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DES INTERJECTIONS PROPREMENT DITES

— -oo*^^ -^^ DCCCXXIV. <i«^«**^-"^

Âhîhal

Âki

Ah! que je suis heureux I et que j'ai de plaisir De trouver une femme au gré de mon désir I

(MOLIËRE.)

Ahl pleure, fille infortunée,

Ta jeunesse va se flétrir

Dans sa fleur trop tôt moissonnée!

(Cas. Delavigne.)

Ahl que de la vertu les charmes sont puissants! Th. Corneille.)

Mais quel bourdonnement a frappé mes oreilles? Ahl je les reconnais, mes aimables abeilles.

(Delille.)

j4A/o/»/ l'homme de bien, vous vouliez m'en donner?

I Hal

Ual vous êtes dévot, et vous vous emportez?

(Molière.)

Hal voyons donc, qu'est-ce que l'éloquence.'*

(Fénklon.)

Ha! hal monsieur est Persan? comment peut-on être Persan? (Montesquiec.)

Ha! l'homme savant, on vous y prend aussi.

(DOMERGCE.)

Je gage mes oreilles Qu'il est dans quelque allée à bayer aux corneilles, S'approchant à pas lents d'un haha qui l'attend, Et qu'il n'apercevra qu'en s'y précipitant.

(PiRON.)

L'interjection ah! exprime la joie, la douleur, l'admiration, l'étonnement, etc. , une émotion profonde, ou qui a quelque durée.

lia! exprime un sentmient subit: rélonnement, la surprise, l'effroi. Ah! comme l'a remarqué Bonitace, a un son prolongé; ha! n'a qu'un son bref. Celte différence de pro-

(1) Celte partie est entièrement due aux soins d'un de nos plus habiles grammairiens, M. Dessiaux, membre de la Société grammaticale de Paris, de la Socii'té royale des sciences, lettres et arts d'Orléans, auteur de l'Examen critiqtid do la Orduimniru des (jrunnitaires , l'un des rédacteurs du /owrnoij/rammatjcaf, directeur de l'écolft supérieure d'issuudun.

noncialion indique assez la valeur de ces interjections. Lemare ne reconnaît qu'un sens à ces expressions. Selon lui, ah! signifie je le sens vivement ou je suis profondément affecté ; c'est une erreur: le son ah nous est si naturel que nous le prononçons à chaque instant et dans des situations diamétralement opposées, souvent sans être profoiulément affectés. Le même grammairien dit que ha! signifie uniquement je suis grandement surpris; mais dans la crainte, la douleur, rmipaticnce, on peut employer ha, si la circonstance l'exige.

Haha, devenu substantif, désigne une ouverture faite au mur d'un jardin, avec un fossé en dehors. Ce mot est le cri de surprise que pousse celui qui, croyant passer par cette ouverture, se trouve arrêté par le fossé.

Ab ! que je sais aise !

Ah ! ah ! je von* voit !

EXERCICE PnRASÈOLOGlQVB.

Ah ! qu'il est malheureux !

Âh ! ah ! quel plaisir de touj voir !

Ha ! je Toni y prends.

Ha ! ha ! monsieur se dit saTaot

-^N" DCCCXXV.

Ehîhéî

Ehl

Mène-moi vers Pean : rends un fils à son père. Ehl que je crains, ô ciel ! que la Parque sévère De ses ans loin de moi n'ait tenniné le cours!

(La Harpe.) Eh! qui n'a pas pleuré quelque perte cruelle?

(Deluxe.) Beaux-arts, eh! dans quel lieu n'avez-vous droit de Est-il à votre joie une joie étrangère? [plaire?

Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle. Eh! la peur se corrige-t-ellc?

(La Fotajnk.) jEh quoil ton âme sombre et tes yeux ohiouis N'osent-ils contempler le siècle de Louis?

(Lebrun.) Eh bieni manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché î Non, non, vous leur files, seigneur. En les croquaut beaucoup d'honneur.

(La Fontaine.) Eh bien donc! par l'ennui ramené dans la ville. Quittant nonchalamment ton bonnet de velour, l'u vas donc seul bientôt bâiller au Luxembourg.

(Ducis.)

Bé! *

Tliii mon Dieu, nos Français si souvent redressés, Ne prendront-ils jamais un air de gens sensés ?

