Les consonnes-sons du français se classent comme suit
Palatales Df'ii laies Labiales
Explosives
Fortes Douces
Spirantes
Fortes Douces
c dur "S g dur i
ch
s dure
i. Les sons eu élu sonl iiilerinédiaires cnlre é, i, d'une pari, et o,ou de l'autre, ce qu'on représente ainsi :
INnOXSEQUENCES DE I. 0 R TU OG R A P 11 K 5
Ajoutez les deux li(jui(les / et r et les deux nasales n et m.
7. Quant à la consonne lettre x, elle représente une consonne-son double : es ou gz, sauf quand elle s'est substituée à Vs a la fin des mois (Voyez § 40).
Causes générales des inconséquences de notre orthographe.
8. Il serait rationnel, comme la Grammaire de Port- Royal le demandait en 1660 :
a. Que toute figure (que toute lettre dans l'écriture d'un mot) marquât quelque son, c'est-à-dire qu'on n'écrivît rien qu'on ne prononçât ;
b. Qu'un même son ne fût point marqué par des ligures différentes.
Cet idéal est presque complètement réalisé dans l'orthographe des peuples voisins, le peuple anglais excepté. Nous en sommes au contraire très loin. Certains sons, comme le b et le p, s'écrivent toujours par la même lettre, mais il n'en est malheureusement pas ainsi de beaucoup d'autres, tels que c dur et s dure.
9. Il nous arrive souvent d'écrire des lettres que nous ne prononçons pas ou de marquer le môme son par des signes différents [^), et cela, soit par élymologisme, soit par archaïsme; à ces deux causes essentielles vient s'ajouter le désir de différencier des homonymes ou de
1. L"Acadéinie a suppriiré une grande partie des lettres non prononcées qui avaient été introduites dans l'orthographe au xvi= siècle {au\liej ou qui résultaient d'une ancienne prononciation du français [léle au lieu de teste), et qui ne lui paraissaient pas utiles pour distinguer des homonymes. Au contraire, elle a conservé en général les graphies diverses d'un même son, qu'elles fussent étymologiques ou archaïques; les exceptions, c'est-à-dire les graphies qui s'éloignent de l'étymologie {C>i>ime,dti quoinodo • on qui sont purement pliuiiétiques (srnijiej jadis ceiiyte,
rendre semblables des mots de même famille. Aucune de ces raisons n'est bonne.
10. L'étymologisme tend à ce que, par la forme extérieure, par les lettres de l'écriture, un mot français se rapproche le plus possible du mot latin, grec ou de toute autre origine, d'où il a été tiré.
Le latin * taurellmn avait produit le français torcau; on a substitué dans ce mot au à o pour rappeler la graphie latine. Mais les Latins écrivaient au parce qu'ils prononçaient ainsi {aou d'une seule émission de voix) et non o. Le mot français philosophie s'est toujours prononcé par deux f ; mais, comme il a été emprunté au grec, qui avait un p aspiré au lieu d'f, nous l'écrivons avec deux ph.
11. Les Latins écrivaient corpus par un p parce qu'ils faisaient entendre cette consonne ; ils écrivaient fJamma par deux 7/i parce que la nasale était réellement double; nous n'avons plus la même raison d'écrire « corps » et « flamme » . Le verbe latin videre est devenu successivement en français veih'ir, puis veeir, puis veoir (vc-oir), enfm voir ; la di>parilion successive, dans l'orthographejdes lettres d'origine latine qui tombaient de la prononciation, est toute naturelle, et il est regrettable que pour d'autres mots on ait au contraire rétabli artiliciellement dos lettres muettes comme le g de doigt et celui do vingt qui étaient tombes avant même la formation du français. Beaucoup de ces graphies
de cinguluin) viennent le plus souvent de ce que l'origine des mois élait ignorée, inceriaine ou eironée (on ratlachait comme à cum), ou de ce que les latinistes n'avaient pas réussi ù imposer leur fantaisie pour des mois très employés. Mais beaucoup de grapiiies académiques sont arbitraires, contradictoires, et ne peuvent s'expliquer que par le désordre qui a présidé aux difCérunles édiUuiis du Uiclionnairo. — Les lettres parasites qui ont été élaguées de l'orlhograiihe se reuuuveijt souvent dans les noms propies : ainsi Lefetvro, Reyiiau/d, Vau/x en Yeliu, Le Che^iiay, etc.
INCONSÉQUENCKS DK 1,' 0 RT II 0 G U A P II K 7
vicieuses ont été corrigées : on écrit dit et non plus dict (latin dicit), autre et non aultre (latin alterum), agrégé (aggregalum), etc. Il eût fallu aller jusqu'au bout, élaguer toutes les lettres parasites, et simplifier toutes les consonnes redoublées ijuand on n'en prononce qu'une : car ces lettres ne se justifient pas mieux dans un mot que dans l'autre.
12. Les savants et les littérateurs du xvi'' siècle, qui ajoutaient aux mots des lettres mueties ou remplaçaient un c par un qu, avaient au moins la satisfaction pédantesque de montrer qu'ils connaissaient l'origine des mots français (ils se trompaient souvent, d'ailleurs).
Mais aujourd'hui on peut écrire do/gt sans se douter pour cela que le mot vient du latin digitum. L'orthographe dite étymologique n'apprend rien à ceux qui ne savent ni le latin ni le grec, et elle n'éclaire pas davantage ceux qui ont fait des études philologiques ; car ils reconnaîtraient fort bien digitum dans doit, débarrassé du g parasite qui n'a jamais été français, et ils rattachent trente à triginta bien qu'on n'orne pas ce mot du même g que vingt. Souvent même les graphies étymologiques dissimulent l'étymologie. Si nous écrivions frénologie, on verrait mieux la parenlé de ce mot avec frénésie, et si nous écrivions joo/ds sans d, les pseudo-savants ne s'imagineraient pas à tort que le mot vient de pondus.
Les leUres muettes, qui rappi'Uent l'orthographe des Latins ou des Grecs, sont, nous dit-on, les lettres de noblesse de nos vocables : ainsi le^def/o/f//. Mais nous n'écrivons ni froi^d, lùraigde ni trcngte: ces mots n'ont pas de g de noblesse et ne nous paraissent pas plus roturiers. Il est facile de répondre de même à tous les arguments du même ordre ; car il n'est aucune de nos mauvaises graplïies qui n'ait été déjà corrigée dans quelques mots.