‹ Grammaire nationaleChapitre 59 sur 643 · ACA1)É.M1E · texte numérisé non relu

ACA1)É.M1E

Que peut-on espérer d'un fourbe, d'un fripon?

(Legranu.)

Au lieu d'être cn prison , je n'ai pas même un gauue.

(GûB.NEILLK.)

La famille pâlit, et vil en frémissant

bans la poudre du creff e un poète naissant.

tBoiLEAU.)

Pompée a besoin d'AïuE ; il vient chercher la vôtbb.

(Corneille.)

Suis-moi donc. Mais je vois sur ce début de prône, Que ta bouche déjà s'ouvre large d'une aune.

(BOILEAU

Le serment le plus sacre qu'on pui?.-e exiger d'un Asiatique est de le faire jurer sur ."^a barue.

(Bernardin de St-I'ierrk.)

l'nc barde est une tranche de lard qu'on met sui les Volailles , au lieu de les larder. [Id.)

On dit populairement d'une truie vieille et grasse que c'est une cociie. (Laveaux.)

Une cRiîrE est une paie fort mince qu'on fait cuire cn rélciidanl sur la poêle. (Trévoux.)

Un berger chantera ses déplaisirs secrets. Sans que la triste écho répète ses regrets.

(^Corneille.)

Arborons de ses lis les enseignes (louantes.

Les ESPACES (terme d'imprimerie) sont de dilTércntes épaisseurs ; il y cn a de fortes, de minces et de moyennes , pour donner au compositeur la fLcililé de justifler. (E.ncïclopédis.)

L'exemple qu'il a faite est mal écrite.

(ACADÉ.MIB.)

La FoaÊT, le désert, voilà les lieux que j'aime ; Mon cœur plf.s recueilli jouit mieux de lui-même.

(Delille.)

La FOURBE n'est le Jeu que des petites âmes.

(Corneille.)

Les légions distribuées pour la garde des frontières, en défendant le dehors , aiïermiss;.icr.l le dedans.

(BoSSUET.)

C'c.-t par la greffe qu'on a trouvé le secret d'adoucir l'amerlULUC et l'àprelé des fruits qui vicmient dans les forcis. (BAP.TUÉLE.Mr.)

KnflnMalherbPVint, et ce guibe fidélft

Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle.

(BOILEAO.)

Nous regnrdons comine fort incertain qu'aucun de nos HÉLioTKOi'iis solt ccluî des anciens.

(DlCT. DES Se. NAT.)

Et du fond des bosquets un hymne universel, S'élève dans les airs et monte jusqu'au ciel.

(JllCllAUD.)

Le JUJUBE, pour la toux, est préféralile au réglisse.

(bONIFACE.)

1! n'y a qu'un seul lia're pour le génie, la nature.

(Mlle DE SOMERY.)

Il ne faut jamais jeter le manche après la cognée.

(ACADlijUE).

D'un homme qui exécute un ouvrage d'art grossièrement et par routine , on dit que ce n'es! qu'un

MAiNOEUVRB. (LaVEAUX.)

Ne lit-on pas tous les jours , avec un nouveau p'éril, ces mémoires scandaleux , faits dans les siècles de nos pères ^ qui ont conscné jusqu'à nous les désordres des siècles précédents ? ^Massillon.)

La mode règle tout, souvent mcmeie mode de gouvernement. (BOISTE.)

Les grandes guides sont celles que le cocher tient dans ses mains , afin de pouvoir, par leur moyen , gouverner les ciievaux et leur faire faire tous les n.onvements qu'il convient. (Laveaux.)

L'nÉMOTROPE se trouvait , suivant Pline, dims les Indes , en Ktii»pie , en Afrique , et dan? l'ile de Chypre : Bocce de Boot dit qu'il y en a de si yrandcs qu'on en fait quelquefois des pien-es à couvrir les tombeaux. (Encyclopédib.)

Les anciennes hymnes de l'Église ont le mérite de la simplicité, mais n'ont que celui-là.

(Marhontel.)

