‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 96 sur 141 · ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET · texte numérisé non relu

ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET

312. En principe, lorsque deux sujets au singulier sont unis par la conjonction ou, le verbe doit toujours pouvoir se mettre au singulier ; car, quelle que soit la nuance de sens exprimée par ou, ce mot par lui-même, étant opposé à et, implique l'idée d'une action d'un seul sujet à la fois.

Mais le pluriel peut se justifier aussi et dans tous les cas. Lorsqu'on veut dire que c'est tantôt nu, tantôt l'autre des sujets qui agit, l'action successive de plusieurs peut raisonnablement être marquée par le pluriel

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comme l'action simultanée : « La peur ou le besoin font tous ses mouvements», a dit Buffon. On pourrait sul)stituer et à ou en marquant par un adverbe l'idée de non-simultanéité : « La peur et le besoin font tour à tour ses mouvements. » Lorsque c'est l'un à l'exclusion de l'autre qui fait l'action ou subit l'étal, le pluriel est moins logique ; mais on dit « nous serons condamnés, vous ou moi; ils seront condamnés, l'un ou l'autre. » De là à dire « l'un ou l'autre seront condamnés », il n'y a qu'un pas ('). Remarquez d'ailleurs que le cas est le même dans « ni l'un ni l'autre ne seront condamnés. » (Cf. § 314). Voyez aussi § 3io.

313. On met le verbe au pluriel sans hésiter quand on dit : « Pierre et Paul sont venus. » Il semble tout naturel de dire aussi : « l'un et l'autre sont venus », et non « l'un et l'autre est venu. » Cependant l'Académie autorise les deux nombres. On explique le singulier en paraphrasant « l'un est venu et l'autre aussi », mais on peut interpréter de même : « Pierre est venu et Paul aussi. » D'où vient donc le traitement spécial de la locution « l'un et l'autre » ? Est-ce parce que, dans cette locution, un et autre peuvent être adjectifs et ([ue la langue répugne à mettre au pluriel le substantif auquel ils se rapportent : l'un et l'autre général (et non : l'un et l'autre généraux). Mais il en est de môme avec tous les adjectifs : « le grand et le petit journal, le premier et le second cheval » (Cf. § 24oj, et le singulier du substantif n'empêche pas de mettre obligatoirement le verbe au pluriel : « le premier et le dernier travail de la journée sont les plus lassants ». Si l'on peut mettre

1. Toutefois, s'il y avait exclusion absolue de l'un des deux, le pluriel ne serait pas possible. On ne dirait pas « l'un ou l'autre stront élus pape. »

le verbe au singulier après Twn et l'autre, c'est que cette locution implique l'idée de l'un aussi bien que l'autre; la conjonclion et n'est pas simplement copulative comme dans « Pierre et Paul ». Nous sommes à peu près dans les conditions du § 316. Mais c'est encore le pluriel qui est, de beaucoup, le plus enqjloyé.

314. Après deux sujets du singulier séparés par ni (ni Pierre, ni Paul ; ni l'un, ni l'autre), il serait logique de mettre toujours le verbe au singulier. Mais on dit forcément : « nous ne serons appelés ni vous ni moi ; ils ne seront approuvés, ni l'un ni l'autre » ; et on en est venu tout naturellement à dire : « ni l'un ni l'autre ne seront approuvés. » (Comparez l'un ou l'autre, § 312). Ainsi s'explique la règle académique de mettre indifféremment le singulier ou le pluriel après « ni l'un ni l'autre. »

Même règle avec plusieurs sujets précédés d'aucun : « aucun homme, aucune femme ne s'y montrèrent ou ne s'y montra. »

315. Lorsque l'un ou l'autre, ni l'un ni l'autre sont suivis d'un complément, l'idée qui reste dans l'esprit c'est l'un d'une part et aucun de l'autre, et le verbe se met au singulier : « L'un ou l'autre de nous sera choisi. Ni l'une ni l'autre de ces hypothèses n'est vraisemblable. »

316. Lorsque plusieurs sujets, dont le premier est au singulier, sont réunis par la conjonclion comme ou une locution équivalente, le véritable sujet est le premier substantif, et le verbe se met au singulier : « Jacques, comme son père et son oncle, est puissamment riche. »

Toutefois, avec ainsi que (et bien plus rarement avec comme), lorsque l'idée de conjonclion prévaut sur l'idée

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