté. (Boiste.)
Ah! qui versa des pleurs, tremble d'en voir couler ; Et plus on a souffert, mieux on sait consoler.
(De Belloy.)
Moins notre esprit a de lumière, moins iléclain nos vertus. (Bernis.)
Moins on a de richesse, et moins on a de peine ; C'est posséder les biens que savoir s'en passer.
. . .C'est ainsi qu'un père est toujours adoré, Et que moins il est craint, plus il est révéré.
(PlRON.)
Plus on connaît l'amour, et plus on le déteste.
(Qcinault.)
Plus j'observe ces lieux et plus je les admire. (/J
Lorsque l'esprit embrasse une suite d'idées croissantes ou décroissantes, plus, moins, mieux se répètent, non seulement par élégnnco. mais par nécessité.
EXERCICE PJTIiASÉOLOGIQVE.
PyiS on lit Je grammaire», plus. . .
l'fus on a, plus. . .
Moins on voil de médecins, mieux.
Plus OH a d'esprit, plu». .
Moins un a d'esprit, moin»
Plus on est intéressé, ulus.
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Plus, 7noins, mieux, répétés avec ou sans et.
POÈTES
SANS et
plus l'offenseur est cher, plus on ressent l'injure.
(Racine.)
Miiliridatc revient peut-être inexorable; Plus il est malheureux, plus il est redoutable.
(/d.) Plus le coupable est grand, plus grand est le sup- (VoLTAiRE.) [plice.
Plus on mérite de mépris, Plus on a de penchant à mépriser les autres.
(Jauffret.) Plus on grandit, plus on devient vaurien.
(Florian.) Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le (Molière.) [flatte.
Plus !e malheur est grand, p/ws il est grand de vivre.
(Crébillon.) Plus il est près de quitter ce séjour. Plus on lui trouve et d'esprit et de charmes.
(Gresset.)
Plus un lien est éclatant, Plus son étreinte paraît dure.
(F. DE Neufcuateau.)
Plus un honnête homme a de cœur, Plus d'un ennemi bas il méprise l'injure.
(Lenoble.)
avec et.
Plus l'offenseur est grand, et plus grande est ï'of- (Cokneille.) [fense.
. . . Plus je vous envisage, Et moins je reconnais, monsieur, votre visage.
(Raci.\e.) Plus il s'agite, et plus il devient laid.
(Voltaire.) Plus un bonheur est extrême.
Et plus il est dangereux. (J.-B. Rousse .\u.)
Plus j'y pense, et plus j'en enrage.
(La Fontaine.) Jtfbi*n»rassembléeest grande, ef^''"* elle a d'oreilles,
(Piron.) Plus le sens est précis, et moins il nous échappe.
(La Mothe.) Plus la vie est tranquille, et plus sa faible trame Échappe au ciseau d'Atropos. (Bernis.)
Plus la fortune rit, et plus on doit trembler; Elle orne sa victime avant de l'immoler.
(F. de Neufchateau.) Jouets de la fortune, assidus courtisans,
Examinez bien votre vie :
Plus vos fers sont dorés, et jj/ms ils sont pesants.
(Lenoble.)
prosateurs.
Plus on a étudié la nature, p/w.^ on a connu son auteur. (Voltaire.)
Plus les causes physiques portent les hommes au repos, plus les causes morales les en doivent éloigner. (Montesquieu.)
Plus les hommes sont médiocres, p/us ils mettent de soin à s'assortir. (M""^ de Staël.)
Plus les devoirs sont étendus, plus il faut faire d'efforts pour les remplir. (Mably.)
Plus ils s'accumulent (les hommes), et plus ils se corrompent. (J.-J. Rousseau.)
Plus je rentre en moi, phis je nie consulte, et plus je lis ces mots écrits dans mon âme : Sois juste, et tu seras heureux. [Id. i
Plus les hommes seront éclairés, et plus ils seront libres. (Voltaire.)
Plus je lis La Fontaine, plus je l'admire, et phn je le crois inimitable. iMarmontel.)
C'est ainsi que se sont exprimes et que s'expriment tous les jours encore et les poètes et ies prosateurs. Après eux ne craignons donc pas de dire : Plus on lit Racine, plus on l'admire; ou bien : Plus on lit Racine, et plus on l'admire. Que les grammairiens s'enrouent, si tel est leur plaisir, à répéter, après d'Olivet, que l'emploi de et dans cette dernière phrase est une faute grave. Scrif tores dixerunt (les écrivains l'ont dit), leur répondrons-nous, et force leur sera bien, à eux si chétifs et si nuls, de mettre fin h leurs cris, et de s'humilier, comme nous, devant ces arbitres souverains.
En vérité, nous ne concevons pas comment d'Olivct a pu s'oublier logiquement an point do dire à Racine qu'il lui aurait suffi d'un peu de logique pour comprendre que la conjonction et se trouve de trop dans ces vers :
Plus je vous envisage, El moins je reconnais, monsieur, votre visage.
La saine idéologie , au contraire, d'accord avec les faits, prouve que l'idée exige l'emploi de cette conjonction, et que lorsqu'elle n'est pas exprimée, elle est sous-entendue.
En effet , de ce que je dis : Vous le suivez, et il vous fuit, ne puis-je pas, ou plutôt ne dois-je pas dire : Plus vous le suivez, et plus il vous fuit? La conjonction et que j'emploie avefc le positif, pourquoi ne l'exprimerais-je pas au comparatif? Analysons cette phrase, et nous au.'ons : Vous le suivez plus .lu'à l'ordinaire, et par cela même il vous fuit plus qu'il ne le fait habituellement; ou bien : Vous le suivez plus que vous ne le feriez s'il ne vous fuyait pas, et il vous fuit plus qu'il ne le ferait sivoiis ne le suiviez pas
De toute manière et est nécessaire, et faire un crime aux écrivains de s'en être servis, c'est leur reprocher d'avoir été trop corrects, c'est avouer qu'on ne s'est jamais rendu compte du sens précis des phrases où il se trouve ; en un mot, c'est prouver qu'on manque de logique.
EXERCICE PURASÉOLOGIQUE.
Plus on a J'aiRont, plus. . . Pluj on a d'argent, cl plus . .
Plus on a iraiiiii, moins. . . Plus on a d'amis, vl moins. . .
Kloins on a de fortune, moins. . . Moins on a de foi lune, et moins. . ,
>^^^D N" DCCiX. '^^^'