En Languedoc, en Provence, en Italie, etc., on mange les jujubes fra'icltes. Elles ont un goût assez agréable , mais un peu fade.

(DiCT. des Se. MÉD.)

La LIVRE de Paris était de 1 G onces ; celle de Lyon,de 14. (Laveaux.)

Les Espagnols portent des manches pendantes, attachées au dos de leur pourpoint. (Trévoux.)

Cette manoeuvre peut être poétique; mais il fallait de grand succès pour la rendre glorieuse.

(Voltairk.)

Il y a des gens qui ont la mémoire assez pleine, mais le jugement fort vide et fort creux.

(Mostaignh.)

Un sage suit la mode, et tout bas il s'en moque.

(Destouches.)

Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté , c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu. (J.-J. Rousseau.)

Les mousses sont des enfants traites souvent avec trop de barbarie. (Bernardin de St-Pierre.)

On travaille sans succès au grand oeuvre de la félicité publique , si l'on ne prend pour base l'amour de la patrie. (Boiste.)

Les cours sont pleines de mauvais offices.

Beau PAGE, dit la reine, Qui vous met à la gène ?

Qui vous fait tant pleurer ?

(Beaumarchais.)

Pâques est tardif cette année. — Quand paques passé... (Académie.)

Tout parallèle offense l'homme , parce qu'il se croit unique en son espèce. (Dufbény.)

L'astre , enflammant les vapeurs de la cite, semblait osciller lentement dans un Duidc d'or, comme It pendule ûc l'horloge des siècles.

(Chateaubriand.)

On n'est pas encore au comble du malheur, tant qu'il reste quelque lueur d'espérance; c'est par la perte totale de celle-ci que l'autre arrive à son dernier période. (Gxknstieun.)

Les moules passent pour être indigestes , et elles sont peu recherchées sur les tables délicates.

(Bosc.)

Et vous, fille d'hiver, mousse épaisse et confuse, Venez vous présenter aux crayons de ma muse.

(Castel.) Tontes les oeuvres de la DIvimté sont pleines de sa providence. (Boistb.)

Dans cette maison , I'offick est très nombreuse.

(Laveaux.)

Ine PAGE de l'Évangile est plus puissante pour apprendi'c à moJUrir que tous les volumes des philosophes. (BOISTE.)

Comme les Juifs au festin de la Pâque, on assiste au banquet de la vie à la liàte ; debout, les reins ceints d'une corde , les souhers aux pieds et le bàlon à la main. (Chateaubriand.)

La vraie définition et la plus nette qu'on puisse donner d'une parallèle, est de dire que c'est une ligne qui a deux de ses points également éloignés d'une autre ligne. (Encyclopédie.)

Ce n'est point un grand avantage d'avoir l'esprit vif, si on ne l'a ju?te. La perfection d'une pendule n'c&t pas d'aller vite , mais d'être réglée.

(Vauvenargdes.)

Si les arbres portent au dedans des anneaux en rapport avec les périodes annuelles du soieil, les palmiers en montrent de semblables au dehors.

(Bernardin de St-Pierrk.)

Demeurons dans le poste où le ciel nous a mis.

(Racine.)

Du rouRPRK des raisins , et de l'or des genêts, L'aspect riant, d'abord, a pour nous des attraits.

(Legouvé.)

Le RÉGLISSE, tel qu'on le trouve dans le commerce, est en espèce de bâtons presque cylindriques.

(UlCT. DES Se. MÉD.)

Ces postes menaçants, ces nombreux sentinelles. Qui veillent chaque jour aux portes éternelles.

La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie. Je ne dormirai point sous de riches lambris • Mais voit-on que le somme en perde de son prix?

(La Fontaine.)

Le léger enfoncement que l'on appelle la fossette est un agrément qui se joint aux grâces dont le souris est ordinairement accompagné. (Buffon.)

N'est-ce pas l'homme enfin , dont l'art audacieux Dans le tour d'un compas a mesui'é les cieux.^

(Boileau.)

A peine il achevait ces mots , Que lui-même il sonna la charge, Fut le trompette et le héros.

