ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET
de comparaison, lorsque « ainsi que » équivaut à et, on met le verbe au pluriel :
Vofre père en mourant, ainsi que votre mcrc, Vous laissèrent de biens une somme légère.
(Regnard).
317. De même qu'un adjectif peut s'accorder seulement avec l'un des noms auxquels il se rapporte (§ 24o), un verbe peut s'accorder seulement avec l'un de ses sujets, surtout lorsqu'il est à un temps où la troisième personne du singulier se prononce comme la troisième du pluriel, et lorsque les sujets ne sont pas réunis par la conjonction.
Pour que cet accord partiel soit justifié, il faut que l'un des sujets résume en quelque sorte les autres, grâce à une synonymie plus ou moins approximative (') ou à une gradation plus ou moins formelle, ou bien que l'idée se porte principalement sur ce sujet. Voici des exemples de l'un et l'autre cas, empruntés à M. Bastin :
Premier cas. (Synonymie ou gradation) : La sagesse et la piété du souverain peut faire toute seule le bonheur de ses sujets (Massillon). — Celui à qui appartient la gloire^ la majesté et l'indépendance (Bossuet). — Ces beautés immortelles montrent une innocence, une modestie, une simplicité qui charme (Fénelon). — Une couronne de chêne ou de laurier, une statue, un éloge était à Laccdémone... une récompense immense (Montesquieu). — Un mot, une douceur, un retour, une caresse, une teniresse, me désarme et me guérit en un moment (M™^ de Sévigné). — Tout plaisir, tout repos par là m'est arraché (Molière).
1. 11 sullU que les substantifs expriment des idées de même ordre.
Deuxième cas. (Insistance sur l'un des sujetsj : Non seulement les règles de la syntaxe, mais encore Vortkographe des mots pouvait se modifiei- (Abbéd'Olivet). — La naissance, la vertu, le mérite même de la guerre, quelque brillant qu'il soit, ne sauve pas un homme de la foule dans laquelle il est confondu (Montesquieu),
318. Lorsque le sujet se compose de plusieurs substantifs précédés de chaque, et ne rentre dans aucun des deux cas ci-dessus indiqués, le verbe peut encore se mettre au singulier ou au pluriel : au singulier puisque l'action est faite par chaque personne ou chaque chose en particulier ; au pluriel puisqu'on parle de plusieurs personnes ou de plusieurs choses. On écrira donc : « chaque homme et chaque femme portait ou portaient une cocarde. »
319. Lorsqu'on parle d'un nombre plus ou moins grand de personnes ou de choses, le nom collectif qui désigne ce nombre peut être au singulier ; mais la tendance de la langue est de ne considérer que l'idée de pluralité et de mettre au pluriel le verbe dont le nom collectif singulier est le sujet. Cette tendance a complètement prévahi pour un certain nombre de locutions collectives {la plupart de, beaucoup de, bien des, etc.) ; avec les autres on peOt encore employer le singulier, mais il ne faut chercher dans le choix du nombre aucune distinction d'idées. Il est faux qu'après la moitié, le tiers, etc., le singulier marque la quantité précise, le pluriel une quantité approximative, et (ju'il faille dire « le quart des hommes a péri » s'il y en a exactement un quart, et « le quart des hommes ont péri » si on ne les a pas comptés. Lorsqu'on veut marquer cette nuance il faut l'exprimer formellement; en