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DES COMPARAISONS ENTRE DES ÊTRES OU DES OBJETS DE GENRE DIFFÉRENT

EXEMPLES

La LOI même est souvent moins forte que I'lisage.

fAR^.\ULT.)

L'ame des femmes coquettes n'est pas moins fardée que leur visage. 11 y a de l'artilice en toutes leurs paroles et dans la plupart de leurs actions, mais surtout dans leurs larmes. (Wailly.)

L'no>'NEi3R est plus puissant, plus sacré que la loi.

(Voltaire.)

L'exécction de mauvaises lois est moins dangereuse que 1' arbitraire. (Boiste.)

Fille de l'honneur, I'estime n'est pas moins d«^licatc que son père; un rien la blesse; un rien la fait mourir. (Sanial Dcbav.)

Vîiugclas croyait qu'un homme ne pouvait dire à une femme : Je suis plus vieux que vous; je suis moins grand que vous; ni une femme à un homme : Je suis plus petite que vous; je serai plus tôt revenue que vous; parce que vieux et grand, masculins, ne peuvent s'appliquer à la femme, et que petite et revenue, féminins, ne sauraient s'appliquer à l'homme.

L'oracle de l'hôlcl de Rambouillet aurait donc condamné les citations précédentes, en ce que les comparaisons sont faites entre la loi et l'usage, Yame et le visage, Vkonneur et la loi, l'exécution et Varbitraire, Vestime et son père, tous noms de genre différent?

C'esit pousser, comme on voit, un peu loin le scrupule; aussi ne doit-on pas s'étonner (jue 1 usa[]c n'ait tenu aucun compte de la remarque excessivement minutieuse du sieur de Vaugelas. Nouvelle preuve de l'impuissance des grammairiens.

EXERCICE PURASEOLOGIQUE.

L"us.n.,o isl plus piiiss.Tnl (pu h. synl.iv.- Celle r.Tune est plus liaute (jne loi.

Cel arlue est plus eleve «jue telle nioula^ne. Ce elieval csl plus beau que celte jument

Le raïUou es: plu< dur que la piene. La vertu est jilus piccieuse que lor.

( TH.-? ) Mieux que, flm que, pis que, etc. SUIVIS ou non de la préposition de.

SANS de.

... Il vaut «lieux expirer Et mourir avec toi que se déshouorer.

(VoLTAine.)

^lieux vaut, tout prisé, Cornes Kfigner, que perdre ses oreilles.

(La FONTAIME.)

Se laire à propos vaut souvent mieux que bien parler. (Trad. de Pi.utarque.)

La plupart des lecteurs aiment mieux s'anmser que s'instruire. (Voltaiue.)

ïi Y.iul mieux déplaire à son ami que lui dissimuler ce qu'on a sur le cœur. (Maumontel.)

Celui qui aime mieux se faire craindre gue se faire aimer, doit craindre tous ceux qui ne 1 aiment pas. (BoisTE.)

Ma tante aimait mieux chanter les psaumes que veiller à notre éducation. (J.-J. Rousseau.)

C'est à tort que les grammairiens ont avancé qu'il n'était pas permis de supprimer le c/c ai s a Lr'm.cux, laloir mieux, etc. Los citations qui précèdent, et qu'.l nous eu ete s facile de multiplier, nous prouvent suffisamment le contraire. On peut donc d.e également bien : Il vaut nneux se taire que de parW mal à propos, et t^ vaut mieux se taire que

'''ouLul^i qf^sc trouve dans les phrases de la première colonne, et qui a si for i embarrassé quelques grammairiens, Marmontel nous en donne lui-même 1 ^-^"^b-se- J^e n'est pas inuUlement, dit-d, que la préposition de s'est glissée entre le^«e comparatif et le verbe : elle indique une ellipse, et suppose un mot sous-entendu. Ainsi, dans cette phrase : J'aime mieux n'être plusQJJiL de vivre avili, de fait entendre le malheur et la honte: j'aime mieux le malheur de n'être plus que la honte de vivre avili.

AVEC de.

Il vaut mieux se flatter d'un espoir téméraire, Que de céder au sort dès qu'il nous est contraire.

iGrébillon.)

Mieux vaut défricher un sillon Que de bâiller dans sa cellule.

(Lombard uk Langues)

I! vaut mieux se taire que de parler mal à propos, (Académie.) J'aime mieux, s'il Je faut, succdraber avec gloire, C>ue d'avoir à rougir d'une indigne victoire.

(La Harpe.)

Vaincre ses passiuns, c'est plus que de soumettre des empires. (Marmontel.)

11 veut mieux succomber que de plaider.

(Voltaire.)

J'aime mieux n'être plU8 que de vivre avili.

(Thomas.)