(La Fontaine.)

Tout est précis, tout est positif dans les plaisirs des sens, et le vague est nécessah'e aux jouissances de l'imagination. (Neck.er.)

Entre le vase et les lèvres il reste encore de la place pour un accident. (Boiste.)

Si vous obtenez en vain des succès , de grandes louanges, de quoi jouirez-vous enfin? Vn voile plus soigneusement orné couvrira votre tombe.

(de Sénancour.)

Les vulnéraires sont compose's de plantes aromatiques, parmi lesquelles on distingue l'aniio, la pervenche, etc. (DiCT. DES Se. MÉD.)

\.a calomnie vient de Paris par la poste me perséruter-au pied des Alpes. (Voltaire.)

Qui naquit dans la pourpre en est rarement digne.

Ramberg est une jolie ville de la Franconie , cOiè* bre par son jardinage et son excellente réglisse. (M"" DE Genlis.)

La fiberté de la presse est la sentinelle avancée de toutes les autres libertés. (Anonyme.)

Il y a pour chaque homme une certaine somme de bonheur , peu dépendante de la bonne ou mauvaise fortune. (Maupertuis.)

La montagne en travail enfante une sourîs.

(BoiLKAU.)

Quand verrai-je , ô Sion , relever tes rempails; Et de tes tours les magnifiques faites?

(Racirh.)

Attacher le bonheur au char de la renommée , c'est le mettre dans le bruit d'une trompette.

(La Mettbie.)

Cette mer, dont les vagues e'cumantes s'étalent élevées jusqu'aux cicux, traînait à peine ses flots jusque sur le rivage. (Barthélémy.)

Ce bateau, ce navire s'est enfoncé dans la vase.

(Laveaux.)

Il dit. L'orage affreux qu'anime encor Borée Sidîe, et frappe la voile à grand bruit déchirée.

(Delilli.)

Le nom donné à la vulnéraire lui vient de ce qu'on regardait autrefois cette plante comme un moyen très eflicace de guéru les blessures et les plaie? récentes. (Dict. des Se. mkd.)

Ces exemples nous démontrent que certains substantifs, qui ont la môme coiisonnance, sont masculins dans une acception et féminins dans une autre.

Nous empunterons à l'ouvrage de M. Braconnier quelques-unes de ses curieuses observations sur les harmonies du genre de la plupart des noms que nous venons de citer.

Aîde, critique, enseigne , fourbe , garde, manœuvre, page, pantomime, trompette, etc.. sont régulièrement féminins :

Albin , as-tu bien vu la fourbe de Sévère ? As-tu bien vu sa haiue et vois-tu ma misère ?

Partout en même temps la trompette a sonné.

[Corneille.) (Racine.)

Quand ces noms désignent des hommes, il est naturel qu'ils deviennent alors masculins :

Alidur ? dit un fourbe, il est ue mes amis.

(BoUeau.)

A peine il achevait ces mots.

Que lui-même il sonna la charye ;

Vul le trompette ci le héros, ILa Fontaine.)

De même écho est régulièrement masculin, quand il désigne ces lieux sonores qui /■envoient les sons qui les fr;ippcnl :

Ruridice !... ô douleur !... louches de ?on supplice ,

Les échos répétaient : Euridice... Euridice... (Delille.)

Mais si Éclio désigne celle (ille infortunée de l'Air et de la Terre, qui se consuma de

douleur, alors

Echo n'est plus un son qui dans l'iiir retentisse

C'est une nymplie en pleurs qui se plaint de Narcisse. {Boileau.)

Dans ce cas, ce nom est très naturellement féminin :

Un berger chantera ses déplaisirs secrets ,

Sans que la triste Écho répète ses regrets. {Corneille.)

Les noms suivants sont féminins régulièrement, quand ils ont la signification qui les suit :

Aune mesure, fire[fe branche, héiïolrope pierre, (j'ivre serpent, laque gomme, /arcpoids, manche de vôlemenl, mémoire faculté, mof/e coutume, înd/e de chair, moule\)ohson, palme récompense, poêle ustensile, quadrille de chevaliers, poste voiture, pourpre étoffe, serpentaire plante, solde paie, somme d'argent, etc.

