‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 41 sur 141 · VOYELLES LABIALES · texte numérisé non relu

VOYELLES LABIALES

E dit muet.

Voyez §§ 26-34.

94. E dit muet s'écrit 07i, par archaïsme, dans monsieur. On a conservé l'orthographe du temps où on prononçait réellement mon.

EU

95. Deux diphtongues de l'ancienne langue, eu et ue (ou oe) ont abouti à la voyelle simple actuelle eu. On l'écrit ordinairement eu, par une tradition qui remonte à l'époque où on prononçait par e-\-u une partie des mots qui contiennent ce son.

96. Dans le verbe cueillir et ses composés et dérivés (et dans écueil, orgueil et autres mots analogues) on avait anciennement la diphtongue ue, et on continue à écrire ainsi parce que, en changeant ue en eu, il eût fallu aussi remplacer la lettre c, qui, devant Ve, prend en graphie française la valeur d'une s. La même difficulté a été tranchée autrement pour le mot cuer;

on a substitué eu à ue, mais en agrémentant Ve initial d'un fragment d'o qui avait l'avantage, aux yeux des étymologistes, de rappeler Yo du latin co}\ On aurait pu appliquer le même système à cueillir et écrire cœmllii\ On ne l'a pas fait, probablement pour éviter d'avoir quatre voyelles de suite (o, e, u, i). L'inconvénient eût été léger; d'ailleurs on aurait pu écrire cœillir, comme œil (voy. ci-dessous).

97. Dans un petit nombre de mots, sans qu'il y eût la même nécessité que pour cœur, on a écrit le son eu par œu, uniquement pour rappeler Yo des mots latins : vœu (votum), nœud (nodum), mœurs (mores), œuf (ovum), bœuf (bovem) ; mais il eût été logique d'écrire aussi nœuf (novum et novem), fœuille (folia), doulœur (dolorem), liœu (locum), famœux (famosum), etc., etc. L'œ avait quelque semblant d'utilité dans vœu, mœurs, sœur, lorsqu'on écrivait veu le participe de voir, meurs le pluriel de l'adjectif mûr, et seur l'adjectif stîr; mais cette raison a disparu depuis qu'on écrit vu, mûr et sûr.

Dans œil (latin oculum), le même son est rendu par œ et non par œu, probablement pour éviter d'avoir ([uatre voyelles de suite. Mais il fallait écrire m<7 comme dans bouvreuil (*bovariolum).

Les différences orthographiques entre cueillir, œuf, neuf et œil sont donc absolument arbitraires.

Il faudrait écrire partout le son eu parce; ou bien encore, ce qui ferait un moindre changement, l'écrire œ (ou œu) après cou g, et partout ailleurs eu.

98. Les diphtongues de l'ancienne langue au (prononcé aou, dans autre par exemple) et eau (prononcé

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