(Molière.) Hé! madame, l'on loue aujourd'hui tout le monde. Et le siècle par la n'a rien qu'on ne confonde.

(Id.) Hé! monsieur, peut-on voir souffrir les malheureux?

(Racine )

0 passion du jeu! hé quoi! l'homme en délire, Même avec des hochets se blesse et se déchire!

(Lf.mierre.)

Ah! le pauvre iui-méme est riche en espérance, Etchucun red('\ienl Gros-Jean comme devant; lié bien ! chacun du moins fut heureux en rêvant.

(COLLIN U'HaKIEVILLE.)

Bé bienI à me venger n'esl-il pas préparé? — Je ne sais. (Racine.)

Ile, ha! d'où vient donc ce plaisant mouvement ï

(!Moliëre.)

lié bien, madame, hé bien! ils seront satisfaits.

[Id.]

La valeur principale des interjections eh! hé! est d'attirer l'attention sur ce qui va être dit; de là leur emploi en apostrophe, en interrogation. Comme ces interjections se prononcent dans une foule de sentiments, hé! hé quoi! hé bien! conviennent mieux aux émotions violentes et instantanées; eh! eh quoi! eh bien! aux émotions prolongées ou profondes. Dans ce cas, ainsi que dans le précédent, le sens est d'accord avec la prononciation. Les écrivains ont souvent confondu ces interjections, et Racine emploie presque toujours hé !

Les mots quoi, bien, qui font partie du style inteciectif, viennent ajouter une force et une valeur particulière à ces expressions

lié sert aussi a apj)clcr quclqii un. Piiou, qui avait besoin d'une rime féminine, a dit dans la Métromanie :

Holà 1 hée!

Que l'on aille chercher monsieur de l'Empirée.

Cette orthographe me paraît conforme à la prononciation dans ce cas; l'on commence par une légère aspiration [)our donner une certaine force à la voix, et l'on prolonge ensuite le son pour être entendu.

Beaumarchais, dans le Mariage de Figaro, fait dire au comte : S'il payait... Eeeeh! n'ai-je pas le fier Antonio dont le noble orgueil dédaigne en Figaro un inconnu pour sa nièce? (]etto interjection éceeh, qui se trouve plusieurs fois dans le même auteur, se prononce longuement, et Huit par une légère aspiration. Les écrivains ont le droit d'écrire les interjections comme ils les prononcent, aKn de leur faire produire l'effet qu'ils en attendent.

Eh l je v&is vous le dire.

Eb quoi ! vous vous plaignez?

EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.

£h bien ! laissez-le parler, lùh quoi ! n'est-ce que cela?

lié bien ! que dir)i3-tn ?

lié bien ! en vciiut vous à bout ?

>^^o N" DCCCXXYL ^^^^*

01 oh! ho!

O! corabJsn d'actions, combien d'exploits célèbres, Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres (1) !

(CoRSSlf.LB.)

0/ si la sagesse était visible, de quel amour les liommes s'enuammeraient pour elle !

(D'OUVET.)

!1 en coûte à qui vous réclame,

Médecins du corps et de l'âme,

O temps! 6 mœurs! j'ai beau crier,

Tout le monde se fait payer.

(La Fontaine.) (J ptl / je suis ravi de vous voir tous ensemble ; Parlons de bonne foi sur ce qui nous rassemble.

(BOURSAULT

Oh!

OA/quela nature est sèche, qu'elle est vide, q«and elle est expliquée par des sophistes!

(CUATEALBRIAND.)

Oh! qu'il est cruel de n'espérer plus.

(Fénelon.)

Oh boni quelle folie 1 Êtes-vous de ces gens Soupçonneux , ombrageux ? croyez-vous aux mé- (Gresset.) [chants?

Oh bient je vous apprends que vous vous abusiez.

(Recnard.)

Ohçàl maître Jacques, approchez-vous, je vous ai gardé pour le dernier. (Momère.)

0! oh! marquent également un sentiment d'admiration, d'exaltation; mais ô, plus grave, tient à une émotion plus profonde ; il sert aussi dans l'apostrophe oratoire, cl ne prend pas alors le signe de ponctuation immédiatement après lui. Fénelon fait un fréquent usage de cette interjection dans Télémaque. Oh boni oh bien! oh çà! ô çà ! sont du style familier.