Esthcr , disais-je , Esthcr dans la pourpre est assise. {Racine.)

Combien pour quelque temps ont vu flciirir leur livre ,

Dont les vers en paquet se vendent à la livre. {Boileau.)

Peut-être noire langue a-t-clle admis cette différence de genre, pour traduire fidèlement la différence de signification. L'arbitraire est rare dans les langues. Une forme n'y subsiste pas en vain; quand elle devient inutile, elle dépérit et meurt, comme une herbe flélric. Tant qu'elle est debout, la vérité, qu'elle exprime, est en vigueur. Quand elle disparaît, c'est que celte vérité est oubliée.

Espace est masculin très irrégulièrement.

<i Pour être heureux, il faut peu changer de place et tenir peu d'espace.» {FonteneUc.)

« Ce nom, dit ironiquement Lemare, ne peut être féminisé que par quelques garçons i( imprimeurs! » Lemare a tort, car Gattel nous observe que espace était autrefois enlièremenl féminin, comme le prouve ce passage de Montaigne :

« II me montra une espace pour signifier que c'esloit autant qu'il en pourroit tenir i.a U7ie telle espace. »

Le garçon imprimeur est donc resté fidèle à la tradition, et surtout à la forme! Que penser maintenant de l'ironie insultante de Lemare! En fait de langue, un garçon imprimeur vaut peut-être mieux qu'un grammairien! Car enfin, n'écoutant que le génie t'e sa langue, il agit sans système, et n'impose pas pour loi absolue ce qui lui passe par ic cerveau.

Ce sont encore quelques garçons imprimeurs qui ont conservé à interligne la féminilé ;uc quchjurs grammairiens lui ont ôlée, et que la forme et l'étymolagie réclament.

Si ange désigne ces êtres célestes créés avant les temps par la main de l'Éternel, ce3 bienheureux dont la Foi nous révèle les sublimes fonctions dans les cioux, le genre masculin, que nous donnons à ce mot, est en harmonie avec les formes huu;aines dont notre imagination revêt les êtres immortels qu'il désigne :

Tous libres d'être bons , tous se sont faits coup;ibles ;

Les anges j fils du ciel , furent nieins excusables. {Delille.)

Au figuré, ce nom a conservé le genre masculin :

« Un enfant joint ses deux mains innocentes, et répète, après sa mère, une prière « au bon Dieu. Pourquoi ce jetine ange de la terre balbulie-l-il avec tant d'amour et de t pureté le nom de ce souverain Être qu'il ne connaît pas? » {Chateaubriand. )

il p.iraît être encore masculin au figuré, même quand il désigne une femme. Lamartine a dit :

Là , quand l'ange, voile' sous les traits d'une femme , Dans le Dieu , sa lumière , eut eshalé son âme.

Bernardin de St. -Pierre a dit aussi :

« Virginie voyant la mort inévitable posa une main sur ses habits, l'autre sur son « cœur; et, levant en haut des yeux sereins, parut un ange qui prend son vol vers les « cieux. »

Ici la masculinité est énergique et gravo; nous avons entendu, dans la conversation, des exemples de la féminité qui avaient beaucoup de grâce. Ce qui nous porte à croire qu'ici, comme ailleurs, le masculin est en harmonie avec la grandeur et la force; tandis que le féminin s'harmonise avec une idée gracieuse et touchante.

On sait qu'on a donné le nom à'ange à une sorte de poisson : ce mot, qui n'offre alors rien de mystérieux dans sa signification, est soumis à sa forme matérielle, et devient régulièrement féminin :

« L'ange est un peu plus grosse que la raie. » ( Histoire naturelle. )

Crêpe est un mol à double genre et à significations extrêmes. Mais ses deux genres sont en parfaite harmonie avec ses significations différentes.

