‹ Grammaire pratique de la langue françaiseChapitre 19 sur 33 · QUI RESTENT TOUJOURS INVARIABLES · texte numérisé non relu

QUI RESTENT TOUJOURS INVARIABLES

Quelques participes conjugués avec avoir restent toujours invariables, savoir :

J04 DE l'emploi des TEMPS.

( Les peines qu'il 2^ fallu, 10. Le participe d un \ ^^ ^^^^ ^^.^ ,^,it^^;,.

verbe impersonnel.» | Les guerres qu'il y a ^«.

Remarque. — Il ne s'agit évidemment pas de pluies faites ni de guerres eues par quelqu'un; aussi le pronom conjonctif que, qui précède le verbe, n'en est pas le régime direct. Ces verbes sont dans ce cas de véritables gallicismes, marquant seulement l'existence, et leurs participes n'ayant pas de régime direct restent Invariables.

ILa guerre que j'avais prédit qu'il en résulterait.

La lettre que nous avions présumé que vous recevriez est enfin arrivée.

Remarque. — La raison en est que le participe entre deux que a généralement pour complément direct la proposition qui suit. En effet, j'avais prédit quai? qu*il en résulterait la guerre» — J'avais présumé quoi? que vous recevrieg la lettre.

Il est bien entendu que si le premier que est le régime direct du participe, celui-ci s'accorde avec le régime direct qui le précède.

Ex. : " C'est votre sœur elle-même que j'ai prévenue que je sortais." Ici, le participe varie parce qu'il est précédé de son complément direct que^ mis pour sœur\ la proposition que je sortais n'est pas régime indirect, c'est comme s'il y avait de ce que je sortais.

D'ailleurs, les phrases où se trouve un participe passé entre deux que sont peu harmonieuses, et on ne les emploie que le plus rarement possible.

^ Il est également invariable quand le verbe impersonnel se a>njugue avec ître. Ex. : "Il est arrivé de grands malheurs. — Il s'est glissé une erreur." Dans le premier exemple, le participe s'accorde avec son sujet i7, qui est du masculin et du singulier j dans le second il s'accorde avec son complément direct se, qui précède, et qui est du masculin et du singulier, puisqu'il représente le mot il.

DE l'emploi des TEMPS. I05

i Cette difficulté est beaucoup plus grande que je ne /'avais pensé.

Ils se sont conduits comme nous /'avions dit, La famine arriva ainsi que Joseph V2S9X\ prédit.

Remarque. — La raison en est que /*, signifiant cela, est du masculin singulier et ne saurait, par conséquent, rendre variable le participe dont il est le complément direct C'est comme s*il y avait dans les exemples ci-dessus : Cette difficulté est beaucoup plus grande que je n'avais pensé qiielle était grande, — Ils se sont conduits comme nous avions dit quHls se conduiraient, etc.

40. Le participe ayant ( Je regrette les nombreuses pour complément un 1 années que j'ai z//f»' sans poumot avant lequel il y a ^ voir m'instruire.

une préposition sous-en tendue.

Les soixante-douze ans que Louis XIV a régné.

Remarque. — La raison en est que le mot en question n'a que l'apparence d'un régime direct, mais est en réalité un régime indirect. C'est comme s'il y avait dans les deux

' Cependant il y a un cas oh le verbe neutre vivre exprime l'action et devient transitif: c'est quand on emploie certaines locutions mises en vogue par quelques écrivains modernes, telles que : vivre la vie, vivre des années heureuses. On dit : J'ai vécu votre vie, et l'on doit, par conséquent écrire : votre vie, que j'ai vécue avec vous. — C'est la joie et la douleur mises en commun, c'est toute la vie qu'on a vécue (George Sand).

Il en est de même des participes passés des verbes coûter et valoir qui, tout en étant des verbes neutres se conjuguant avec l'auxiliaire avoir, deviennent verbes transitifs et, par conséquent, susceptibles d'accord, quand ils sont employés au sens figuré. Or coûter est pris activement quand il signifie causer, occasionner ; le verbe valoir l'est aussi quand il signifie procurer, rapporter.

Io6 DE l'emploi des TEMPS.

exemples cî-dessus : Les znnéts pendant lesquelles j'ai vécu .... Les soixante-douze ans pendant lesquels Louis XIV a régné. / Je lui ai rendu tous les ser-

vices que j'ai pu (= pu lui rendre).

A vez-vous réellement fait tous 50 Les participes /«, \ les efforts que vous avez </j9 (s dû, voulu, permis, lors- j dû faire)? qu'il y a après eux un \ On peut dire qu'il a obtenu verbe exprimé ou sous- J tous les succès qu'il a voulu (= entendu. | voulu obtenir).

Il a fait les dépenses que ses

richesses lui oui permis (= per-

mis de faire.)

Les peines que cette affaire m^2L coûtées (=s m'a causées), —Les honneurs que cette place m'a valus (= m^ a procurés), etc.

Toutefois, les grammairiens ne sont pas d'accord sur la variabilité de ces deux derniers participes. La plupart les font varier, quand ils sont employés, au sens figuré, comme verbes transitifs, ainsi que l'exige la logique ; quelques-uns veulent, au contraire, que coûté et valu soient toujours invariables. Le Dictionnaire de l'Académie est de cette dernière opinion pour le participe coûta ; il est muet sur la variabilité ou l'invariabilité du participe vcdu.

Pourtant, nous pensons que lorsque les deux verbes coûter et valoir prennent une signification active, c'est-à-dire sont employés au figuré, ils doivent sabir les accidents gramiraticaux des verbes dont ils tiennent lieu.

C'est ainsi, d'ailleurs, que les auteurs classiques emploient ces deux participes: "Vous n'avez pas oublié les soins que vous m'avez coûtés depuis votre enfance. (Fénelon).

" Que de soins m'eût coûtés cette i^ie charmante ! " (Racine.)

" Si vous saviez toutes les salutations que mon habit m'a values,^* (J. J. Rousseau.)

De même, la verbe peser est verbe intransitif et son participe passé invariable quand il signifie avoir le poids de, Ex. : " Cette caisse ne pèse plus les dix kilogrammes qu'elle a pesé. " Mais il devient verbe transitif et son participe passé varie quand il signifie faire P action de peser. Ex. : *' Vos marchandises sont prêtes, je les ^\ pesées moi-même."

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