V, XV
I.Les sons eu etu sont intermédiaires entre é, i, d'une part, et o^oude l'autre, ce qu'on représente ainsi :
a ^ew, e, « \o, d, ou
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Ajoutez les deux liquides / et r et les deux, nasales n et m.
7. Quant à la consonne lettre x, elle représente une consonne-son double : es ou gz, sauf quand elle s'est substituée à Vs à la fin des mots (Voyez § 40).
Causes générales des inconséquences de notre orthographe.
8. Il serait rationnel, comme la Grammaire de Port- Royal le demandait en 4660 :
a. Que toute figure (que toute lettre dans l'écriture d'un mot) marquât quelque son, c'est-à-dire qu'on n'écrivît rien qu'on ne prononçât ;
b. Qu'un même son ne fût point marqué par des figures différentes.
Cet idéal est presque complètement réalisé dans l'orthographe des peuples voisins, le peuple anglais excepté. Nous en sommes au contraire très loin. Certains sons, comme le b et le p, s'écrivent toujours par la même lettre, mais il n'en est malheureusement pas ainsi de beaucoup d'autres, tels que c dur et s dure.
9. Il jjous arrive souvent d'écrire des lettres que nous ne prononçons pas ou de marquer le même son par des signes différents (*), et cela, soit par étymologisme, soit par archaïsme ; à ces deux causes essentielles vient s'ajouter le désir de différencier des homonymes ou de
i. L'Académie a supprirré une grande partie des lettres non prononcées qui avaient été introduites dans l'orthographe au xvi« siècle (auUre) ou qui résultaient d'une ancienne prononciation du français {tête au lieu de teste), et qui ne lui paraissaient pas utiles pour distinguer des homonymes. Au contraire, elle a conservé en général les graphies diverses d'un môme son, qu'elles fussent étymologiques ou archaïques; les exceptions, c'est-à-dire les graphies qui s'éloignent de Tétymologie (comme, de quomodo) ou qui sont purement phonétiques {aangle, jadis eengle.
rendre semblables des mots de même famille. Aucune de ces raisons n'est bonne.
10. L'étymologisme tend à ce que, par la forme extérieure, par les lettres de récriture, un mot français se rapproche le plus possible du mot latin, grec ou de toute autre origine, d'où il a été tiré.
Le latia * taurellum avait produit le français toreau; on a substitué dans ce mot au.k o pour rappeler la graphie latine. Mais les Latins écrivaient au parce qu'ils prononçaient ainsi (aou d'une seule émission de voix) et non o. Le mot français philosophie s'est toujours prononcé par deux f; mais, comme il a été emprunté au grec, qui avait un p aspiré au lieu d'f, nous l'écrivons avec deux ph.
11. Les Latins écrivaient corpus par un p parce qu'ils faisaient entendre cette consonne ; ils écrivaient flamma par deux m parce que la nasale était réellement double; nous n'avons plus la même raison d'écrire « corps » et « flamme » . Le verbe latin videre est devenu successivement en français veddr, puis veeir^ puis veoir (ve-oir), enfin voir ; la di>parition successive, dans rorthographe,des lettres d'origine latine qui tombaient de la prononciation, est toute naturelle, et il estregrettablc que pour d'autres mots on ait au contraire rétabli artificiellement des lettres muettes comme le g de doigt et celui de vingt qui étaient tombés avant même la formation du français. Beaucoup de ces graphies
decingulum) viennent le plus souvent de ce que l'origine des mots élait ignorée, incertaine ou errunée (on raltachait comme à cum), ou de ce que les latinisles n'avaient pas réussi à imposer leur fantaisie pour des mots très employés. Mais i^eaucoup de graphies académiques sont arbitraires, contradictoires, et ne peuvent s'expliquer quo par le désordre qui a présidé aux différentes éditions du Dictionnaire. — Les lettres parasites qui ont été élaguées de l'orthographe se reiiouvent souvent dans les noms propres : ainsi Lefefrvre, Regnau/d, Vau/x en Velin, Le Che^nay, etc.
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vicieuses ont été corrigées : on écrit dit et non plus dict (latin didt), autre et non aultre (latin alterum), agrégé (aggregatum), etc. Il eût fallu aller jusqu'au bout, élaguer toutes les lettres parasites, et simplifier toutes les consonnes redoublées quand on n'en prononce qu'une : car ces lettres ne se justifient pas mieux dans un mot que dans Tautre.
12. Les savants et les littérateurs du xvi® siècle, qui ajoutaient aux mots des lettres muettes ou remplaçaient un c par un qu, avaient au moins la satisfaction pédantcsque de montrer qu'ils connaissaient l'origine des mots français (ils se trompaient souvent, d'ailleurs).
Mais aujourd'hui on peut écrire doigt sans se douter pour cela que le mot vient du latin digitum. L'orthographe dite étymologique n'apprend rien à ceux qui ne savent ni le latin ni le grec, et elle n'éclaire pas davantage ceux qui ont fait des études philologiques ; car ils reconnaîtraient fort bien digitum dans doit^ débarrassé du g parasite qui n'a jamais été français, et ils rattachent trente à triginta bien qu'on n'orne pas ce mot du même g que vingt. Souvent même les graphies étymologiques dissimulent l'étymologie. Si nous écrivions frénologie, on verrait mieux la parenté de ce mot avec frénésie, et si nous écrivions poids sans c/, les pseudo-savants ne s'imagineraient pas à tort que le mot vient de pondus .
Les lettres muettes, qui rappellent Torthographe des Latins ou des Grecs, sont, nous dit-on, les lettres de noblesse de nos vocables : ainsi le ^dedot^^. Mais nous n'écrivons ni /roi^d, ni raigde ni trengte: ces mots n'ont pas de g de noblesse et ne nous paraissent pas plus roturiers. Il est facile de répondre de même à tous les arguments du môme ordre ; car il n*est aucune de nos mauvaises graphies qui n'ait été déjà corrigée dans quelques mots.