Ohl

Okt dit-il, qu'est-ce ci? Ma femme est-elle veuve?

(La Fontaine.) Oh, oh! ma fille, on nous fait des affaires Qui font dresser les cheveux aux beaux-pères.

Ho!

Inconstant! Ho! voilà votre mot ordinaire.

Eh! c'est pour ne pas être inconstant, au contraire

Qu'on me voit sur mes pas revenir tout exprès.

(COLLIN dHARLKVII.LK.I

(1> Comment des exploits célèbres peuvent-ils être sans gloire?

Oh, o/t/ j(! ny prenais pns garde; Tandis que sans songer a mal je vous regarde. Votre œil en tapinois me dérobe mon cœur.

(MOUËRB.)

J'ai poussé jusqu'au bout un projet si hardi. —Ho, ho ! les grands talents que votre esprit possède.

(MOLlfeRK.)

ifo/ venez ici. (AcAoéMiE.)

Oh! oh, oh! marquent aussi l'étonnement d'une personne qui s'avise, comme l'a reoaarqué Molière dans sa comédie des Femmes savantes, où il fait le commentaire des vers que nous venons de citer. Bo! ho, ho! marque particulièrement une invitation de s'arrêter, d'écouter; il tient de la contradiction ; cette interjection sert encore pour appeler.

Les interjections ah, ha ; eh, hé ; oh, ho, peuvent se répéter. Si cette répétition se fait rapidement, on ne doit les séparer que par une simple virgule, la sensation est unique quoique l'expression soit double ; si la sensation était double comme l'expression , ii faudrait mettre un point exclamatif après chaque interjection.

De môme, lorsque certains mots interjectifs se joignent aux interjections proprement dites, comme dans le numéro précédent, il faut ponctuer comme le sentiment le réclame; aussi trouve-t-on oh! bon! et oh bon! oh! bien! et oh bien! On trouve oooh! dans Beaumarchais. (V. page 855.)

EXERCICE PHRASÉOLOGIQVE.

Oli ! je t'aurais parié.

Oli ! oh ! vons en venez aux gros mots

Cil bon! le voila pris.

Oh bien ! nous le tenoi

Ho '. vous n'en finirc: donc pas.

Ho ! venei.

-^ W DCCCXXVII

Holàf ho, là! çà, là.

Holà!

Holà! quelqu'un, qu'on appelle Nanîne; C'est mon malheur qu'il faut que j'esamine.

(Voltaire,) Holàl ne pressez pas tant la cadence, je ne fais que sortir de maladie (1], (Molière.)

Ho, là 1

Ho, là! monsieur Bobinet, monsieur Bobinet, approchez-vous du monde. (Molière.)

Ho, là, ho! descendez que l'on ne vous le dise, Jeune homme, qui menez laquais à barbe grise (2). (La Fontaine,)

Holà sert à appeler quelqu'un d'absent, ou simplement à avertir ; c'est la réunion de ho et de là, qui signifient arrêtez là. Les adverbes de lieu là et çà, détournés de leur signification primitive, sont devenus eux-mêmes de vrais interjectifs. Nous avons déjà vu 0 çà et oh çà; on trouve encore ah çà! dans les comédies de Beaumarchais et ailleurs

Çà, voudriez-vous être persuadée ?

(J.-B. ROCSSEAD.)

Çàl messieurs les chevaui, payez-moi de ma peine.

(La Fontaine.) Or pd, verbalisons. (Racine.)

Là, ne vous troublez point, répondez à vctre aise.

(Racine.)

En les voyant pleurer, mon âme est attendrie. Là, là, consolez-vous, je suis encore en vie.

(Regkard.)

Çà, c'est-à-dire, venez çà pour écouter. Cette interjection sert à commander, à encourager. Là sert à apaiser, à calmer.

EXERCICE PHRASEOLOGIQUE.

Holà ! les !;ens, arrêtez.

Uol.i .' hola ! faut-il courir après vous?

Ho, là ! arrive» donc.

Ho, là, ho ! révc-illez-vous.

(1) On dirait aujourd'hui je n« fais que de sortir de maladie. Cette distinction n'était pas établie alors.

