EXPLICATIONS
Sus s'emploie pour exhorter à marcher, à agir, à sortir de l'apathie.
Tarare marque l'incrédulité, l'ironie et souvent la colère, comme dans la phrase de Beaumarchais que prononce Antonio irrité.
Alerte, devenu su^Jtantif, est un cri pour semer l'alarme et l'effroi. Cette expression est tirée de l'italien aH'erta, qui signilie sur un lieutlcvë; c'es: comme si l'on criait : Sortez de vos maisons!
Bravo! est un adverbe italien employé en interjection; il signifie très-bien! bravement!
Vivat, troisième personne du présent subjonctif du verbe latin vivfre, a le même sens que vive en français. Il marque la joie, l'allégresse.
Oui-dà, ordinairement particule ou adverbe affirmalif, a un sens tout particulier ici; il signi&e : Je comprends.
EXERCICE PnRASÉOLOGIQUE.
Sus! qu'on décampe.
Vons dites que vou» été» noble ? Tarare !
Alerte ! alerte ! ToUà le» eoDemii.
Bravo ! c'est cela.
Vivat .' vivat ! les choies vont tien.
Lui avei vous parli? — Oui^JÀ.
f 860 ) EXPRESSIONS INTERJECTIVES.
^^^ W DCCCXXXIX. <^<
SUBSTANTIFS INTERJECTIF9.
Miracle ! criait-on, venez voir dans les nues Passer la reine des tortues.
(La Fontaine.) Eh! miséricorde: on traîne mon mari en prison.
(Voltaire.) Malheur aux a\eug\ es qui conduisent! malheur aux aveugles qui sont conduits! (Pascal.)
Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris? Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris?
(BOILEAO.)
Mon Dieu! l'étrange embarras qu'un livre à mettre au jour. (Molière.^
Qu'un ami sur nos bords soit jeté par l'orage, Ciel! avec quel transport je l'embrasse au rivage!
(Ducis.)
Paix! silence ! il me vient un surcroît de pensée.
(Regnard.) Peste: comme l'utilité vous a bientôt rapproché les distances. (Beaumarcoais.)
Peste soit la sincérité ! c'est un mauvais métier.
(Molïere.) Pcsfe soit des fâcheux I (id.)
Malepeste! leur imagination travaille beaucoup.
(Regnard.) Te voilà sur tes pieds droit comme une statue; Dégourdis-toi, courage! allons, qu'on s'évertue!
(Racine.) Grâce, grâce! seigneur, que Pauline l'obtienne. (Corneille.) Halte-là: mon beau-frère, Vous ne connaissez pas celui dont vous parlez.
Patience! avant peu tout cela va changer,
(Collin d'Harleville.) Ma foi! sur l'avenir bien fou qui se fiera.
(Racine.) Ohl dame! on ne court pas deux lièvres à la fois!
(/d.) Tredame! monsieur, est-ce que madame Jourdain est décrépite? (Molière.)
Si vous n'êtes pas malade, que diable ne le ditesvous? (/d.) Dtantrel que de façons! signez, pauvre butor. Au diantre tout valet qui vous est sur les bras!
(Id.) Eh o'ii, de par tous les diantres, je l'ai vu !
explications.
Miracle! c'est-à-dire, voilà un miracle, venez voir un miracle.
Miséricorde ! c'est-à-dire, j'implore mMricorjf.
Malheur à, c'est-à-dire, le malheur arrivera aux aveugles; ou le malheur doit arriver à, etc.
Laveaux regarde bon Dieu: comme une interjection dans ces vers ; il est certain que ce n'est pas une simple apostrophe.
Mon Dieu: n'est pas en apostrophe non plus dans cette phrase, ou du moins il y a une proposition ellipsée.
Ciel! Dieu! etc., sont des invocations. On dit même quelquefois dieux! au pluriel, surtout en poésie, ce qui sent un peu le paganisme; mais l'usage l'autorise.
Paix! i*7ence .' c'est-à-dire, donnez-nous lapatar, faites silence.
Peste: est ici une vraie interjection d'admiration avec étonnement et ironie. Peste! n'est souvent qu'une simple imprécation, il peut être suivi d'uo complément.
Malepeste (mauvaise peste) a le même sens que peste ; il est un peu plus populaire. Fabre d'Eglantine écrit malpeste par licence poétique. [Intrigue épistolaire.)
Courage, c'est-à-dire, prenez courage.
Grâce, c'est-à-dire, faites grâce.
Uulte-là, c'est-à-dire, faites une halte là, arrêteivous là.
Patience! c'est-à-dire, prenez paftence.
Ma foi' c'est-à-dire , j'en jure par ma foi.
Dame! c'est-à-dire, j'en jure par Notre-Dame. [Voyez Gattel.) Tredame, plus rare, et du stjle campagnard , est moins éloigné de l'expression totale.
On jure aussi par le diable; mais comme on a craint de prononcer ce mot, on l'a remplacé par diantre, ce que prouvent jusqu'à l'évidence les phrases citées en regard et la suivante.
Allez au diantre! Au diantre soit le fou!