Il vaut mieux risquer de perdre sa fortune que de perdre sa réputation. (Marmontrl.)

Il vaut mienx risquer de perdre sa fortune que l'assurer par une lâcheté. (Marmontel.)

Dans le premier de ces exemples on a dû de toute nécessité exprimer de après que, parce que ainsi que le fait observer très-judicieusement Marmontel, la comparaison porte sur u^uer de. En effet, c'est comme s'il y avait : Il vaut mieux risquer de perdre sa Jortunequ. (ri'quer) de perdre sa réputation. H n'en est pas de même dans 1 exemple opposé. La, Marmontel a pu ne pas employer le de, par cette raison qu'il en a donnée hu-mtme. que a comparaison tombe sur il vaut mieux : Il vaut mieux risquer de perdre sa fortune qu ^IL îfii VAUT) l'assurer par une lâcheté. , ,.

Ainsi donc, toutes les fois que le verbe qui vient à la suite de mieux a une pieposition, ii faut absolument répéter cette préposition après le que.

EXERCICE PUliASÉOLOGlQVE.

11 vaut mieux rcslfr pauvre que de voler.

Se vaioere soi-même, c'est plus que de vaincre des ecnemis.

Ttime mieux «orlir que de rester.

11 vaiil iiii'iiv r.sler painif ipii- .S,- >;iiiure siii. uiéme, c'est pliss J'aime mieux sortir ^ue rcsltr.

vaiiirie d'ti ennemi*

Plus d'à moitié, plus d'à demi, plus qu'à moitié, plus qu'à demi

Son apprentissage eslplus d'à moitié fait, par les exercices dont nous l'avons occupé jusqu'à présent.

(J.-J. Rousseau.) Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié La volatile malheureuse. (La Fontaine.) L'oubli de toute religion conduit à l'oubli des devoirs de riiomme. Ce progrès était déjà plus d'à moitié fait dans le cœur du libertin.

(J.-J. Rousseau.) Nous observerons que les glaces qui descendent du Nord sont déjà plus d'à moitié fondues lorsqu'elles arrivent sur le banc de Terre-Neuve; car, en effet, elles ne vont guère plus loin.

(Bern. RE Saint-Pieriie.)

Elle tomba plus d'à demi pâmée.

(La Fontaiku.)

La dame ouvrit dormant pZus d'à demi. (M.)

Je me suis dit seulement votre ami.

De ceux qui sont amants plus d'à demi.

(CUAMMELAT.)

N'êtes-vouspas vaincu plus d'àdemi?

(La Fontaine.)

Nos deux sœurs entendirent plus d'à demi sc.i paroles et se rapprochèrent. {Id.)

Il a été plus d'à demi convaincu. (Laveaux.'»

le sais déjà jeûner plus d'à demi.

(La Fontaine.

Je sais déjà jeûner plus qu'à demi.

(La Fontaine.) La trame de mes jours est plus qu'à demi fuite.

(Racan.)

Ces trois expressions : plus d'à moitié, plus d'à demi, plus qu'à demi, sont également en -usage ; les deux premières néanmoins sont celles que les écrivains ont le plus fréquemment employées.

EXERCICE PHRASÉOLOGiQUE.

Plus d'à moitié mort.

Plus d'à moitié ruiné.

Plus d'à moitié brisé.

Plus d'à de Plus d'à .le Plus d'à de

Hr^oooo —

-^^^.^^^ ]\" DCCXll . ^^^^

Plus que, moins que, mieux que, suivis ou non suivis de ne.

AVEC ne.

La poésie est plus naturelle à l'homme qu'on ne le pense. (Saint-Lahbeiit.)

La bêche des esclaves o fait plus de bien que l'épée des conquérants n'a fait de mal.

(Bekn. de Saint-Pierre.)

La plus heureuse vie a plus de peines qu'elle n'a de plaisirs. (Marmontel.)

Les lions sont maintenant beaucoup moins coin muns qu'ils ne l'étaient anciennement.

(iîUlM''()N,)

Cette guerre ne fut pas moins heureuse qu'elle ^(ai( juste. ^VcAoÉMiE.)

Le singe n'est pas plus de notre espèce que nou» ne sommes de l.i .-ienne. (Buffon.)

Les rochers ne sont pas plus insensibles aux plaintes des amants, que Télémaque l'était à ces offres. (FiÎNKLON.)

On ri en peut pas user mieux que je fais.

(MoLitnE.)

Les Spartiates ne sont pjsplus étonnés de se voir mourir qu'ils ne C avaient été de se trouver en vie.

(BARTnÉLEMY.)

L'existenrc de Scipion ne sera pas plus douteuse dans dix siècles qu'elle ne l'est aujourd'hui.

(D'Alembert.)