S'il désigne ces pâles légères et agréables qu'on mange dans un festin, il est alors régulièrement féminin :

« Cette crêpe était délicieuse. »

S'il désigne une sorte de plante, il est aussi féminin régulièrement :

« Les laitues de primeur sont appelées crêpes blondes. » (Gattel. )

Lnfin s'il désigne une ancienne étoffe précieuse, il est encore régulièrement féminin :

« La sainte reine fit faire une crêpe admirable d'or et d'argent pour mettre sur le corps « de saint Éloi. » {Trévoux.)

Mais si crêpe désigne ce triste emblème de douleur que nous portons aux jours de deuil; ces voiles funèbres qui nous couvrent dans ces moments affreux où notre âme

reste accablée sous le sombre chagrin; alors crêpe dépose son genre ordinaire; si;?ne sinistre, il devieni masculin , comme si là masculinité était une expression fidèle de la douleur, du chagrin et du deuil :

Qu'im cTêpe flotte au front du bronze de Vendôme. En poésfie, crêpe avec sa masculinité est toujours d'un bel effet au figuré:

Dès que l'ombre tranquille

Viendra d'un crêpe noir envelopper la ville. {Boileau.)

La nuit , de son trône d'cbène ,

Jette son crêpe obscur sur les monts , sur les flots. [Delilie.)

A l'heure cù l'âme solitaire

S'enveloppe il'i//i crêpe noir,

Et n'attend plus rien de la terre ,

Veuve de son dernier espoir. [Lamartine.)

Dans celle harmonie, la féminité est juste; la masculinité est expressive.

Avec celte critique délicate et ce ton d'urbnnilé qui régnent dans tous ses écrits. Ch. Nodier a dit : « On demande s'il faut dire de belles exemples d'écrilure, les saintes « Injmnes de l'église? L'usage a consacré ces exceptions; mais il y a plusieurs sortes « d'usages, celui qui crée les langues, et celui qui les dénature. Une fois que le genre « d'un mot est établi, tout usage qui contrevicnl à cette règle est vicieux; et il est « ridicule de réformer un principe sur la foi d'un maître d'école ou d'un sacristain « qui ne sait pas le français. » On conçoit que ces dernières lignes ne nous paraissent pas orthodoxes. Cependant il y a peut-être de l'injustice à oser reprocher ainsi à un écrivain, auquel on doit tant, une opinion à laquelle il n'attachait aucune importance. Mais nous avons tant de respect pour les expressions populaires, nous y avons reconnu des vérités si grandes, elles sont à nos yeux des traductions si fidèles, si exactes des mœurs et des usages du peuple, que nous ne nous pardonnons pas même de les avoir autrefois méconnues.

Telles sont donc en résumé les opinions de nos grammairiens sur le genre des mots hymne, exemple. Fortement influen'cée par toutes ces autorités, qui semblaient seules compétentes, l'Académie décida que : « Hymne est masculin, mais qu'il peut recevoir « un adjectif féminin , lorsqu'il s'agit des hymnes chantées à l'église; qu'il n'est pas « permis de donner le genre féminin au mol exemple, si ce n'est quand il signifie un « modèle d'écriture. »

Cette décision authentique est bien formelle : elle est exprimée, comme on le voit, en termes bien positifs. Malheureusement les faits que notre langue nous offre, loin d'appuyer cette décision solennelle, la détruisent, sinon entièrement du moins en grande partie.

En effet, il est faux de dire que hymne est seulement féminin quand il désigne un chant d'église. Le genre ne dépend point ici de la signification de chant sacré ou de chant profane; celle distinction est une grande erreur : hymne est régulièrement féminin dans tous les sens qu'on lui donne. Ici la forme est tout, la signilication n'est rien. L'e muet tinal est là dans sa toute-puissance :

« Lorsqu'au milieu des lampes, des masses d'or, des flambeaux, des parfums, aux a soupirs de l'orgue, au balancement des cloches, au frémissement des serpents et des « basses, cette hymne faisait raisonner les vitraux, les souterrains et les dômes d'une • basilique, etc. » (Génie du christianisme. Te Deum.)

