I. POINT DE DÉPART: Ex.: Je sorsûfeParis
— Vous partez de Washington. — Il arrive du} village. — Nous venons de loin. — Vous vous écartez de la règle. — On tire le marbre des carrières. — Cette huile s'extrait de l'olive.
— Elles passent facilement de la tristesse à la joie. — Ils étaient de vingt à vingt-cinq. — Je serai chez vous de cinq heures à six. — Du matin au soir. — J'irai vous voir rf'^aujourd'hui en huit. — D'ici là, etc.
Au figuré, le point de départ devient:
r. La séparation. Ex.: New-Yorkestà cent milles de Philadelphie. — Il demeure à deux pas de votre maison. — Vous étiez loin rf'elle.
— Je me vis à deux doigts de ma perte, etc.
1 Lorsque la préposition de précède l'article masculin suivi d'une consonne ou d'une h aspirée, on la contracte en du pour de le; lorsqu'elle précède l'article pluriel des deux genres, on la contracte en des pour de les; enfin, devant un mot commençant par une voyelle ou une h muette, Ve se retranche et se remplace par l'apostrophe.
2 II est évident que dans cette dernière phrase, la préposition de marque bien le point de départ. C'est comme si l'on disait: "J'irai vous voir dans un déiai de huit jours qui commenceront à partir d'aujourd'hui".
Les principaux adjectifs employés dans ce sens sont: absent, distant, éloigné, loin, exempt, etc. Ex.: J'étais absent de la ville. — Ces deux villages ne sont distants l'un de l'autre que de trois milles. — Loin des yeux, loin du cœur (proverbe). — Ils sont exempts de tout reproche, etc.
C'est aussi parce qu'ils marquent l'action d'éloigner une personne d'une chose, que les verbes suivants sont suivis de la préposition de: séparer, écarter, éloigner, détourner, priver, se priver, garantir, dispenser, empêcher, se défendre, se garder, se dédire, s'acquitter, etc. Ex. : On l'a séparé de son frère. — Je l'écarté de mon chemin. — Vous les éloignez de la bonne route. — Détournez-le de ce voyage. — . Je vous priverai de promenade. — Les avares se privent de manger. — Les fourrures nous garantissent du froid. — L'empêcherez-vous de se rendre à Chicago? — Il se défend de vos tyrannies. — Il se garde du danger. — Il ne se dédit jamais de ce qu'il dit. — Nous nous acquittons de nos dettes. — Il le dispense de ses leçons.
Les verbes défendre, éviter, négliger, omettre, finir, cesser, discontinuer etc., dans lesquels cette idée d'éloignement d'une action est plus vague,
régissent un substantif ou un pronom sans préposition, mais l'infinitif avec la préposition de Ex.: Je défends la vente; je lui défends de sortir. J'ai empêché la chute; je l'ai empêché de tomber. Il évite Taccident; il évite de venir. Nous finissons la lettre; j'ai fini de le faire.
Les verbes acheter, arracher, échapper, emprunter, expriment qu'on éloigne une chose d'une personne. Ex. : J'ai acquis cette maison de mon cousin. — II a acheté cette montre directement du fabricant. — Nous l'avons arraché de leurs bras. — Des larmes s'échappent de ses yeux. — Vous avez emprunté cet argent de votre oncle.
Tous ces verbes, excepté acquérir, peuvent aussi être suivis de la préposition à, mais alors ils n'expriment pas tout à fait la même idée qu'avec la préposition de. La préposition de indique après ces verbes une idée précise, distinctive, de séparation, d'extraction, tandis pue à exprime que la personne est affectée d'une manière quelconque, par l'action du verbe, et marque conséquemment une action plutôt indéfinie et vague (voir la prép. à, s III, 2°)' Ainsi: ^'Acheter quelque chose de quelqu'un" signifie *^Séparer quelqu'un de quelque chose qu'on achète"; il s'agit seulement de la pro-
venance de l'objet acheté. Le juge, par exemple, qui interroge quelqu'un sur la possession d'un objet volé, lui demandera: "D^ qui avez- vous acheté cela?" car il veut savoir d'où vient l'objet. Mais ''Acheter quelque chose à quelqu'un" exprime simplement que la chose vendue appartenait au vendeur, que l'acheteur s'est adressé à lui pour l'acheter. "11 a arraché de l'argent à son frère', signifie que son frère a été affecté d'une manière quelconque par l'action qu'exprime le verbe "arracher". Mais "Il a arraché de l'argent de son trère" implique qu'il a dû employer un certain effort pour tirer de l'argent de son frère. "Louis emprunte des livres à son cousin" signifie que son cousin est affecté par l'action de Louis; mais "Louis emprunte souvent des livres de son cousin" indique un effort que Louis fait pour obtenir des livres de son cousin. C'est dans le même sens qu'on dit: "Vous avez échappé à l'ennemi" pour indiquer que l'ennemi n'a pas pu vous saisir; et "Vous avez pu échapper des mains de l'ennemi" pour indiquer que l'ennemi vous avait fait prisonnier, mais que vous avez pu lui échapper par un effort.
