On dit « nous sommes entrés chacun de notre
côté, vous êtes entrés chacun de votre côté, vous l'avez
fait chacun pour vous », en faisant accorder l'adjectif
possessif ou le pronom régime avec le sujet. Il est aussi
i. On ne dirait pas : « Aucuns monstres ne m'ont fait peur ». Mais il suffit que le verbe au pluriel soit suffisamment éloigné d'aucun* pour rendre le pluriel possible:
Aucuns monstres, par moi domptés jusqu'aujourd'hui, ^'0 m'ont acquis le droit de faillir comme lui.
(Kaci.nb;.
ADJECTIFS ET PRONOMS INDÉFINIS 1o9
correct de dire, quand le sujet est de la troisième personne : « ils sont entrés chacun de leur côté ». Mais l'usage s'est établi de dire aussi : « Us sont entrés chacun de son côté », parce qu'ici il y a accord avec le sujet sinon en nom!)re, du moins en personne. Au contraire, on ne pourrait dire : « vous êtes entrés chacun de son côté », parce qu'il n'y aurait plus aucun accord avec le sujet.
Même.
307. Même est adjectif et s'accorde sans contestation possible quand il a le sens du latin idem : « les mêmes hommes ».
Partout ailleurs il est devenu adverbe; on prescrit cependant d'écrire eux-mêmes avec un3 s, parce qu'ici, même est l'équivalent de l'adjectif latin ipse. Mais équivalence n'est pas identité; l'idée que les Litins rendaient par un adjectif, nous la rendons aujourd'hui par un adverbe, qu'aucune considération n'oblige à rendre variable. D'ailleurs même a exactement la même valeur dans « mes amis même » (latin ipsi) que dans « eux même ». et l'accord n'est pas plus logique dans le second cas que dans le premier. Il faut conclure à l'invariabilité de même quand il n'a pas le sens de « le même. •> L'exception de « nous-mêmes, vous-mêmes, eux-mêmes, elles-mêmes » se trouverait supprimée.
Toutefois, comme notre langue fait souvent varier les adverbes de la même manière que les adjectifs (§ 250), on pourrait tolérer l'accord dans tous les cas où l'ana'ogie nous pousse instinctivement à le faire, c'est-à-dire lorsque même suit le nom, le pronom ou l'adjectif auquel il s'applique, sans aucune distinction.
Quelque.
308. Quelque, au sens de un certain ou un certain nombre de, est adjeclif et doit s'accorder : « quelques livres ».
309. Quelque, au sens de « combien », est adverbe; mais puisque les adverbes* ne sont pas nécessairement invariables (§ 250), il n'y a pas de raison pour interdire Vs du pluriel « lorsque l'adjectif qui suit quelque n'est pas accompagné d'un nom et est lui-même suivi d'un verbe au subjonctif, et lorsque quelque est suivi d'un adjectif et d'un nom formant ensemble un seul et même qualificatif et qu'il est construit avec le verbe êtreW » En vertu de cette règle, on écrit sans s « quelque braves soldais qu'ils soient, quelque méchants qu'ils soient. »
Us ne serait pas plus extraordinaire dans quelques méchants qu'ils soient que dans quelques belles raisons que vous donniez. Sans doute, le mot quelque n'a pas exactement la même valeur dans les deux cas, ayant conservé dans le second une partie de sa valeur adjective; mais la nuance de sens résulte de la nature de la phrase et ne saurait être marquf'e par le petit jeu de 1'^. Quelque, au sens de combien, est devenu adverbe devant un adjectif, mais il ne l'est pas plus que tout , et lorsqu'on dit « toutes méchantes qu'elles soient », on peut bien écrire (( quelques méchantes qu'elles soient. »
Il n'y aurait lieu d'interdire Y s que devant les adjectifs qui commencent par une voyelle, parce qu'on ne prononce pas « quelque-s heureux qu'ils soient, quelqiie-s aimables compliments qu'on leur ait faits ». Toutefois, Corneille a écrit ;
Et n'oser de ses feux
Quelques ardenta qu'ils soient, se promettre autant qu'eux.
ADjT-CTii's i:t puon'oms indéfinis Ifil
Tout.
310. L'adverbe tout s'accorde avec l'adjectif singulier devant lequel il est placé, comme le prouve « toute belle » et. autres expressions semblables, et il n'y a aucune raison de ne pas écrire aussi « toute heureuse ». Il est vraiment puéril de distinguer « la maison tout (entièrement) en feu » et « la maison toute (entière) on feu ». Ce n'est pas l'euphonie qui nous fait dire toute belle : « tout belle » n'est choquant que par suite de l'habitude prise de faire accorder tout; au point de vue euphonique, cette locution n'est pas plus dure que « tout beau ».
Au pluriel, l'adjectif tout prenant un sens spécial très différent du sens adverbial (qui se rattache au singulier) (*), « ils sont tous heureux » serait amphibologique s'il était admis que l'adverbe tout s'accorde au pluriel comme au singulier. Il serait donc utile que tout adverbe fût toujours invariable devant un pluriel; mais le singulier toute belle a entraîné le pluriel toutes belles, malgré l'équivoque possible : « elles sont toutes belles » peut signifier « elles sont entièrement belles » ou « toutes sont belles ».
Concluons que l'adverbe tout peut toujours s'accorder au singuher et doit rester invariable au pluriel excepté devant un mot féminin commençant par une consonne; cette exception est regretlable, mais c'est un fait de langue et non un fait d'orthographe. On ne peut le réformer.