‹ Grammaire nationaleChapitre 60 sur 643 · CC · texte numérisé non relu

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Il esi encore régulièrement féminin, quand il désigne FVinniversaire de ce jourchei les Israélites, ainsi qu'une coutume pieuse chez les chrétiens :

«Jésus, ayant achevé tous ces discours, dit à ses disciples : «Vous savez que ta X pâ(jue se fera dans deux jours; et le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié. »

{St. Matlùcu.)

« Tout fidèle doit faire de bonnes vaques. » {Girault-Duvivier. )

« Quand Noël est vert, les jx^ques seront blanches. » (Proverbe. )

« Le dimanche des Rameaux s'appelle Pâques Jleuries , et le dimanche de Quasimodo

«i Pâques closes. » ( Gailel. )

On sait qm Pâque est masculin, quand il désigne le jour de la Résurrection. Et qu'on n'aille pas croire que cette masculinité soit une erreur ou un fait arbitraire : c'est une des plus belles harmonies de notre langue. Pour en comprendre toute la beauté et toute l'exactitude, il faut s'unir à la grande pensée qui occupe l'univers chrétien en ce jour solennel, où le Sauveur, victorieux de la mort, s'élève rayonnant de gloire vers les clartés éternelles, assurant à la terre régénérée l'empire absolu de la loi nouvelle; il faut assister en esprit à cette magnificence des cérémonie de la Semaine sainte, surtout à Rome; il faut se représenter « ce clergé en deuil, ces autels, « ces temples voilés, celle musique sublime, ces voix célestes chantant les douleurs « de Jérémie; celle passion mêlée d'incompréhensibles mystères; ce saint sépulcre « environné d'un peuple abattu; ce pontife lavant les pieds des pauvres; ces ténèbres, « ces silences entrecoupés de bruits formidables; ce cri de victoire échappé lout-à-coup « du tombeau; enfin ce Dieu qui ouvre la route du ciel aux âmes délivrées, et laisse « aux chrétiens sur la terre, avec une religion divine, d'intarissables espérances. » Quand on s'est bien pénétré des profonds mystères qui précèdent et accompagnent le plus -rand et le plus mémorable jour de la Religion; quand on peut juger de l'effet qu'un tel jour a toujours produit sur un peuple plein de foi ; alors on ne doit plus s'etonner que le nom qui désigne ce jour si solennel ait quitté la féminité qu'il a partout ailleurs , pour devenir tout à coup masculin.

Période est régulièrement féminin :

« La vie de l'homme est trop courte, pour sortir des longues périodes d'une révolu- H lion. » (Boiste.)

« L'hisloire se divise en différentes périodes. y> ( Gîraull-Duvivier. )

« On peut définir la période une pensée composée de plusieurs autres pensées , qui . ont chacune un sens suspendu, jusqu'au dernier repos, qui est commun a toutes. »

( Le Batteux. )

« La période solaire, la période lunaire, la période julienne, etc. » ( GatleL }

Période exprime- t-il au contraire le résultat d'une grande force largement développée' offre-t-ii à notre imagination cette idée énergique qu'après des efforts, sou- Tent multipliés, on est enfin parvenu au dernier terme d'une valeur, à la dernière

limite d'une puissance? La force, qu'il a fallu employer pour y atteindre, rend ici l'emploi de la masculinité non seulement juste, mais encore indispensable :

«Démosthènes el Cicéron ont porté l'éloquence à son dernier période.* (Giraull-Duvtvier.)

« La France, après avoir atteint le période de sa gloire militaire, marche d'un pas as- • sure vers cetici de sa gloire civile; elle a pour guides l'amour de la patrie et l'horreur « du despotisme. » ( Boisle. )

Sentinelle a été l'objet de bien des discussions de la part de nos grammairiens. Mais comme leurs discussions n'offrent aucune méthode, nous allons expliquer le genre de C« nom d'après nos principes.

Sentinelle a une forme essentiellement féminine. Mais il a aussi une signification toute masculine. De là l'emploi des deux genres :

« On a trouvé le sentinelle mort dans sa guérite. » ( Académie. )

« Les arbres, qui balancent tristement leurs cimes dépouillées, ne portent que de « noires légions qui se sont associées pour passer l'hiver : elles ont leurs sentinelles et « leurs gardes avancées; souvent une corneille centenaire, antique sibylle du désert, « se lient seule perchée sur un chêne, avec lequel elle a vieilli. » {Chateanbriand.)

Mais indiquer l'emploi des deux genres, ce n'est pas l'expliquer. Voici comment les poètes procèdent.

