LÉ SON S DU RR
11 est tout indiqué de profiter de la lettre ; pour écrire partout d'une manière uniforme le son je : najer (navigarc) ne serait pas plus extraordinaire que joie (gaudia).
DENTALES : T, D, S, Z.
Voyez ce que nous disons, § lOo; de la graphie th. Le son de s'écrit toujours d.
S dure.
125. Les deux graphies principales de s dure sont s devant n'importe quelle voyelle ('), et c devant e, i.
Le c dérivé de c latin devant e ou « a eu d'abord la valeur de ts; pendant longtemps on a prononcé tsent (cent) et il sent. A cette époque il était indispensable d'écrire par des lettres différentes les deux sons différents qui commençaient les mots cent et sent. Mais depuis le xni^ siècle, l'ancien e latin devant e, i, après avoir passé par ts, est tout à fait devenu une s dans tous les mots où il se trouvait; et on écrit par s quelquesuns d'entre eux, tels que sangle, jadis cengle (latin cingulum), dessiller (on a conservé le c dans al), vermisseau (on a conservé le c dans vermicelle). Racine et Voltaire écrivaient masson (* macionem).
126. Comme, d'une part, s redoublée du latin entre deux voyelles s'est réduite à s simple dans la prononciation des mots populaires, et que, d'autre part, s simple, également intervocale, a pris le son de s dite douce (ze), le signe ss est devenu la représentation d'une s dure simple entre deux voyelles, le signe s non redoublé ayant été conservé dans cette situa-
\. Quelques mois qui avaient s en latin ou en vieux français s'écrivent aujourd'hui par c : morceler et morceau (de * morsellum), forcené (proprement a hors du sens ») cercueil (forme populaire du mol a sarcophage », souci (solsequium), sauce (latin saha. Voltaire écrit sausse).
tion pour représenter le nouveau son de s douce. Toutefois, dans un certain nombre de mots composés on écrit par une seule s Vs dure intervocale commençant la seconde partie du mot ; entresol, présupposer, etc. Cette graphie offre des inconvénients; beaucoup de personnes hésitent sur la prononciation de préséance, abasourdi. Il ne serait pas plus extraordinaire d'écrire presséance (comparez pressentir), abassourdi, entressol, que d'écrire dessus, dessous, ressemble.
La graphie ss présente cependant un inconvénient ; comment distinguer ss = s simple et ss représentant réellement s redoublée (dans admissible, missive}^ D'un autre côté, ss après e peut tromper : beaucoup de gens en viennent à prononcer ressemble, ressentiment.
Le mieux serait de consacrer exclusivement le sifjjne s à la représentation de s dure; on ne serait plus obligé de le redoubler entre deux voyelles si, comme on le proposera plus loin, le son dit de Is douce était exprimé partout à l'aide du s. On ne redoublerait plus que Vs qui se prononce réellement double ; voyez ce qui est dit plus haut des consonnes doubles (§§ 64-70).
127. Dans certaines conditions que nous ne pouvons étudier ici, le son ts de l'ancienne langue pouvait se trouver devant un a ou un o ; on l'écrivait par un c, comme devant e, t, malgré la confusion possible avec c dur : chancon, soupçon, commença. On corrigea ces graphies amphibologiques en remplaçant le c de ces mots soit par une s (quand il fut arrivé à se prononcer tout à fait ainsi), soit par un c au-dessous duquel on plaçait un petit signe nommé cédille, soit encore par c suivi d'un e muet : de là chanson, soupçon, commença ou commencea, douceâtre.
La cédille est tellement préférable à \e muet après le c, qu'on ne conçoit pas que l'Académie
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enregistre encore la p;raphie douceâtre au lieu de douçâtre. La distinction g^raphique entre chanson et soupçon est arbitraire, puisque la fin de ces deux mots s'est toujours prononcée de môme en français; on a voulu rappeler le c du mot latin suspicioncm, tandis que la graphie phonétique a été appliquée à chonçon (qui vient de * cantionem). Chanson justifierait l'orthographe commenser' (cum-initiare).
128. L'.s dure est encore exprimée par se dans les mots qui avaient en latin ces deux consonnes : descendre (les Latins prononçaient deskendere), science, susceptible, faisceau, etc. Cependant vaisseau (qui vient de vascellum, comme faisceau de * fascellum) s'écrit par deux s. Le signe se représente souvent deux s prononcées, et, comme toujours, il arrive que des mots de même famille se prononcent les uns par la consonne simple, les autres par la consonne double. Les dictionnaires notent ascendant prononcé par deux s, et descendant par une.
129. Le c de sceau a la prétention de rappeler le g du laiinsigillum! L'homographie de seau (= *sitellum) et du vieux français seau (sigillum) n'offrait aucun inconvénient. L'ancien français sier, de secare (comparez plier de plicai'e) a été aussi changé en sceVr, sans aucune apparence de raison.
130. Le mot latin sexaginta, prononcé secsaginta, est devenu en français seisante, puis soisante ou soissante, le c contenu dans Vx ayant produit Vi français. L'orthographe actuelle soixante, qui a la prétention de mieux rappeler le mot latin, donne à Yx une valeur qu'il n'a jamais eue en latin.
Sur Vs dure de six et dix, voyez § 40.