Dans les citations de la première série, plusieurs grammairiens ont regardé le ne comme un mot explétif, c'est-à-dire comme un mol que le sens paraissait rejeter.

Avant d'entreprendre de le justifier, reconnaissons d'abord que tous les écrivains en ont fait usage, et que chaque jour encore, dans la conversation, dans les journaux, à la tribune, la négation ne est employée; de sorte qu'il n'y a guère que les grammairiens qui luttent contre le torrent et qui cherchent cà la proscrire. Chacun d'eux arbore les enseignes d'autorités souvent contradictoires, et jamais, suivant l'observation du savant Biagioli, dont nous aimons à nous dire les disciples, le camp d'Agramant n'offrit plus de discorde.

Maintenant demandons à l'analyse comment la forme négative ne, qui a tant indisposé les grammairiens, et que n'admettent ni les Grecs, ni les Latins, ni les Allemands, ni les Anglais, s'est impatronisée dans notre langue, où elle paraît tendre à une domination exclusive.

1° La poésie est phis naturelle à tous les hommes qu'on ne le pense. L'écrivain veut dire qu'on pense bien que la poésie est naturelle à tous les hommes , mais qu'on ne pense pas qu'elle leur soit aussi naturelle qu'elle l'est réellement ; d'où l'emploi de la négation.

2" Cette guerre ne fut pas moins heureuse qu'elle était juste. Dans cette phrase Tautcur n'a point fait usage de la négation après le comparatif, parce que, dans son idée, la guerre était iusle.

3° Le singe n'est pas plus de notre espèce que nous ne sommes de la sienne. Ici, quoique le cas soit tout-à-fait analogue au précédent, Buffon a expriuié la négation après le comparatif, parce que, suivant lui, nous ne sommes pas du tout de l'espèce du singe, et que ce dernier n'es^ pas non plus de la nôtre.

Dans toutes ces phrases ne indique un sens négatif réellement contenu dans l'esprit de celui qui parle; ce n'est donc pas un mot superflu.

Il ne nous reste plus qu'à déduire ce principe pratique : Quand le premier terme de la comparaison est affirmatif, comme dans les citations de la première série, le second doit être négatif; si, au contraire, ce même terme est négatif, interrogatif ou dubitatif, ainsi que dans les exemples de Ia|)remière colonne de la deuxième série, le second terme doit être affirmatif.

Cependant il est des circonstances où, môme dans ce dernier cas, on peut faire usage de la négation, comme on le voit dans la deuxième colonne de la deuxième série. C'est .onc principalement à l'idée qu'on veut exprimer qu'il faut s'attacher. C'est là la première de toutes les règles.

Les exemples qui suivent en sont une preuve convaincante :

Il ne sait pas plus de grec que je sais de latin. (Mau.iiontel.)

Cela n'est pas plus vrai que l'est ce qu'on disait hier. [Id.]

Il ne sait pas plus de grec que je ne sais de latin.

(Maumontel.) Cela n'est pas plus vrai que ne l'est ce qu'on disait hier. [Id.)

Je dirai: que je sais, si je veux faire entendre que nous savons également, lui du grec et moi du latin; et que je ne sais, si je veux exprimer que nous ne savons, ni moi lelalin, ni lui le grec.

( 7G6 ) Je dirai (le mônic : que l'est, si l'un et l'autre est vrai; et que ne l'est, pour nier ou 1,'tire en doute l'un et l'autre.

La distinction des deux sens est observée par l'usage.

11 est plus riclic qu'il ne l'ctail

Il ;i clc mieux reçu iju'il ne croyait.

J'ai dormi [ilus que je ne voul.n's.

I,c U'iiips est moius beau que je n'aurais pensé.

Que (le Aens fi)nt souvent plus ik> mal qu'ils ne croient !

Lis batailles sont moins sanil.Tul. s qu'elles ne l'claicnt.

Les bonime.s sont plus civilisés qu'ils ne l'étaient il y »

queli|ues siècles. ,

On monte plus aisément i> nu poste émincnt qu'on ne s y

eimserve.

Les lois sont plus sévères qu'elles ne l'étaient.

Il n'est pas plus riclic qu'il l'était.

11 n'a pas etc mieux reçu qu'il croyait.

Je n'ai pas dormi plus que je voulais.

Peut-on être pli.s lieurcui que ja le suis?

On ne peut être plus toucbe que je le suis de vos boiiltis.

On ne peut vous aimer plus que je vous aime.

On n'est pas plus insensible que vous l'été.». ■

Ou ne peut être plus aimable que vous l'êtes.

Peut-on elre plus moJeste que vcus l'êtes?

On ne peut être plus occupe que nous le gommes de voiu.

r DCCXIII. ^^^^

Plus de.

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