2'*. L'orîgîne: Ex.: JefFerson était natif rf^ la Virginie. — Evangéline est rf^ Longfellow. — L'Iliade et l'Odyssée sont rf'Homère. — Les tragédies de Corneille. — Les comédies de Molière. — La bataille de Gettysburg. — Le vent du Nord. — Le concile de Trente, etc.
/C'est dans ce sens qu'après les verbes au passif on emploie souvent la préposition de pour indiquer l'auteur de l'action^ exprimée par le verbe. Ex. : Il est aimé de ses amis. — Vous êtes respectés de tous. — Nous sommes craints des méchants. — Ils sont honorés de votre amitié. — Vous êtes accompagnés de vos amis. — Les régiments sont précédés de leurs musiciens.
Lidée d'origine éveille tidée de matière, Ex. : Table de bois. — Robe de soie. — Montre rf'or. — Armoire de fer, etc.
iLa préposition de ne s'emploie guère au passif qu'après les verbes qui expriment des sentiments et après certains verbes de mouvement. Ex.: L'iionnête homme est estimé de tous. — Votre frère est aimé de tous ceux qui le connaissent. — Il est toujours suivi de son domestique, etc. Dans les autres cas, on emploie la proposition par après le verbe passif. Ex. : La poudre à canon a ete inventée par Bernard Schwartz. — L'Amérique fut découverte par Christophe Colomb en 1492, etc.
On peut même employer par après les verbes exprimant des sentiments s il s'agit d'une chose particulière, qui n'arrive qu'exceptionnellement. Ex.: Washington est vénéré de tous les Américains; il est aimé même par les étrangers. — On comprend que Napoléon ait été redouté de ses ennemis, on comprend moins qu'il ait été craint par ses amis, etc.
Grammaire pratique UL Ô
REMARQUE. — Le mot de se prend dans tant d'acceptions différentes, qu'on le remplace quelquefois par la préposition en^ quand on veut indiquer de quelle matière un objet est composé. On dira donc également bien: une table en bois; un robe en soie; une montre en or; une armoire en fer, etc.
3°. a. La cause d'un sentiment* Ex.: Je
suis bien aise de vos succès. — Je suis bien aise de vous voir. — Il est content de son acquisition. — Elle est fâchée 'rf' être mal habillée. — Ils sont désolés de votre conduite. — Il a honte de son ignorance. — J'ai honte de faire tant de fautes. — Vous êtes surpris de l'arrivée de votre frère. — Je suis confus de tant d'audace. — Il se méfie de moi. — Il est épris de sa cousine.
b, La cause d'une action dictée par un sentiment. Ex.: Son maître se loue de lui.
— Nous rions de vos fautes. — Elle pleure de voir son père si malade. — Je vous remercie de votre bonté. — Il se vante de sa force. — On l'accuse de ce crime. — Je le soupçonne de haute-trahison. — Il le gronde de sa négligence, etc.
c, La cause avec les mots „ malade", „souffrir", „mourir". Ex.: Il est malade ûfe peur.
— Je souffre de vos sottises. — Il meurt de faim.
II. LA PRÉPOSITION de SERT A SPÉCIFIER OU DÉTERMINER UNE MANIÈRE D'ÊTRE OU UNE ACTION.
a. Manière d'être: 1^. Spécification du contenu, Ex.: Une bouteille de vin. — Une poignée de paille. — Un panier de fruits. — Un tonneau rf' olives. — Un poi rf'eau. — Une tasse de café. — Un sac de farine.
2^. Détermination d'un, adjectif. Ex.:
Riche de gloire. — Léger de caractère. — Capable de grandes choses. — Faible rf' esprit. — Econome de ses deniers. — Prodigue de son argent. — Libéral de louanges. — Bas de cœur.
— Responsable de ses actes. — Sobre de tempérament. — Susceptible d'augmentation.
3°. Détermination d'un pronom, d'un adverbe de quantité, ou d'un nombre. Ex.:
Rien de bon. — Quoi de nouveau. — Beaucoup rf' argent. — Peu de talent. — Pas beaucoup rf'ardeur. — Cent hommes de tués.
— Trente soldats de disparus. — Aucun de ces hommes. — Chacun de ces enfants. — J'en ai quatre de mauvais. — Il en a deux de malades.
— Nous en avons trois de perdus.
Il ne faut pas oublier que la direction vers un but est exprime'e par à. Cela a souvent lieu devant un infinitif, tandis que devant un participe ou devant un adjectif se trouve de spe'cifiant l'e'lat. Ex.: Trois lettres ^'e'crites. — Trois lettres à e'crire. — Rien de fait. — Rien à faire. — Deux animaux de tue's. — Deux animaux à tuer. — Quelque chose de joli. — Quelque chose à faire.
4**. Spécification du sujet logique quandc' est un infinitif (après les locutions c'est, il est ou bien après un substantiO- Ex. : Il est difficile d'apprendre le français. C'est une barbarie de faire travailler les petits enfants. Mon intention est de lui écrire. La grande difficulté est de lui plaire^.
REMARQUE. — Il faut faire attention à ne pas confondre cette construction qui renferme un verbe actif régissant de, avec la construction passive, régissant à,