« Transportez-vous en pensée «lans l'iincien monde pour vous faire une idée de ce » qu'il dut éprouver, lorsqu'au milieu des hymnes obscènes, enfantines ou absurdes îx Vé- « nus, à Bacchus, à Mercure, à Cybèle, il entendit des voix graves chantant au pied ( d'un autel nouveau : 0 Dieu! nous le louons! O Seigneur, nous to confessons!

0 Père éternel, toute la terre le révère ! ( Études hisioruiues. )

Ces beaux exemples, empruntés au plus grand génie de notre époque, ne peuvent être suspects, et ils prouvent évidemment combien h règle de l'Académie est vicieuse. "Sons croyons que voici comment il faut procéder.

Hymne est régulièrement féminin, à cause de sa lermmaison :

«Undimanchedel'Avcnt, j'entendis de mon lit chanter ct'fftJ%mne avant le jour sur >( le perron de la cathédrale, selon un rite de cette église-là. » ( J.-J. Rousseau. )

Quelle sera la hauteur

l)c l'hymne de ta victoire,

Quand elle aura cette gloire

Que Mallierbe en soit l'auteur ' {Malherbe.)

« Si quatre vierges, velues de lin et parées de feuillages, apportaient la dépouille « d'une de leurs compagnes dans une nef tendue de rideaux blancs, le prêtre récitait à « haute voix Sur cette jeune cendre une hymne à la virginité. » (Chateaubriand.)

Mais si hymne offre l'idée d'un délicieux abandon de l'âme dans un heureux instant de délire, de l'allégresse d'un cœur plein d'une vive reconnaissance; ou bien désignoi-il un chant violent, comme un cri de joie dans un festin , un cri de victoire sur un champ de bataille, un cri de douleur sur un tombeau? Ici il y a une force à exprimer, et la masculinité apparaît comme une admirable harmonie :

Encore un hymne , ô ma lyre J

Un hymne pour le Seigneur,

Un hymne dans mon délire ,

Un hymne dans mon bonheur ', {Lamartine.)

« 0 toi qui nous a faits! en composant un discours si saint, je crois chanter wi vé' « rilable hymne à ta gloire. » . ( Galtcn. )

« Quelles étaient ces institutions des Amphion, des Cadmus, des Orphée? Une belle « musique appelée Loi, des danses, des cantiques, quelques arbres consacrés, des « vieillards conduisant des enfants, un hymne formé auprès d'un tombeau, la religion " et Dieu partout. » {Chateaubriand.)

Comme la masculinité s'harmonise parfaitement avec la grandeur et la majesté des 'dées qui l'environnent!

Boileau traduisait sans douie le développement d'une grande force, lorsque, dans son épigramme sur Santeuil, il Cil hymne masculin :

A voir de quel air effroyable , Roulant les yeux, tordant les mains, Santeuil nous lit ses hj/mnes vains.

Dirait-on pas que c'est le diable Que Dieu force à louer les saints .=*

On peut très fréquemment rencontrer hymne avec une masculinité peu motivée. Cela vient sans doute du respect que certams auteurs ont toujours eu pour la décision de

l'Acndômio. Pour nous celte décision n'est plus une loi; nous lui substituons Tliarmonie que nous avons indiquée, et dont nous offrons un nouvel exemple.

Lamnrlino, dont l'expression est aussi pure que la pensée, emploie la masculinité quand Injmnc rappelle une idée religieuse et grave, imposante et sublime :

I.c temple de Sion élnit dans le =ilonrc ; Les saints hi/mnes donnaient sur les harpes de Dieu. Les foyers odorant? , que l'encensoir balance, S'éteignaient; et l'encens, comme un nuage immense, S'élevait en rampant sur les murs du saint lieu.

