Enfin Y s dure devant un i suivi d'une autre
voyelle peut être représentée par un t. Quand nous lisons du latin, par une vieille tradition qui remonte à une déformation très ancienne de la prononciation latine, nous prononçons nassionem le mot écrit nationem. Lorsqu'on a fait un mot français sur nationem, on l'a prononcé nassion, et on l'a écrit par un t comme le mot latin.
Les mots latins qui se terminaient par tionem, cionem, sionem, ssionem se prononçaient de quatre manières différentes ; toutes ces terminaisons ont abouti à une seule terminaison française, sion, que nous écrivons de quatre manières différentes! Remarquez que souvent les graphies sont contradictoires, même au point de vue étymologique : tension et extension sont en contradiction avec prétention (^) et contention, qui sont de la même famille.
132. Dans la conjugaison des verbes on peut avoir, après un vrai /, la terminaison ions : nous notions, nous portions, nous désertions, nous dictions, etc., etc. Il en résulte que îiotions, du verbe noter, prononcé notions, s'écrit comme notions, pluriel du substantif, prononcé nocions. Et cette confusion se produit pour un grand nombre de formes (^).
133. Le / prononcé s peut se trouver devant i suivi d'autres voyelles que on : démocj^atie, prophétie, facétie, balbutie, ineptie, initial, séditieux, confidentiel, partial, satiété, etc. Remarquez cependant qu'on écrit précieux (malgré le latin pretiosum), apprécie, (*pretiat), circonstanciel (malgré circumstancia) et que d'ailleurs tous les substantifs en ence, ance, s'écrivent par un c, bien qu'ils eussent un t en latin (confiden-
1. La Bruyère et Racine écrivent prétension. %. Voyez mon Manuel crorlhographe, page 139,
Le son s Douct 57
lia, providentia, etc.). Pour défendre l'orthographe ineptie, on a allégué qu'elle était conforme à l'orthographe de l'adjectif inepte; mais n'est-il pas déraisonnable de rétablir dans la graphie une identité qui n'existe pas dans la prononciation? Quelle nécessité d'écrire de même ineptie et inepte, quand on écrit confidence avec un c et confidentiel avec un t, malgré leur parenté et cette fois malgré l'identité de prononciation ?
134. On a proposé d'écrire avec un c (malgré le latin) les adjectifs en tiel prononcé ciel et les autres dérivés analogues, toutes les fois qu'il y a un simple terminé par ce : essenciel d'après essence, substanciel d'après substance. Mais cette réforme est insignifiante. Le mieux serait évidemment de remplacer partout le t prononcés par s : extension (et non extention) deviendrait la règle au lieu d'être l'exception,
135. Késumons-nous : en principe, on écrit Vs dure tantôt par s, tantôt par ss, tantôt par se, tantôt par c, tantôt par t, d'après l'origine latine. Mais en latin chacune de ces graphies représentait un son différent ; d'autre part il y a de nombreuses anomalies ; des mots écrits par c ou s, qui avaient t en latin : tension, chanson, précieux, providence, etc.; s au lieu dec: sangle; deux s au lieu d'une: pnessentir ; ss au lieu de 5 c ; vaiseau.
Nous avons conclu par anticipation § 126 in fine. On a pensé à employer c pour représenter le son s entre deux voyelles, parce que, actuellement, le signe s entre deux voyelles a le son ze. Mais on aurait ainsi deux lettres pour un même son. Si on adoptait s pour le son ze, rien ne s'opposerait plus à ce que s devint, comme en latin, le signe unique du son s dure,
S douce.
Nous avons indiqué (§ 126) comment Vs entre deux
voyelles est arrivée à représenter la consonne s douce.
136. Dans les mots tels que onze, douze, le z s'est d'abord prononcé dz, mais depuis longtemps il ne représente plus qu'un ze, c'est-à-dire une s douce (le d étant tombé). C'est aussi la valeur qu'on lui a donnée dans les mots savants tels que zèle, où il correspond à un z latin.
137. Eatre les deux graphies s et z, il faudrait évidemment choisir le z pour représenter partout le son dit de Vs douce. De celte façon le signe s n'aurait plus qu'une seule signification, comme en latin, celle de Y s dite dure. Corneille écrit hazarder; La Bruyère ; carrouzel, embrazemeiit, cizelé; La Fontaine : trézor, trompeuze, aizé, dézir, sufizant, plaizii', loizir, prézent ; Voltaire : mazure, écrazer, lézer, lézine, scandalizé, roze, etc. L'analogie qui justifie la graphie dizaine (d'après douzaine) légitimerait aussi dizième, siziéme, etc., c'est-à-dire la substitution générale de z à s prononcée douce.
L's finale muette des mots, a en liaison le son d's douce. Mais il ne serait pas nécessaire de la remplacer par un z, puisque celte prononciation d's muette en liaison est générale.