Quand sentinelle exprime une idée grande el forte, quand tout ce qui l'entoure est énergique, il prend le genre masculin :

Ce sentiment si prompt , dans nos cœurs répandu ,

Parmi tous nos dangers sentinelle assidu. {Voltaire.)

Ces postes menaçants, ces nombreux sentinelles.

Qui veillent nuit et jour aux portes éternelles. (Delille.)

Quand le cap africain, sous les traits d'un géant , Sentinelle hideux du dernier Océan , etc. (Parseval.)

« L'oreille du lion esl le plus sûr sentinelle. » ( Fontanes. )

Quand sentinelle exprime une idée gracieuse; quand tout ce qui l'entoure est louchant, il prend le genre féminin, comme dans la phrase de Chateaubriand citée plus haut, et dans ces exemples :

« Une femme doit être pour elle-même sa sentinelle vigilante; sans cesse entourée « d'ennemis, elle en a dans sa tète, dans sou cœur, dans toute sa personne. » (Boiste.)

« La vertu est une sentinelle vigilante qui nous signale les dangers où le vice peut nous « entraîner. » ( Anonyme. )

Celle harmonie du genre esl exacte; les poêles ne s'en écartent jamais.

Tour est régulièrement masculin :

En faisant des heureux , un roi l'est à son rour. {YoUaire.)

Plus il est près de quitter ce séjour , Plus on lui trouve et d'esprit et de charmes.

Enfin, pourtant il a passé le tour. {Gresset.)

Cependant, lorsque tour désigne celle parlie gigantesque de nos cathédrales goiliiques, qui s'élève et se perd dans les nues, il conserve la féminité qu'il a en latin, car c'est de là que nous l'avons tiré :

« Et prist la titr de Syon , ço est la ci lad de David. » ( Chroniques. )

« Elle revint dedans sa tor. » {Marie de France. )

C'est au seuil de la tour , c'est aux portes de Londrc ,

Que parmi vos sujets je devais me confondre. {Casimir Delavigne.)

Si vague désigne ces niasses d'eau qui s'élèvent et retombent sous l'impression des vents, le genre féminin est naturel ; la terminaison l'exigeait :

Une voix s'élevait de mon sein tendre et vague.

Ce n'était pas le chant du coq ou de l'oiseau,

Ni des souilles d'enfants dormant dans leur berceau ,

Ni la voix des pécheurs qui chantaient sur la vague ;

C'était vous ! c'était vous , ô mon ange gardien !

C'était vous dont le cœur chantait avec le mien. {Lamartine.)

Mais si vague désigne ces espaces immenses des régions de l'air, dans lesquels le regard effrayé se plonge sans trouver nulle part aucune limite; s'il exprime cet infini idéal, dans lequel notre imagination débarrassée de touie loi, de toute règle, erre à l'aventure, comme dans un horizon dont les bornes, s'éloignant toujours, vont se perdre au sein de l'immensité ; alors la masculinité nous paraît d'une grande beauté :

« Ens'isolant des hommes, en s'abandonnant à ses songes, Rousseau a fait croire à « une foule de jeunes gens qu'il est beau de se jeter ainsi dans le vague de la vie. »

( Chateaubriand. )

« L'analyse prend la place de ce vague infini où la pensée aime à se perdre. » (Idem. )

« La mélancolie s'engendre du vague des passions, lorsque ces passions sans objet se « consument d'elles-mêmes dans un cœur solitaire. » (Idem.)

La féminité de ce mot est le résultat immédiat de sa forme; sa masculinité est l'elTet relatif de sa signification accidentelle.

Voile a encore ses deux genres en parfaite harmonie avec ses différentes significations.

Quand il désigne celle partie du vaisseau qui reçoit l'impulsion des vents, comme rien de mystérieux ni de grave ne se rattache à celte idée toute matérielle, voile est alors régulièrement féminin. Ici la forme est l'unique guide :

« Les tritons conduisaient les chevaux et tenaient les rênes dorées : une grande voile « de pourpre flottait dans l'air au-dessus du char; elle était à demi-c/i/ZJe par le souflle « d'une multitude de petits zéphirs qui s'efforçaient de la pousser par leurs haleines. »

( Fénelon. )

Il est aussi féminin, quand il s'emploie dans le sens de navire : Si vous voulez partir la voile eslpréparée. {Racine.)

11 est encore féminin au figuré, lorsque l'image employée rappelle l'idée d un navire :

Quand la faveur , à pleines toiles ,

Toujours compagne de vos pas. (lUallierbe.)

11 voit les passions, sur une onde incertaine,

De leur souille orageux enfler la voile humaine, {Lamartine.)

On a iustement reproché à Corneille d'avoir employé au masculin voile dans son sens propre de partie de vaisseau :

Il venait à plein voile , et si dans les hasards. {Pompée.)