" Toutes leurs pensées se converlissont en enthousiasme et en prière; toute leur «- existence est un hymne muet à la Divinité et à l'espérance. »

Celte masculinité est vraiment admirable; elle nous fait comprendre pourquoi quelques grammairiens rejetaient la féminité : c'est que le masculin est réellemenl sublime. Cependant notre grand poète n'est pas exclusif. Quand il nous peint son Harold loucbanl au sol de la Grèce, et apercevant sur le rivage un pontife, des femmes, des vierges, des enfants qui paraissaient célébrer des funérailles, comme il n'y a rien ici de fort, de violent, d'extraordinaire, il emploie la féminité:

De plus près le vent souITlant du bord

Aux oreilles d'Harold porte ttuc hymne de fâiort.

Mais quand le poète nous représente l'infortunée Saplio toute prêle à se précipiter dans les flots du baul du promontoire fatal , et qu'il liii fait dire aux jeunes filles qui l'accompagnent :

Kt vous, pourquoi ces pleurs.' Pourquoi ces vains sanglots? Chantez, chantez un hymne, ô vierges de Lcsbos .

Ici la masculinité est d'une grande énergie; elle devient un des accents du désespoir de cette femme, qui succombe sous les coups d'un aveugle destin.

L'Académie, comme on le sait déjà, avait décidé que exemple ne peut ôlre féminin que dans le sens de modèle d'écriture. Toutefois, ùàns. son édition de 1798, qui du reste n'est pas authentique, l'Académie semblait s'ôue rétractée, et avoir déclaré qu'on peut dire : tin bel exemple de Iclires italiennes. Aussi ces hésitations continues conduisirent quelques grammairiens à trancher enfin la question, el à décider que dans tous les cas exemple est masculin. Celle décision, trop exclusive, n'est pas sans motifs, car la masculinité est toujours grande el noble. Cependant nous croyons qu'il y a erreur, et voici comment nous procédons :

Exemple a deux significations, l'une toute matérielle, l'autre toute morale. Ses deux genres sont en harmonie avec ses deux signilications opposées.

Exemple, au matériel, désigne un modèle d'écriture, une copie de dessin, etc. Ici, pas de poésie. Le genre doit être le résultat immédiat de la forme du mot; cl l'e mue! final veut le genre féminin :

« Son maîlre à écrire lui donne tous les jours de nouvelles exemples. r> (Girault-Duvivier.) « Les élèves doivent chercher à imiter cette exemple, en copiant les traiis du dessin, etc. » (Idem.)

t^xemple, au moral, réveille toujours quelaue chose d'énergique et de grand; ii

nous offre ces beaux modèles de vorlu, dont rimiiation même éloignée exige de nous de longs efforts, d'opiniâtres combats, une attention constante sur nous-mêmes, cntin une habitude de nous vaincre à toute épreuve. Ici l'idée dominante est la force : aussi le genre indispensable est le masculin, qui ajoute toujours à la puissance de l'expression :

« Imitez un si bel exemple , et laissez là vos descendants. » ( Uossuet.)

Je suis fils de César , j'ai son exemple à suivre. ( y^ollaire.)

Imitez cet exemple ; à leur prison stérile Enlevez ces brigands. {Delille.)

« Les bons exemples conduisent plus efiîcacemcnl à la vertu que les bons préceptes. »

( Académie. )

Cette masculinité est bien belle et surtout bien expressive. L'emploi de la féminité du mot exemple, au moral, n'est pas commun dans nos classiques : on ne le rencontre guère que dans ce passage de la Satyre Ménippce :

« Ce vous est une belle exemple à vous autres petits beuvreaux, qui faites tant les « scrupuleux, quand il faut, etc. »

Mais on sait que l'ironie, comme la grâce, s'harmonise avec la féminité : harmonie exacte et fidèle, car l'ironie et la grâce constituent souvent à elles seules le caractère d'une femme.

Le peuple emploie très souvent cette féminité du mot exemple au moral, et quelquelois d'une manière si gracieuse, que nos poètes nau. dédaigneraient pas l'emploi, si, comme nous, ils l'avaient fréquemment admirée. Au reste, le peuple, qui ne se trompe pas aussi souvent ([u'on le pense, sait très bien employer exemple au masculin, quand il veut s'exprimer avec énergie.

