AUTRES CONSONNES FINALES MUETTES
44. Dans les mots d'origine savante, les consonnes finales muettes rappellent simplement une lettre du mot étranger d'où le mot français a été tiré. Elles se prononcent parfois en liaison et peuvent se retrouver dans les dérivés.
45. Dans beaucoup de mots d'origine populaire la consonne firjale, dérivée du latin, a été prononcée tard en vieux français; elle s'est conservée par tradition dans l'orthographe et se fait parfois entendre en liaison. Il y a toutefois des anomalies. Les mots pied, nœud, nid, nu, vœu, neveu, bonté, et autres semblables, avaient perdu, dès la fin du xi® siècle, la dentale qu'ils avaient héritée du latin (elle était tombée parce qu'elle n'était pas appuyée par une autre consonne), et pendant tout le moyen âge ils se sont écrits sans consonne finale. Il n'y avait aucune raison de rétablir cette lettre dans pîied (*), nœud et nid, en gardant la bonne orthographe pour les autres mots (*). Ce d ne se fait jamais entendre en liaison.
1 . La prononciation « pié-t-à-terre b résullo d'une liaison analogique et m 86 rattache en aucune façon au d du latin.
2. On voit que c'est le d latin qui a éié rétabli ; toutefois on n'a pas écrit mtd (nudum), ou du moins cette graphie n'a pas prévalu, probablement à cause du féminin nue. Si le t n'a pas eu le même succè» que le d, c'est probablement parce qu'il aurait fallu changer l'orthographe d'un trop grand nombre de mots, terminés notamment en té (latin 'tatem, -tatum).
46. Quand les consonnes douces du latin se sont maintenues, dans Tancien français, à la fin des mots, elles se sont changées en les fortes correspondantes. Ainsi le d du latin quando est devenu ^, et nous prononçons encore « quan-t-il arriva ». L'ancien français écrivait quant sans distinguer graphiquement cette conjonction de lad verbe quant (a).
On écrivait de même grant (nous prononçons gran-timbécile et non gran-d'imbècilé), chaut, froit, lonc, sanc, etc. (*). On a rétabli partout la consonne douce, telle qu'elle se trouve dans les féminins et dans les dérivés : grande, longue, sanguinaire, etc. C'est comme si on écrivait f ranch à cause de franche et de franchise.
47. On a conservé sans raison dans seing, poing et coing le g qu'on a supprimé à la fin de malin, témoin, soin et loin quand a disparu la mouillure qu'on retrouve dans malignité, témoigner, soigner, éloigner.
48. C'est à tort qu'on substitue n'importe quelle autre consonne au t qui doit toujours terminer les troisièmes personnes du singulier de l'indicatif présent en dehors de la première conjugaison. L'origine latine, l'ancienne prononciation et la prononciation actuelle en liaison (*) exigent un t. Même au point de vue pratique, on a tout intérêt à assimiler quand il y a lieu par l'orthographe (comme elles le sont en réalité par l'histoire de la langue) les différentes conjugaisons autres que la première etl'iuchoative. (Voy. §§360-362).