En effel, celle signification, qui lient toule de la letlre, ne s'harmonise nullement avec la masculinité qui lient toute de l'esprit ; mais il en esl bien autrement de toutes les autres siguilicalions, auxquelles se rattache toujours quelque idée religieuse, sombre ou imposante.

Est-on plongé dans la douleur, dans le deuil? Le malheur est-il venu nous assaillir? Le chagrin p6se-t-il sur notre âme, comme un poids qui étouffe? nous nous enveloppons d'un voile funèbre :

« L'heure esl donc venue où la France doit couvrir d'un voile son superbe panache, « et laisser tomber sa tôle dans le giron de l'Angleterre? » (Jeanne iTArc de Shakespeare.)

On se rappelle c€lte matinée douloureuse où l'ijiforluné Ghacias allail confier à la terre du repos les restes inanimés de celle qu'il aima :

« Souvent la longue chevelure d'Atala , jouet des brises matinales, élendait son voile « d'or sur mes yeux. » ( Chalcaubriand. )

S'agit-il d'une vaste entreprise que les ténèbres enveloppent? d'une conspiration tramée dans l'ombre? Tout se couvre d'un voile affreux! (Crébillon. )

Une jeune vierge quilte-t-elle le monde pour se consacrer à Dieu dans uiv cloître? Elle couvre les traits célestes de sa figure virginale sous les plis flottants d'un voile.

Les ennuis de son front se cachent sous un bandeau de lin; et le voile myslérieux, « double symbole de la virginité et de la religion, accompagne sa tête dépouillée. »

( Chateaubriand. )

Enfin, dans le temple de Salomon, un voile immense dérobait le sanctuaire aux regards de la foule pieuse :

« En môme temps le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas; «la terre trembla; les pierres se fendirent; les sépulcres s'ouvrirent; et plusieurs « corps des sainls, qui étaient dans le sommeil, ressuscitèrent. » (St. Mathieu.)

On voit ici que la masculinité n'a aucun rapport avec la forme, et qu'elle s'harmonise admirablement avec tout ce que la signification renferme de grave, de sacré, de mystérieux.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

ijM trn« oune de toile Se peimlre la barbe Un petit eorle.

Auoe {ausse. barbes d épi. I.e coclie d Auierre.

Uz. Me i» caoEL. Barbe» de plume Uce grosse coche.

Un eiceUent aide. m»". „,„ Une petite coclie.

Un maoïait aide.

Aide profniite. Un beau larlo. T.e barde de la Calédoni:. nin.

Aide assurée. Un barbe lefter. Grande barde.

Eue toute t'aide de caelqn'lin. Un birkf bien fait Une grosse baj-de Un gros crêpe.

Harbe blanche. Barde trop Iniigue. Un crêpe noir,

^cst. Barlx' grise. IJarde trop épaisse. Porter un crêpe i (on chapeau.

Grande Varbo. tocB». ^"' •""""* crêpe,

f n bel aune. liaib» longue. Une crêpe excellente.

Un grand auno. Se faire la liarbc. Va grand ooche-

jt! épbos reJoabl*».

Les écboB prolonges La triste écho.

Dn enseigne de vaisseau.

Loger à telle enseiijne.

Enseignes ileplojées.

Le* enseignes romaines.

BSPACS.

Grand empare.

Long espace.

Espace r^ropC.

l'etit espace.

Court tiface.

De if mes espaces.

De moyennes espaces.

Un bel eiemple.

Une telle eicmple.

!)e beauJ eiemplos.

De belles ejemples.

roïiT.

Un petit forel.

Un grand (orel.

UiU'ai. foret Bon foret.

Grande forêt Relie forêt.

Epaisse forêt îraiei-ser une forêt

forxEa.

Un Trai fourbe.

Ud fourbe fieffé.

Un fourbe sans foi Un fourbe insigne.

Fourbe grossière.

Découvrir une (ourte Invenler une fouibe.

Sfis gardes affligés.

Un de ses gaides.

Ses gardes repous.-és.

Le garde dfs sceaux.

Le garde champêtre.

Un garde forestier.

Fair^ la garde.

Faire bonne garde

Mauvaise garde.

La garde des porles

Bele.er la garde.

Doubler la girde.

L« gardf montante.

La garde descendante.

Monter , descendre la garde.

La garde d une p ace.

Rptiror nn procès du gicffo.

Con igni'r<l l'argent au greffe,

Alkr au nTcile.

Snriir du greffe

Gr. ffc (iW in de monde.

Lever desgl lies.

Enter des grelV. s.

GrelTfsde pommier, de poirier,

de |iècher.

Cne belle greffe.

A quoi serl la gicffe?

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