Office est régulièrement féminin, quand il désigne le lieu où sont rassemblés les apprêts d'un festin :

« Cette office est spacieuse et bien meublée. » ( Grammairiens. )

Mais désigne-t-il cette obligation sacrée, que la vertu nous impose de faire le bien? exprime-t-il ces graves fonctions où l'homme est chargé de venger la vertu outragée, de flétrir le vice coupable et audacieux? rappelle-t-il ces cérémonies religieuses où tout nous entraîne au recueillement le plus profond? la masculinité est ici en parfaite harmonie avec nos pensées sérieuses :

Je vous devrais beaucoup pour un si bon office. (Corneille.)

C'est où le roi me mène , et tandis qu'il m'envoie

Faire office vers vous de douleur et de joie

Mais cet office cncor n'est pas assez pour lui. (/d.)

«Charles-Quint, respirant à peine au fond de son cercueil, n'entendait que toffict « des morts lentement psalmodié. » ( Narrations françaises. )

OEuvre nous offre dans son double genre l'harmonie la plus parfaite du principe quinous développons. En effet, il est régulièrement féminin, quand il désigne une simple action de la vie ordinaire :

€ Le contentement intérieur qu'on éprouve, en faisant une bonne œuvre, n'est pas

« plus une combinaison de la matière, que le reprocke de la conscience, lorsqu'on « commel une bonne action, n'est la crainte des lois. » {Génie du christianisme.)

« Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur : ils se reposent dès à présent de leurs « travaux, car leurs bonnes œuvres les suivent. » (Trad. des 'psaumes. )

Mais si œuvre apporte avec lui l'idée d'un acte de génie; s'il fait naître le sentiment d'une grande force développée ; s'il entraîne avec lui la croyance ferme qu'une grande puissance a été employée dans l'acte grave et solennel qu'il désigne; alors il devient nécessairement masculin :

« Ils voulurent que, devant que commencer un si saint œuvre, fut faite une proces- « sion. » (Salyre Ménippce.)

«J'en parachevai tœuvre entier étant à votre service, il y a env.iron douze ou treize « ans^. » ( Amyot. )

« Ce tableau est un œuvre de Callot. » (Girault-Duvivier.)

Donnons à ce grand œuvre une heure d'abstinence. (Boileau.)

Quelle morale puis-jo inférer de ce fait?

Sans cela toute fable est un œuvre imparfait. {La Fontaine.)

« Tel fut l'œuvre inaperçu de soixante années. » (Chateaubriand.)

« Alhalie est l'œuvre le plus parfait du génie inspiré par la religion. » ( Idem. )

On sent que œuvre ^ au masculin, désignant toujours un chef-d'œuvre, ne peut guère être employé au pluriel; car les chefs-d'œuvre ne sont pas communs. Aussi, jadis on employait le masculin au pluriel, en désignant la collection des écrits d'un auteur; mais aujourd'hui on dit : les œuvres complètes. On n'imite donc plus le poète qui a dit :

Tel qui , content de lui , croit ses œut>res parfaits , Aux futurs épiciers prépare des cornets.

Nous avons déjà vu combien le féminin s'harmonise avec l'ironie. Lamartine nous en offre un nouvel exemple dans celle strophe oix il a fait œuvre féminin :

Lorsque du Créateur la parole féconde Dans une heure fatale ont enfanté le monde

Des germes du ciiaos ; De son œuvre imparfaite il détourna la face ; Et , d'un pied dédaigneux le lançant dans l'espace ,

Rentra dans son repos.

Tant il est vrai qu'en français l'ironie est féminine!

Pâffue est féminin suivant sa terminaison, quand il désigne celle heureuse journée Où les enfants de Jacob sortirent enfin de l'oppression des Pharaons, et quittèrent la tyrannique Egypte pour se rendre dans la terre promise :

« Vous mangerez l'agneau avec des pains sans levain et des laitues amères, ayant *•■ une ceinturo aux reins, des souliers aux pieds, et un bâton à la main, comme des « voyageurs; car c'est la pâque ou le passage du Sejgncur. » ( Moïse.)

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