CONJUGAISON MORTE
on n'a qu'à se reporter à ce que nous avons dît de chaque temps ; ainsi mourir, qui est parfaitement régulier, avec le jeu de son double radical, sauf au participe passé.
412. Au point de vue pratique, lorsqu'on fait conjuguer aux élèves un verbe de la conjugaison morte, nous croyons qu'il est bon de leur faire indiquer en tête du verbe le ou les radicaux et les particularités ou irrégularités possibles, par exemple :
Servir
Radical serv (ser au singulier de l'indicatif présent). Prétérit en ts\ participe passé en t.
Boire
Radical buv (radical tonique boiv, hoi à l'infinitif et au singulier de l'indicatif présent).
Prétérit intensif (*) en us, participe passé en u.
Écrire.
Radical écriv {ecri à l'infinitif, au participe passé et au singulier de l'indicatif présent).
Prétérit en is, participe passé en /.
Vivre.
• Radical viv {vi au singulier de l'indicatif présent).
i . Nous appelons prétérits intensifs ceux dont la désinence se substitue à une partie du radical.
Prétérit en us (radical irrégulier véc), participe passé en u (même radical).
Faire.
Radical fais {fai à Tinfinitif, au participe passé et au singulier de l'indicatif présent).
Prétérit intensif en w, participe passé en t.
IrréguUarités : futur ferai, subjonctif fasse, indicatif présent ; vous faites, ils font.
Partir.
Radical part (par au singulier de l'indicatif présent).
Mourir.
Radical mour (radical tonique meur).
Futur : mourrai.
Prétérit en us, participe passé irrégulier : mort.
Croire.
Radical croy (radical tonique croi).
Prétérit intensif en t^, participe passé intensif en u.
Etc.
413. Les règles pour remploi des temps du subjonctif sont compliquées. Cependant, lorsque le verbe principal gouverne l'indicatif au lieu de gouverner le 8ub« jonctif, on n'est pas embarrassé pour le choix du temps. D'où vient la différence ? Cest que le subjonctif n'a que quatre temps, alors que l'indicatif en a dix, en comptant les futurs dans le passé (§§ 324n325). Chacun des
temps du subjonctif correspond donc à plusieurs temps de rindicatif, et cette correspondance n'est pas tellement évidente qu'on n'ait jamais aucune hésitation. Mais c'est en raison des valeurs particulières de chaque temps du subjonctif que nous employons l'un plutôt que l'autre, et non d'après le temps du verbe principal comme les règles actuelles le laissent croire. Le temps du verbe principal ne commande pas plus celui du subjontif que celui de l'indicatif.
414. Pour régler l'emploi des temps du subjonctif, il suffit d'établir les valeurs exactes de chaque temps. Or ces temps du subjonctif expriment à la fois les idées :
l de présent ^ P"^^"» î et de futur;
d'imparfait,
L'imparfait. | de conditionnel,
(ou futur dans le passé) ;
de passé (défini ou indéfini),
Le parfait. j de passé antérieur,
de futur antérieur ;
-, ... (de plus-que-parfait,
Le plus-que-parfait. . . ? , ^ .,. , *r ^ ^ ( (Je conditionnel passe.
Ainsi, outre la valeur qu'indique le nom- même de chacun de ces temps, il suffit de retenir que le présent du subjonctif correspond au futur de l'indicatif, l'imparfait au conditionnel dit présent, le parfait au futur antérieur et le plus-que-parfait au conditionnel dit passé (*).
1. Sar la possibilité d'exprimer cumnlatiYeineQt le mode subjonctif et la mode conditionnel, voyez ma Grammaire historique, p. 144.
415. Quand on a un doute sur le temps du subjonctif qui convient, il suffit de remplacer le verbe principal par un autre (au naême temps) qui ne gouverne pas le subjonctif; on voit alors quel temps de Findicatif on emploierait dans la proposition subordonnée, et on n'a 'qu'à mettre le temps du subjonctif correspondant.
Ainsi Molière écrit : t Je ne doute pas qu'il ne prêtât l'oreille à la proposidoo. » Cet imparfait du subjonctif est-îl correcl ? Remplaçons dans la phrase principale je ne doute pas par je saiSj il faudrait dire : « Je sais qu'il prêterait l'oreille à la proposition ». Or, c'est l'imparfait du subjonctif qui correspond au conditionnel présent ; par conséquent, il fallait bien « qu'il ne prêtât ».
Appliquons le même procédé au vers à'Héraclius :
Et déjà Teroperear a commandé qu^il meure*
En remplaçant a commandé par a décîdéy qui ne gouverne pas le subjonctif, nous dirions « a décidé qu'il mourra ». Or, c'est le présent du subjonctif qui correspond au futur de l'indicatif. Le vers de Corneille est donc parfaitement correct. Mais, dans ce cas, il aurait pu écrire aussi a qu'il mourût », parce que, avec l'indicatif, on aurait le choix entre « qu'il mourra » et « qu'il mourrait » : a décidé qu'il mourra ou qu'il mour . rait, (Voyez ci-dessous § 418 et suiv.).
416. D après la loi que nous venons de constater, il est correct de dire: « Je voudrais qu'il vienne » et non « qu'il vint ». En effet, si nous remplaçons je voudrais par je saurais, il faudra « je saurais qu'il vient ou qu'il viendra ». Au xvii* siècle, on disait encore « je saurais
qu'il viendrait (*) », et dès lors il était logique de dire « je voudrais qu'il vint »•
417. La langue française est en train de perdre rimparfait du subjonctif, et, du même coup, le plusque-parfait, qui contient un auxiliaire à l'imparfait. Quand cette évolution sera accomplie, il n'y aura plus, au subjonctif, que deux temps pour correspondre aux dix temps de l'indicatif. Déjà, dans la langue courante, on remplace constamment l'imparfait du subjonctif par le présent, et le plus-que-parfait par le parfait.
417 bis. Ce n'est pas le défaut d'euphonie qui rend peu agréables les formes telles que « je menasse, nous aimassions, vous chantassiez >>, car un grand nombre de mots nous offrent, sans nous choquer, des consonnances semblables : embrasse, menace, compassion, cour de cassation, embrassiez, cuirassier, etc. « Je prisse », en soi, n'est pas moins euphonique qu'un lis. Les formes de l'imparfait du subjonctif nous déplaisent, non comme sons, mais en tant que formes verbales très peu employées ; c'est ainsi que nous sommes également choqués par « des chevals » et « des régaux », bien qu'aucune de ces formes ne soit dure à l'oreille, comme le prouvent « des chevaux » et « des régals. »
A ceux qui seraient tentés de nier le discrédit de rimparfait du subjonctif, la meilleure preuve à en fournir est de faire remarquer qu'il est devenu désagréable à entendre. S'il disparaît, c'est qu'en somme il n'est guère utile. Le présent du subjonctif équivaut déjà à un futur; il peut équivaloir à un imparfait et à un futur dans le passé sans plus d'inconvénient. « Je voulais qu'il vienne le lendemain » est aussi clair que « je
i , Molière : « Je dirais hautement que tu en aurai» menti », etc.
voulais qu'il vînt. » La langue française ne perdra aucune de ses qualités à cette réduction des temps du subjonctif, mais les grammairiens et les écrivains perdent leur peine à vouloir Tempêcher.