‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 130 sur 141 · EMPLOI DES TEMPS DU SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

EMPLOI DES TEMPS DU SUBJONCTIF

temps du subjonctif correspond donc à plusieurs temps de l'indicatif, ot cette correspondauce n'est pas tellement évidente qu'on n'ait jamais aucune hésitation. Mais c'est en raison des valeurs particulières de chaque temps du subjonctif que nous employons l'un plutôt que l'autre, et non d'après le temps du verbe principal comme les règles actuelles le laissent croire. Le temps du verbe principal ne commande pas plus celui du subjontif que celui de l'indicatif.

414. Pour régler l'emploi des temps du subjonctif, il suffit d'établir les valeurs exactes de chaque temps. Or ces temps du subjonctif expriment à la fois les idées:

, . , l de présent

Le présent ] ^ , „ ,

^ ^ et de futur ;

r d'imparfait,

L'imparfait | de conditionnel,

( (ou futur dans le passé) ;

[ de passé (défini ou indéfini),

Le parfait j de passé antérieur,

( de futur antérieur ;

, , f ., (de plus-que-parfait,

Le plus-que-paiiait. . . < , ^ ,.,. ^ ,

^ ^ (de conditionnel passe.

Ainsi, outre la valeur qu'indique le nom même de chacun de ces temps, il suffit do retenir que le présent du subjonctif correspond au futur de l'indicatif, l'imparfait au conditionnel dit présent, le parfait au futur antérieur et le plus-que-parfait au conditionnel dit passé (').

1. Sur la possibilité d'exprimer cumulativement le mode subjonctif et la mode conditionnel, voyez ma Grammaire historique, p. iH.

415. Quand on a un doute sur le temps du subjonctif qui convient, il suffit de remplacer le verbe principal par un autre (au même temps) qui ne gouverne pas le subjonctif: on voit alors quel temps de l'indicatif on emploierait dans la proposition subordonnée, et on n'a qu'à mettre le temps du subjonctif correspondant.

Ainsi Molière écrit : « Je ne doute pas qu'il ne prêtât l'oreille à la proposidon. » Cet imparfait du subjonctif est-il correct ? Remplaçons dans la phrase principale je ne doute pas par je sais, il faudrait dire : « Je sais qu'il prêterait l'oreille à la proposition ». Or, c'est l'imparfait du subjonctif qui correspond au conditionnel présent ; par conséquent, il fallait bien « qu'il ne prêtât ».

Appliquons le même procédé au vers d'Héradius :

Et déjà l'empereur a commandé qu'il meure.

En remplaçant a commandé par a décidé, qui ne gouverne pas le subjonctif, nous dirions « a décidé qu'il mourra ». Or, c'est le présent du subjonctif qui correspond au f-utur de l'indicatif. Le vers de Corneille est donc parfaitement correct. 3Iais, dans ce cas, il aurait pu écrire aussi « qu'il mourût », parce que, avec l'indicatif, on aurait le choix entre « qu'il mourra » et « qu'il mourrait » : a décidé qu'il mourra o\^ qu'il mour rait. (Voyez ci-dessous § 418 et suiv.).

416. D'après la loi que nous venons de constater, il est correct de dire: « Je voudrais qu'il vienne » et non « qu'il vint ». En effet, si nous remplaçons je voudrais par je saurais, il faudra « je saurais qu'il vient ou qu'il viendra ». Au xvu* siècle, on disait encore « je saurais

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