‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 42 sur 141 · LE SON O · texte numérisé non relu

LE SON O

é-a-ou en une seule syllabe) ont abouti au son o, mais on a conservé les anciennes graphies, si bien que pot et peau, qui se prononcent aujourd'hui de même, s'écrivent comme du temps où ils se prononçaient très différemment.

99. Il faut remarquer que la diplitongue au des mots latins est devenue o dès l'origine du français, et s'écrit encore o dans les mots de formation populaire dont l'orthographe n'a pas été refaite .* or (latin aunim), oreille (latin auricula) ('). Mais dans les mots de formation savante on a maintenu Vau du latin ; c'est ainsi qu'on a : {mriculaire à côté ù' oreille, ihcssiuriser à côté de trésor, aurifier malgré or.

Pourquoi orictikiire choquerait-il plus qu'o/eiWe? L'unité de graphie s'imposera tôt ou lard partout où il y a unité de son.

100. Voltaire accorde peu d'importance à la distinction archaïque entre au et eau ; il écrit châtau, potau, tonnau, fardau.

■ Il est certain que la suppression de Ve muet de château est aussi légitime que celle de l'ancien e de veoir, il a veu, peeur, etc.

101. Dans beaucoup de mots d'origine savante, o s'écrit u devant m : album, aquarium, triumvirat, circumnavigation. On a pris ces mois tels qu'ils étaient écrits dans la langue étrangère, en leur donnant la prononciation actuelle du latin, où um reçoit la valeur de om.

11 n'y aurait que des avantages à écrire a/6om (comparez amtf/on, de amijlum, mon de meiiin), circomnavigatiun, etc., en conformant la graphie à notre prononciation du latin. Circomnavigation ne serait pas plus extraordinaire que commencer (cum-ini tiare) et circonstance (circumstantia).

1. On a rétabli au dans taureau, jadis loreau, Paul, jadis Pol, etc. Voy. § 10 et la note du J u.

OU et U.

102. La lettre ii représentait en latin le son ou ; elle a pris sa valeur actuelle parce que, dans la plupart des mots, le son ou latin s'est transformé en notre son u français, que les Latins ne connaissaient pas.

L'ancien français avait une diphtongue ou (prononcée o-f-w), qui s'est réduite à la voyelle simple que nous écrivons aujourd'hui ainsi.

Sur août, voyez § 35.

Sur tu eus et le participe eu, voyez § 34.

Diphtongues 01 et 01 N.

Sur l'origine de la diphtongue oi, voyez § 15.

103. Dans les mots moelle, moellon et poêle, les deux anciennes voyelles o et e se sont contractées en une diphtongue qui est arrivée à se prononcer comme oi. Il en est de même de ou et a dans ouate et de ou et e dans couette.

Il serait log-ique. d'écrire molle, coite, etc. Rien n'indique dans les mots jiolds (pensum), poix (picem), voix (vocem), noix (nucem), les origines différentes de la même diphtongue ol, qui vient de e, de i, de o et de u latins; il n'est pas plus utile de conserver une trace extérieure de l'origine du son oi dans les autres mots.

Nous parlerons, à propos du c dur, de la graphie du son oi dans les mots tels que équateur.

104. Dans quelques mots exotiques le son oin s'écrit ouin : baragouin, bédouin, etc.

11 serait utile d'écrire partout le son oin de la même manière. CONSONNES CONTENANT UNE H.

Sur la consonne h isolée, voyez §§ 22-i2o.

mi et TH.

105. Le son r s'écrit r ou rh, le son / s'écrit / ou /// ; on ajoute une h dans les mots qui, en grec, avaient

CH VALANT C DUR 4o

des consonnes aspirées. Mais la règle n'est pas absolue, car on n'écrit plus tlirésor (Vh a été conservée dans thésauriser), ni thrône, ni catarhacte, Iwmorrhagie (mots de la même famille que diarrhée, rhume el rhumatisme). D'autre part, dans sa dernière édition l'Académie supprime au hasard une h dans les mots qui, d'après l'origine grecque, en avaient deux, comme rhythme et phlhisie. Il est tout à fait singulier, pour ne pas dire plus, d'enlever une h dans rhythme sans enlever l'autre ; car, de deux choses l'une, ou bien il est bon de marquer les aspirations du mot grec, quoiqu'elles ne se fassent pas entendre en français, et alors il faut maintenir les deux //, ou bien il est inutile de noter les aspirations disparues, et alors il faut supprimer Vh aussi bien après le t qu'après l'r.

La Bruyère écrit patélique sans h ei tim {pour thym). Dans Voltaire, on trouve tèse, hibliotèque, apoticaire téologal, téologie, téologien, entousiasme, etc. Corneille écrit or{ograpJie.

11 faudrait supprimer radicalement toute h après r ou (, puisque l'aspiration n'existe pas en français. Pourquoi ne pas écrire Ivàlre sans h comme ircineet /reso/- ? Les Italiens et les Espagnols écrivent tealre, teologia, et s'en trouvent bien.

CH valant C dur.

106. On écrit par ch, au lieu de c dur simple, les mots qui avaient en grec un c aspiré ; mais sous l'influence de l'autre valeur du signe ch dans l'orthographe française (voyez § 119), le ch d'origine grecque a pris parfois le son chuintant : architecte (qu'on a d'abord prononcé arkitecte), chimère, archevêque {k côté de archiépiscopal qui a conservé le son dur), etc. Il en résulte qu'a priori on ne sait jamais, même dans les mots d'origine grecque, si ch doit se prononcer

comme dans chirurgien ou comme dans chiromancie. D'autre part, un certain nombre de mois qui avaient en grec un c aspiré s'écrivent en français par qu, k ou par un c sans h : monarque^ kilo, kyrielle, kyste, mélancolie et colère, caméléon, caractère, carte, corde, école, estomac, mécanique, monacal, pascal, patriarcal. Le c aspiré du verbe grec archein est représenté par ch prononcé dur dans exarchat, par ch prononcé chuintant dans monarchie, par qu dans monarque et par c dans patriarcal l

Voltaire écrit crétien, cristianisme, catécumène, etc. ; Victor Cousin imprime psycologie.

Il serait utile de réserver au ch la valeur française chuintante, et d'écrire par c (et k devant e, i comme dans kilo) les mots qui se prononcent par c dur.

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