(2) On trouve le plus souvent oh : là, haut ! Nous pensons avec le judicieux Lemarc que cette orthographe est vicieuse

^-^^^ K DCCCXXVIII. o^^-

Hélas! /as/ hé, là!

lîélas!

Hélati est-ce une loi sur nuire pauvre terre,

Que toujours deux voisins auront entre eux la guerre!

^Anprikux.) Tout passe donc, hélas! ces globes inconstants Cèdent comme le nôtre à l'empire du temps.

(Dk Fontanks.) Uélas! on voit que de tout temps Les petits ont pâti des sottises des grands.

(La Fo.ntaine.)

né, là I

né, là ! tout doucement. — Dé, là l hé, là I vsitn petit ami. (Molière.)

Il a l'îiir noble, et m?me certains traits Qui m'ont touché. Là! je ne vois jamais De malheureux a peu près de son âge, Que de mon tils la douloureuse image Ne vienne alors, par un retour cruel, Persécuter ce cœur trop paternel.

(VOLTAIBB.)

Uélas! exprime principalement ]a tristesse, la douleur morale : tantôt il précède, tantôt il suit la réflexion. Las, abréviation de héhis, n'a vieilli que dans le haut style, et c'est tant pis; les poètes doivent combattre un ridicule usage et réhabiliter cette interjection. Hé, là ! sert à arrêter, à réprimer, à calmer

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Hélaa ! nous aommes trsliù !

Las ! comment vous contenter ?

Hé, Ik '. pas si vile.

*^Q F DCCCXXIX. o^^— -

Heim! hemt hem! hen!

Eeiml hemt

Te lui vas avouer les choses toutes pures , Et je te donnerai, moi, de ces confitures Si brillanicis ae sucre, et dppt tu fais grand cas, Heim! pour le faire voir que moi je ne mens pas. (Fabrb d'Églantine.) A-t-ll l'air d'un père qui querelle?

Heiml comuie sa surprise 4 ptru naturelle!

(PiROîI.)

Juste ciel! qu'entends-je! hem! que dites-vous? milqrd Mourose condamné à... (Voi.taikk,) ne.ml hem! viens çà. (Acadésiik,)

Hein! hent

Ahl c'est qu'il est d'heureuses sympathies, Hein! qu'en dis-tu, ma iille!

iCOLLIN D'HARLBVILLB.)

Plusieurs femmes pleuraient, mais surtout une blonde Me parut — belle, hein! — la plus belle du monde.

(Baron.) ITein! rusée signora. (Bbaumarchals.)

lien, hen! quand il y aura des accompagnements là-dessMS, nous verrons encore, messieurs de la cabale, si je ne sais ce que je dis. (/d.)

Heim a un son moins aigu que hein, il marque le sentiment qu'éprouve une personne qui s'arrête avec complaisance sur la pensée qui l'occupe, et qui cherche à en pénétrer celui à qui elle parle, //ein sert pour interroger ou sonder la personne à qui l'on s'adresse; mais il ne s'emploie qu'entre gens qui ont ensemble une grande familiarité. Hem peut avoir encore d'autres seiis. Quant à la valeur de l'interjection fien, henl elle se sent mieux qu'elle ne s'explique. Elle se prononce à peu près comme hein, c'est le seul trait de ressemblance qui existe entre ces interjections. Uem, dont le m final se fait sentir, sert pour appeler et a de l'analogie avec hé.

EXERCICE PURASÈOLOGIQL'E,

Heim . comme i\ a été îoué !

Hem, hem ! accourez loalde 5uu«,

Ilein ! étes-roas le maître f

llcD , hen ! cVat on babil* homme

^»^^^ K DCCCXXX. o^^-^

Haï ! haie! ay!

Ouf! hait je n'en puis plus, vous serrez le sifflet ; Mais, monsieur, jusqu'au bout lisez donc le billet.

(Regnard.j

Dans le Menteur de Corneille, Clarice, en faisant un faux pas, prononce le monosyllabe hai! Claudine— hail —Ah! que tu es rude à de pauvres gens, — Hai! je te donnerai sur le nez.

(Molière.)

Hai, hai f mon petit nez, pauvre petit bouchon, Tu ne languiras pas longtemps, je t'en réponds.

(MOLIËHE.)

Haie, haie! ceci ne vaut pas le diable.