(Académie-)
Nous avons dû remarquer par quelques exemples du numéro précédent, qu'indépendamment des interjections proprement dites, l'homme agité d'une émotion violente, péné- Iré d'une idée vive, a eu recours à des signes du langage analytique, (]u'i! a un peu détournés de leur signification primitive, pour les rendre propres à exprimer ses affections avec rapidité et concision. Les expressions interjectives sont en général des membres de propositions elliptiques; nous n'avons présenté ici que les plus usitées.
Les mots bonjour, adieu, salut, doivent être rangés dans la môme catégorie ; Wailly dit même que bonjour est interjection [Dictionnaire]. Voyez La Fontaine, fable du Renard et du Corbeau; Gilbert, Derniers moments d'un jeune poète ;M\]\e\0}'e, la Chute des feuilles; où ces mots se trouvent dans le sens interjectif.
Il est une foule de noms qui, prononcés dans certains mouvements subits de l'àme, ont !a force de l'interjection . C'est le ton, dit Dumarsais, plutôt que le mot, qui fait alors l'intoijection. En voici quelques exemples :
!'ar mon chef, c'est un siècle étrange que le nôtre.
(Molière.) Par saint Janvier, mon patron. (Scribe.)
Jour de Dieu! je saurai vous frotter les oreilles.
(MoLiteRB.) ... Mort de ma vie! est-ce un crime d'avoir Un tendre engagement avec un honnête homme
(REGSAae.)
EXERCICE PHRASEOLQGIQUE.
Ciel! quel mallieurî Peste soit de vous !
Patience! cela viendra peul-êlte.
Oii dame ! je u'y pensais pas.
MODiFiGATiFS [adjcctifs ov advbrbes] interjectifs.
Tout doux: vous suivez trop votre amoureuse envie.
(ilOLlÈKE.)
N'a vez-vous jamais vu donner la question?...
— Hé! monsieur, peut-on voir souffrir des malhcu-
[reux !
— Von : cela fait toujours passer une heure ou deux.
(.Racine.) bon! bon! il faut apprendre à vivre a la jeunesse.
(Regnard.) Tout beau! monsieur le tireur d'urnies, ne parlez Je la danse qu'avec respect...
Tout doux! vous dis-je. (MoLiteRE.)
Allons! ferme! poussez, mes bons amis de cour, Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour.
Quoi! vous pensez ôlrc dans tous les temps Maître absolu de vos yeux, de vos sens?
(Voltaire.)
Comment montrer partout et lettres et portrait. En public, à moi-même! Après un pareil trait, Je prétends de ma main lui brûler la cervelle.
(/<i.) Le serpent dt; l'envie a sifflé dans son cœur. Oh! bien! bien! double joie en ce cas pour le nôtre.
(PlUON.)
Ah / fort lien ! vous nommez les passions des maux ! Sans elles nous serions au rang des animaux. (CoLLiN d'Harleville.)
Rien de nouveau dans l'état. — Tant mieux i Moins de nouvelles, moins de sottises.
(Voltaire.)
Nous ne nous arrêterons pas à faire sentir la valeur de ces modificatifs interjectifs : il est facile de rétablir les mots ellipses; nous remarquerons seulement que les mots cert % bref, sont souvent employés dans la môme analogie.
Tout doux ! monsieur.
Tout Mau ! jeune homme.
EXERCICE PJIRÀSÉOLOGIQVE.
Ferme! à Touvrage.
Bon ! cela nous amusera.
Quoi î vous êtes libre.
Comment ! vous partes*
Fort bien ! fui entenda.
Ob ! bien ! bien ! c'est a merveille.
'^^K DCCCXLI. o^^^
IMPERATIFS INTERJECTIFS.
Va, va, dans sa douleur le sexe est raisonnable, Et je n'ai jamais vu de femme inronsolahle.
(COLLIN d'HaRLKVILLE.)
Allons: je vois que je ne réussirai jamais.
(Marmontel.) Allons gai! vous a-t-il donné votre congé?
(Regnard.) Allons gai: ce petit prélude vous mettra en hnm«"r. (Bruevs.)
Allez, allez, il ne faut pas se laisser mener comme "1 oison. (Molière.)
Gars qu'aux carrefours on ne vous lympanise.
(MOLlfeRB.)
Dieu me pardonne, on se bat. — Gare! gare! Voyons un peu d'où vient ce lintnmare.
(Voltaire.)
Tiens! Darmin t'aime, et Darmin dans son cœur A. tes vertus avec plus de douceur. (/d.)
Tenez, mille ducats Au bout de vos discours ne me tenteraient pas.
(ÂNDRIBUX.)
Les impératifs va, allons, alUz, sont évidemment détournés de leur signification propre, ils servent à encourager, à persuader, et quelquefois sont purement explétifs, ^//ons gail est une interjection, selon les lexicographes, elle excite à la gaîté.
Gare, impératif du verbe garer, es', une vraie interjection pour avertir de prendre garde à soi.
Tiens ai tenez ne servent ici qu'à éveiller l'attention sur ce qu'on va dire. EXERCICE PHRASÉOLOGIQitE.
Va, va, je siis ce que je faU.
Allons, vous ne savez ce que tous dites.
Gare ! gare ! on vont allei être écrasé. Tiens ! celte étrange Cgure.