DU NOM
204. Le nom est un mot qui sert à désigner un être, un objet, un phénomène ou une idée abstraite.
205. Par opposition aux noms dits « communs », les noms propres désignent par eux-mêmes une personne ou une chose déterminée, et non pas seulement une personne ou une chose quelconque d'une espèce déterminée.
Le nom fleuve peut s'appliquer à tous les fleuves. Pour désigner un fleuve en particulier, il faut ajouter à ce nom commun une formule déterminante, ou employer un nom propre : le fleuve « qui sort du lac de Genève » ou « le Rhône ».
206. On a l'habitude d'écrire par une majuscule la lettre initiale des noms propres (^), noms et surnoms (^).
On peut employer des noms propres comme noms communs, dire par exemple en parlant d'un enfant qui a des dispositions extraordinaires pour la musique : « c'est un Mozart. » Il est naturel, dans ces cas, de
1. Un nom commun joint à un adjectif peut constituer un nom propre. Dans ce cas on peut hésiierà mettre la majuscule soit aux deux mots soit à l'un des deux : le Fleuve Rouge, fleuve Kouge, Fleuve rouge.
2. C'est comme surnom qu'on met une majuscule au mot père dans a François I"', le Père des Lettres ».
dOO GRAMMAIP.E RAISONNKK
conserver au nom propre sa majuscule, à moins toutefois que le nom ne soit tout à fait entré dans la langue avec celte acception. On écrira par exemple avec une petite lettre un mentor, un automédon, etc., et il n'y a pas de raison pour ne pas écrire aussi un mécène.
207. Inversement, un nom commun peut avoir la valeur d'un nom propre. Ainsi, lorsqu'on écrit dans un journal que « les agents de change de Paris se sont réunis à la Bourse », le mot Bourse désigne un monument bien déterminé ; c'est à ce titre qu'on l'écrit le plus souvent avec une grande lettre, et non, comme on l'a dit, parce qu'il a ici un sens figuré, car on n'a pas l'habitude de mettre une majuscule à tous les noms employés au figuré. On écrira l'Union j)atriotique du Rhône avec un grand u, parce que c'est le nom propre d'une société.
208. La majuscule a aussi une valeur en quelque sorte « honorifique. » On écrit souvent avec une grande lettre les titres honorifiques, les noms de fonctions, les noms des corps constitués (lors même que la détermination résulte d'un couplément), etc. Il est impossible de fixer des règles à ce sujet. Un pétitionnaire écrira à « Monsieur le Préfet du Rhône », mais les journaux parleront, sans irrévérence, du « préfet du Rhône ». On écrit « cour d'assises » et <( Cour d'assises », etc.
DU nom'tîre
209. Notre pluriel vient de l'accusatif pluriel des masculins et féminins du latin, qui se terminait toujours par une v.
Un certain nombre de noms prennent toutefois, au lieu d's, un x dont nous avons expliqué l'origine (§§ 40 et 41). H n'y a aucune raison pour écrire des
PLiRirr. DES NOMS EN AL lui
tuyaux autrement que des landaus, et des cailloux autrement que des clous.
Pluriel (les noms en al el ail.
210. Tous les noms en al et ail faisaient dans l'ancienne langue leur pluriel en ah, devenu régulièrement ans, dès le douzième siècle, par application d'une loi phonétique (Cf. § 23(3). Et nous disons encore : des travau.r, des chevaux. Mais plusieurs des noms actuels en al et ail restent tels cjuels au pluriel (sauf adjonction du signe du nombre), les uns parce que, étant de création récente, ils ont été soustraits à l'intlucncede la loi phonétique dont nous parlons, les autres parce que, étant surtout employés au singulier, ils ont perdu leur j)luriel qui a été refait sur le singulier. (Voyez § 236). C'est ainsi qu'on dit: des bals, des régals, des chacals, des pals, des camails, des éventails, des rails, des gouvernails, des détails, des épouvantails, des portails. Les botanistes, qui seuls emploient le mot au pluriel ('), disent des ails; l'ancien pluriel est conservé par les dictionnaires qui y ajoutent une / parasite (des aulx) pour éviter la confusion avec l'article aux!
Le mot travail, dans le sens de « machine à maintenir les bêtes vicieuses », s'emploie presque exclusivement au singulier. Aussi la forme du singulier a-t-elle prévalu, et lorsque, par exception, on met le mot au pluriel, on ajoute simplement \'s : des travails.
Cette distinction, entre le pluriel en aux et le pluriel en als, ails, est une difficulté; mais c'est une difliculté de langue et non d'orthographe, et on ne peut que la constater.
1. Dan^ le langage ordinaire, on remplace le pluriel par la forme parlilive: de l'ail.
i02 GRAMMAIRK RAISONNÉE
Pluî'iel des noms oeil, aïeul, ciel.
211. Les noms en el, eul et euil, faisaient jadis leur pluriel en eus. Mais, comme ils étaient employés beaucoup plus souvent au singulier, la forme du pluriel s'est perdue, et on a refait un pluriel sur le singulier : des hôtels, des filleuls, des bouvreuils. (Voyez § ^36).
Toutefois, les mots œil, aïeul, ciel, dont le pluriel était très usité (celui de ciel dans le langage de la piété), ont conservé leur vieille forme: des yeux{^), les aieux, les cieux.
Les mots bisaïeul, aieul au sens précis de grandpère, ciel et œil dans quelques locutions composées (ciel de lit, œil-de-bœuf, œil-de-perdrix), s'emploient surtout au singulier; aussi a-t-on perdu l'usage du pluriel en eus, et on dit au pluriel, avec la forme du singulier: bisaieuls, aieuls, ciels de lit, œils-de-bœuf, œils-de-perdrix.
En outre, le mot ciel ne s'emploie souvent au pluriel que pour désigner l'ensemble de la voûte céleste ou le paradis; c'est seulement dans l'un ou l'autre de ces sens que le pluriel archaïque cieux est usité. Si l'on parle du ciel d'un pays, d'un tableau, quand on a l'occasion (rare) de mettre le mot au pluriel, on lui coiisf^rve la forme du singulier : ciel, dans ces derniers sens, suit la loi des autres mots en el: des ciels comme des fiels, des hôtels.
Pluriel des noms d'origine étrangère.