(Dakcodrt.) Ayt... Petit-Jean, Petit-Jean...

Que diable! si matin que fais-tu dans la rue?

(Racine.) Elle m'étrangle... Ay, ay! {Id.)

L'interjection hai! marque la surprise, la douleur, l'avertissement, quelquefois même la satisfaction. Haie! marque le mécontentement, la crainte, la surprise avec sensation prolongée, etc. Quant à ay, nous ne l'avons trouvé que dans les Plaideurs de Racine; ce n'est peut-être que l'interjection hai diversement écrite, ou bien c'est l'interjection aya moins l'e final.

EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQUE.

i me faites mal.

c'est bien mauvais.

Ay, 3j ' vous voulez donc m'étouffer i

-^^ K DCCCXXXI. o^***

Aie! ahi! aye! ouf!

Aïe! ahi.i

Aïe , aïe! à l'aide ! au meurtre ! au secours, on m'as-

[somme!

Ah! ah! ahl ah! ah! ah! 0 traître! ô bourreau

(Molière.) [d'homme!

Ahi! ahi! ahi!

Vous ne m'aviez pas dit que les coups en seraient \{Id.)

Aye! ouf!

Voilà ton pèrel — Oooh! aye de moll

Aye! ouf! on m'estropie.

(Bbadharchais.)

(TOLTAIBB.)

Nous croyons que aïe et aye ne sont que la même interjection écrite différemment, e|; qu'il faut prononcer ces monosyllabes à peu près comme le mot ail (espèce d'ognon). Ahi est de deux syllabes, et a le même sens que les deux autres. Ces trois interjections expriment un sentiment de douleur physique. Ouf! exprime de plus l'étouffement que produit une émotion violente, l'anxiété, l'angoisse :

Ouf. je me sens déjà pris de compassion : Ce que c'est qu'à propos toucher la passion !

(Racine.)

Nous avons dû remarquer, et nous aurons occasion de remarquer encore, que les écrivains emploient souvent plusieurs interjections de suite, et quelquefois môme des interjections d'une nature différente, pour produire plus d'eft'ct.

EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQUE.

Aïe , aïe! vous me tn«B.

Ahi , aliî , le bourreau!

Aye, je SUIS Mfs«ê.

Ouf ! je dVq puia plu

W DCCCXXXlI.o^^^^

Bom! hon! hum!

nom!

Cela ne vaut-il pas bien une prise de casse? — Boml de bonne casse est bonne. (Molièkk )

Elle employait l'art des subtiles trames De ces filets oii l'amour prend les âmes. Homl la coquette. (Voltaire.)

Lisons. Homl... homt « Vous méritez de me charmer. » Je sens à vos vertus ce que je dois d'estime, » Mais je ne saurais vous aimer. » {/«/.)

lion! huml

Vous n'avez qu'à y venir, je vais vous y attendre. Tlon! l'extravagant. (Regnaud.)

Si vous ôtes médecins, je n'ai que faire de vous, et je me moque de la médecine. — Ilonl hont Voilà un homme plus fou que nous ne pensons.

(MOLIËRB.)

Hum ! je soupçonne ici quelque anguille sous roche. (Fabre d'Églantine.) Hum! grand escogriffe; il est sourd (1).

(Beaumarchais.)

Hom, hon, hum, marquent mécontentement, contradiction ; mais hom exprime de plus doute et méfiance. Hun, dont le son est plus bref, exprime retour et sentiment de difficulté; Aum, pressentiment, réticence, impatience.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Hom ! le faquin.

Hom ! liom î voyons cela.

Hon ! lion! voilà les hommes.

Hum! grand sot.

•^ N" DCCCXXXIII. o^<

Euh J heu!

Euh!

Chrysale, dans les Femmes savantes, voulant savoir pourquoi on ch;isse Martine, et ayant reçu déjà des réponses négatives à plusieurs questions , dit, avec réticence :

Comment? diantre! friponne! euli! a-t-elle com- (MoLifeRE.) [rais... ?

L'Intimé interrompu, et voulant continuer de parler, s'écrie :

Hé! laissez-nous... euh! euh! (Racine.)

Heu!

C'est une comédie nouvelle. — Quelque drame encore ; quelque sottise d'un nouveau genre. — Je n'en sais rien. — Heu! heu! les journaux et l'autorité nous en feront raison. (Beacmarcuais.)

