CONSONNES DOUBLES
ils doivent aboutir. La différence entre une consonne double et une consonne simple est d'ailleurs peu sensible: il y a des personnes qui ne redoublent jamais les consonnes en parlant, et on s'en aperçoit à peine. Le remplacement inverse d'une consonne simple par une double (par exemple si l'on prononce les deux l de collège) choque bien davantage.
65. Il y a deux cas de redoublement de consonnes dans l'écriture qui s'expliquent d'une manière toute spéciale : le redoublement d'une consonne quelconque après un e, et le redoublement des nasales après une voyelle quelconque.
66. Avant l'époque, relativement récente, où l'on a songé à utiliser les accents, rien n'indiquait dans l'écriture si e devait se lire é (ou e) ou e. Toutefois, on savait qu'e n'a jamais le son labial, le son de Ye dit muet, quand il est suivi de deux consonnes ; de là, quand il n'y avait qu'une consonne, l'idée de la redoubler graphiquement pour marquer que Ve qui précédait n'était pas un e muet. On continua à écrire apeler avec une l (malgré les deux l d'appellare), mais on écrivait volontiers il apelle au lieu de il apele,
67. Quand on commença à utiliser les accents, on eut deux moyens à son service pour marquer la prononciation de Ve, et on employait l'un ou l'autre en écrivant indifféremment lutèle ou tutelle, discrète ou discre(/e, etc. Plus tard, au moment où on voulut fixer l'orthographe, on adopta pour chacun de ces mots soit l'une, soit l'autre des graphies, un peu au hasard. On choisit en général le redoublement de la consonne quand il y avait deux consonnes en laiin (les Latins en prononçaient deux), et la consonne simple quand le latin n'en avait qu'une, mais il y a des exceptions :
tutelle (malgré tutela), chandelle (malgré candela), échelle (malgré scala). Quant aux verbes en eler, comme nécessairement on ne mettait qu'une l à l'infinitif malgré les deux du latin (ellare), il y avait là un bon motif pour n'en mettre qu'une aussi dans les autres formes. Il est regrettable que Ton ait partagé sans raison ces verbes en deux catégories, les uns qui redoublent la consonne quant Vè est ouvert, les autres qui la gardent simple en prenant un accent sur Yè.
11 va de soi qu'il vaudrait mieux, daus tous les mots, marquer toujours l'é ouvert d'un accent, et ne le faire suivre que d'une seule consonne quand on n'en prononce qu'une : chandèle (comme chandélier), tutèle (comme tulélalre)^ querèle^ noisèle (comme noi&e^ lier), etc.
68. 11 y a eu un moment, dans l'histoire de la langue française, où toutes les voyelles se sont nasalisées quand elles étaient suivies d'une consonne nasale (qui, devant une voyelle, continuait à se prononcer indépendamment) : on a prononcé bon-ne, paysan-ne, an-née (*), couron-ne, hon-me, ce qu'on indiquait en redoublant la nasale. Puis la voyelle s'est dénasalisée, mais on a conservé l'orthographe avec double nasale, et ici l'archaïsme l'a emporté le plus souvent sur l'étymologisme, puisqu'on écrit bonne, couronne^ etc., malgré Yn unique de 6ana, corona. Toutefois, dans un certain nombre de mots, particulièrement d'origine savante, la consonne s'écrit simple, et il en résulte des anomalies étranges comme honorer, honorable k côté d'honneur; donation, donataire à côté de donner; sono7*e k côté de sonner, sonnerie ; homme et bonhomie, etc.
1. C'est encore la prononcialion provinciale du mot année dans une partie de la France.
VOYELLES NASALES 3i
69. En dehors des cas que nous venons de signaler, les consonnes redoublées de l'orlhographe actuelle correspondent ordinairement à des consonnes redoublées du latin (mais on ne saurait trop répéter que les Latins les prononçaient ainsi). Il y a encore bien des anomalies : imbécillité avec deux l et imbécile avec une; battre, abattoir d'une part et abatis, abatagedeYsLUlve ; égoutier avec un seul t malgré sa parenté avec égoutter ; chatte à côté de rate; carotte, malgré le latin carola; apercevoir à côté d'apparaîfre(*), etc., etc.
La simplification des consonnes doubles dans tous les mots où on les prononce simples est une des réformes les plus importantes que l'on puisse réaliser.
Orthographes variées d'un même son.