DÉTERMINATION DU RADICAL
Règle générale et exceptions.
343. En principe, pour les verbes de la conjugaison morte comme pour les autres, le radical s'obtient eu supprimant la désinence de l'infinitif.
Ainsi le radical de partir est part
— tenir ten
— valoir val
— devoir dev
— tendre tend
— vicre viv
344. Toutefois, il y a lieu de faire les remarques suivantes:
a). Plusieurs verbes, tels que tenir, devoir, boire, ont un second radical dont nous parlerons plus loin (§ 347 et suivants). — En outre, certains temps peuvent avoir un radical spécial, comme nous le verrons à propos de chacun d'eux.
CONJUGAISON MORTK. — L 1- RADICAf. 177
b). Le radical du défectif gésir est aujourd'hui gis et mm gés, sauf à l'infinitif. C'est par euphonie que l'é de gésir s'est maintenu, alors que le radical était ou devenait gis ailleurs.
c). Les verbes taire, plaire, faire et presque tous les verbes en eVe ou uire (exceptez rii-e, sourire, bruire (*) et les verbes terminés par crire), avaient leur radical latin terminé par un c (-) qui a produit une s en français devant certaines voyelles, et il en est résulté que le radical, au lieu d'être en ai, i, ui, est en ais, is, uis, ailleurs qu'à l'infinitif et aux temps qui en dérivent.
C'est ainsi que
le radical de
plaire est
plais
Celui de taire
tais, celui de
. faire
fais
dire
dis
lire
lis
confire
confis
suffire
suffis
instruire
instruis
traduire
traduis
conduire
conduis
nuire
nuis
cuire
cuis
luire
luis
etc.
Le radical d'éclore est aussi éclos (sous l'influence du participe passé, car l'origine latine n'explique pas 1'.).
d). Les verbes en crire se terminaient jadis par crivre (écrivre), et ils ont conservé le v final du radical partout ailleurs qu'à l'infinitif et aux temps qui en dérivent: le radical d'mscnre est donc f/iscnf, celui de proscrire: proscriv, etc.
1. Et les défectifs frire, circoncire, occire, pour lesquels la question du radical ne se pose pas.
2. Le radical de lire (légère) était terminé par un g, mais ce verbe a subi l'analogie de dire. C'est aussi en vertu d'une analogie que le radical d'instruire est instruis.
e). Les verbes en aih'e, oitre, étaient jadis en aistre, oistre: le radical se terminait par ais, ois, et le t était simplement une lettre euphonique de liaison entre s et la désinence re. L'ancien radical a persisté devant les voyelles (avec redoublement de Vs pour marquer la prononciation dure de celte lettre), et c'est ainsi que le radical de naître est naiss, celui de paraître: paraiss; celui de croître: croiss, etc.
f). Dans les terminaisons eindre, aindre, oindre, le d ne fait partie ni du radical, ni de la désinence ; c'est, comme le t de connaître, une lettre euphonique qui s'est introduite entre Vn finale du radical et Vr initiale de la désinence re. Ce d occupe la place d'un g latin, qui, devant les voyelles, a mouillé l'n, si bien que le radical complet des verbes en eindre, aindre, oindre se termine par eign, aign, oign. Le radical de peindre est peign, celui <1& plaindre : plaign ; celui de joindre : joign, etc.
C'est aussi un d euphonique que l'on a dans les infinitifs coudre, moudre (jadis cous-d-re, moul-d-re). Le vrai radical de coudre est cous, et celui de moudre : moul.
Dans absoudre (et résoudre, dissoudre), le d occupe la place d'un v latin qui se retrouve dans le radical absolv (forme savante pour absouv).
Les verbes en dre dans lesquels le d ne fait pas partie du radical sont donc ceux en eindre, aindre, oindre (radical eign, aign, oign), moudre (r adica} moul), coud7'e (radical cous) et les verbes en soudre (radical solv).
345. Les particularités signalées dans le § 344 c, d, e, f, quelque importantes qu'elles soient, sont des exceptions. En règle générale le radical, pour les verbes en re comme pour les autres, s'obtient purement et
simplement par la suppression de la désinence. Ainsi :
Rire, radical
ri.
Exclure,
radical exclu.
Vaincre. —
vainc (')
Rompre,
— romp.
Suivre, —
suiv.
Mettre,
— melt.
Vivre, —
Battre,
— batt.
Perdre, —
perd.
Mordre,
— mord.
Torture, —
tord.
Etc.
Ajoutez tous les verbes en andre, ondre, endre (sauf prendre et ses composés, voyez § 346):
Répandre, répand. Répondre, répond.
Entendre, entend. Etc.
346. Le radical de prendre devrait être prend ; mais ce verbe (et par suite ses composés) a subi l'influence de tenir, sur lequel a été calqué le radical pren' ; pren-ons comme ten-ons. Pour le changement de pren en prén, voyez § 348.
Le radical prend s'est maintenu à l'infinitif et aux temps qui en dérivent, et au singulier de l'indicatif présent sous réserve de la chute de la consonne finale. (Voyez §§ 301-363).
Verbes en re.
347. L'ancien infinitif de boire était boivre, auquel se rattache le radical boiv que l'on a dans « ils boivent. » Mais à côté de boiv on a le radical plus fréquent buv (de buvait^ buvons, etc.)
En latin, le radical de ce verbe (bibere) avait partout la même voyelle /. Mais, d'o rès les lois phonétiques, cet i devait aboutir à oi quanu il portait l'accent tonique
I. Devant un /, on a élé obligé de tubstiluer qu au c final ; de là vainquit, et cette orlhographe s'est profiagéc aux formes telles que vainrait, vaincons. On n'a conservé le c que devant la voyelle u (vaincu) pour éviter deux u de suite.
(à l'infinitif, et au singulier ainsi qu'à la troisième personne du pluriel des présents de l'indicatif et du subjonctif); ailleurs il devait produire e. Les anciens radicaux français du verbe étaient donc boiv et bev. L'e de bev s'est changé en u sous l'inlluence des deux consonnes labiales qui l'avoisinaient; c'est de la même façon que femier est devenu fumier.
Le radical ordinaire de boire est donc buv. La forme boiv est ce qu'on appelle le radical tonique : c'est la forme que prend le radical lorsqu'il a l'accent tonique. Ailleurs, l'accent tonique porte sur les "désinences ons, ez, ais, ant, etc.
348. Le radical pre?i' de <> prendre » (§ 346) devient pvèn' écrit prenti dans « ils prennent, que je prenne, etc. » (1). C'est une assimilation partielle avec « ils tiennent, etc. » (§ 353).
349. Le verbe croire avait jadis deux radicaux tout à fait analogues à boiv et bev de « boire. » C'étaient croi et cre. Sous Finfluence du premier, le second est devenu ci'oy (^) (nous croyons, il croyait, croyant). Le radical ordinaire de ce verbe est donc croy et le radical tonique croi comme à l'infinitif.
350. Pour des raisons semblables, les radicaux ordinaires des verbes traire (et ses composés) et bruire sont tray et bruy (^), et les radicaux toniques ; tj'ai et brui. De même, haïr faisait hai et hay; mais ce verbe est devenu inchoatif, sauf au singulier de l'indicatif présent (§ 338).
1. Oa n'a absolument aucune raison pour no pas écrire « ils prènent, que je prèiie »; il n'y a qu'une n dans prenons, prenant.