Heu! voilà ce que c'est d'étudier!

(Molière.)

Euh et heu marquent également l'admiration, mais ils sont du style familier. Euh marque de plus appréhension, ennui, impatience, surtout quand il est redoublé. lieu s'emploie ironiquement.

EXERCICE PIIRASEOLOGIQVE.

F-nli ! nllcz-vous-rn

lieu ! heu ! rst-ce vous nui nou» l'apnrendr

(i) Figaro parle ainsi à don Bazile, qui ne veut pas comprendre leur stratagème.

^*^ K DCCCXXX1\. <^^^-

Ouais! voi! pon-ou!

Ouais !

Mon choix sera suivi, c'est un point résolu. — Ouais t vous le prenez là d'un ton bien absolu.

Ouais I vous êtes bien obstinée, ma femme.

Ouais! ce maître d'armes vous tient bien au cœur.

I f^oil pou-ou!

J'irnis trouver mon juge et lui dirais. — Oui. —Foi! Etluidirais:Monsieur.— Oui, monsieur. —Liez-moi.

(Racike.) Pour profiter de cette douce liberté, j'annonce un écrit périodique, et, croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre, je le nomme Journal inutile. l'ou-oul je vois s'élever contre moi mille pauvres diables à la feuille; on me supprime, et me voilà de rechef sans emploi. (Beaumarchais.)

Ouais, voi, pou-ou, ont cela de commun qu'ils marquent l'étonnement; mais ouate marque de plus mécontentement, et quelquefois pitié. Chicaneau, souvent interrompu par la comtesse de Pimbesche, prononce le monosyllabe voi! et reprend son discours. Nous n'avons pas trouvé ailleurs cette interjection, qui nous paraît èlre la même que ouais. Pou-ou est le cri que jette Figaro, en pensant combien il s'abusait, combien ses espérances ont été déçues. Il ne faut pas contester aux écrivains le droit de créer des interjections. Souvent dans la conversation il en échappe qui ne sont écrites nulle part, et qui n'en sont ni moins expressives, ni moins bonnes.

Guais ! vous êtes liien ïnsupportaMe.

EXERCICE PHRASEOLOGIQVE.

Voi ! cela ne se peut pas.

Pou-ou ! tout le monHc s'indign».

^^^^^ W DCCCXXXV.

Fx y foin ! pouah !

Fi!

Ha robe vous fait honte, un fils de juge, ah! fi!

(Racine.) Fi donc! d'un médecin ma maîtresse éire femme! Tous ces gens-là, madame, à l'intérêt soumis, Haïssent la santé jusque chez leurs amis.

(Bret.) Fi du plaisir que la crainte peut corrompre!

(La Fontaine.)

FoinI pouah!

Foin de moi ! (Racine.

Foin du loup et de sa race. (La Fontaine.) Fi! ne m'approchez pas! votre haleine est empestée... Pouah! vous m'engloutissez le cœur.

(Molière.)

Pouah! pouah! seigneur, mon âme n'a pas été souillée. (Voltaihb.)

Fi, foin, pouah expriment dédain, répugnance, mépris. Mais fi sert particulièrement à réveiller, à inspirer la honte, l'éloignement ; foiii marque imprécation, il est presque toujours suivi d'un complément; pouah exprime le dégoût. Ft est du style tempéré, foin du style familier, pouah du style populaire. Quant à powajs et à powas qu'indique Lemare, au lieu de poMttA / nous ne les avons trouvés nulle part.

EXERCICE PnRÀSÉOLOGIQUE.

■ prêter un tel si nlimeot.

roin (le tout son esprit '

Poiiali ! lA vilaine béte !

^»*^oN° DCGCXXXVI.o^**

BakI baste! zestl

Bahl baste!

Malgré vous et les vôtres, On vous fera bien voir.— BaA/ j'en ai vu bien d'autres. (Fabrb d'Eglantink.) C'est vous qui me gônez; Et c'est ma place aussi que vous prenez. — Bahl bahl {CoLi.m d'Hahlevillb.)

Boitel laissons là ce chapitre, il suffit que nous savons ce que nous savons. (Molière.)

Zest :

Il soit dit que sur l'heure il se transportera Au logis de la dame, et là. dune voix claire, Devant quatre témoins assistés d'un notaire, (Zestel) ledit Hiérôme avoûra hautement Qu'il la tient pour sensée et de bon jugement.

(Racine )

Il se vante de faire telle chose, zest!

(ACAUÉMIB.)

Bah marque l'insouciance, l'incrédulité, le peu de cas que l'on fait des menaces ou des paroles d'autrui. liaste marque aussi l'insouciance , la résolution et l'ennui que cause ce qu'on vient d'entendre. On trouve quelquefois hast. Quand Chicaneau prononce zeste en lisant l'exploit que lui adresse la comtesse de Pimbe?che, il veut faire entendre qu'il se soucie fort peu de ce qu'on lui dit. Sans ia contrainte delà mesure, Racine aurait écrit zest, orthographe ordinaire de cette interjection.

Nous avons trouvé dans le Dictionnaire des Dictionnaires l'analyse de l'interjection bah 1 que nous avions cherchée long- temps, analyse précieuse, qui confond l'imagination, et dont nous serions vraiment fâchés de priver nos lecteurs. La voici : « Bah! interjection qui équivaut à : Mon étonnement est bas , c'est-à-dire : J'y mets peu d'importance. » 0 don Quichotte! où es -tu? toi qui prenais des montagnes pour des géants!.... Comment, M. Darbois, vous pense? sérieusement que bah signiûe mon étonnement est bas'!... Ah! bah !..,. vous voulez rire.. . Au fait, on dit bien qu'Equus vient dCAlphana.

6ali ' je ne le croirai jamai»

EXERCICE PHRÂSÈOLOGIQVE.

Bajte ! il faut un peu de philosophie.

Il pense nous en faire accroire, irst

.^^o N'^ DCCCXXXYIL o^^^^

Chut! motus ! st!

Chut! motus!

Chut! n'offeHsez pas ces messieurs (les médecins et les apothicaires). (Moliërb.)

Chull chut! parlez donc bas ; Surtout jamais de lui; vous n'y pensez donc pas?

(COLLIN D H.* RLEVILX.E.)

Motu»! il ne faut pas dire que vous m'avez vu sortir de là. (Molière.)

St!

St 1 pata;/ rangeons-nous chacune immédiatement contre un des côtés de la porte. (Molièuk.)

St. ot! ramassez vite, et sauvez-vous.

(Bbacmarciiais.)

St! st! un mot: comme amis l'un de l'autre, Buvez à ma santé, je vais boire à la vôtre.

(BOCRSACLT.)

Chut, motus, sont également employés pour engager à faire silence ; motus sert en outre à exhorter à la discrétion. St! sert aussi pour appeler quelqu'un à voix basse.

n vient. Chat !

(859 ) EXERCICE PHRASÉOLOGIQVE,

Je vaii Tout le dire, mail motiu !

8t ! tt ! par loi.

-^^N° DCCCXXXVlII.o^

5ms/ tararel alerte! bravo! vivat! oui-dà!

Sus! que de ma maison on sorte de ce pas.

(Molière.) Sus.'Dave, il n'est plus temps de bayer aux eor- (Baron.) [neilles.

Peut-être la beauté. — Tarare! la beauté! la beauté! C'est bien la beauté, vraiment, qui prend un homme comme lui. (Brceys.)

Tarare!... il ne laura jamais.

(Beaumarcoais.) Sois mon trompette, et sonne les alarmes; Point de quartier, marchons, a/urre.' aui armes!

(Voltaire.) Alerte! alerte! on vient d'enlever ma pupille.

(FaBRE D'ÉGLA^iTl^H.)

Bravo l voilà mon homme; allons, vite, qu'il vienne.

(COLLIN D'HaRLKVILLE.)

Monsieur l'homme accompli, du moins qui croyez

[l'être, Prenez, prenez leçon, car voilà votre maître. Bravo! bravo! bravo! (PiRON.)

Ah! vivat.' j'ai gagné ma cause.

(Dancocrt.) Vive, vive Crispin 1 et vivat la folie !

(Regnard.) J'ai fait vœu d'être veuve, et je le veux tenir. — Oui-dà! l'étal de veuve est une douce chose; On a plusieurs amants sans que personne en glose.

(Regnard.)

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