A NASAL
çait à l'origine è-^'. La préposition etTadverbe en (latin in et inde)y que nous prononçons an, se sont jadis prononcés e'-n. Vè (issu d'un e ou d'un i bref latin) est aujourd'hui nasalisé sous forme d'à nasal (*) ; mais, dans les mots dont nous parlons, on a continué à l'écrire par e : en, vent, parent, etc.
74. En principe, le son an s'écrit donc en quand il se trouve dans un mot qui, en latin, avait un e ou un i et non un a. Mais il y a de notables exceptions. Ainsi, en vertu d'une assimilation qui remonte à l'origine de la langue, nous écrivons par un a tous les participes présents (et leurs dérivés), même ceux qui en latin se terminaient par entem : plaisant (placentem) et plaisance, répondant (respondentem), voulant (volentem), etc., etc. Mais les participes latins en entem et les dérivés de ces participes, qui ont été introduits en français isolément, c'est-à-dire sans les verbes dont ils dépendaient, s'écrivent généralement par en (*) ; latent, occident, péniient, pénitence, urgent, urgence, providence, incident, etc.
75. Parfois le verbe existe en français avec son participe écrit par an, mais le dérivé et même le participe employé adjectivement ou substantivement s'écrivent par en comme en latin : ainsi existence^ négligent et négligence à côté du participe négligeant, président et présidence, différent et différence, etc. Si on voulait établir une distinction graphique entre le participe et l'adjectif, il eût fallu écrire aussi plaisent (placen/em), suffisent (sufficien/em), affligent, prétendent, lorsque
i . Excepté après un i comme dans vient, rien ; voyez $ 79.
2 Exceptez intendant (inlendenlem) et intendance, a,8cendant (ascendentem) et quelques autres; « ascendant » a été influencé par « descendant. »
ces mots sont employés comme adjectifs ou substantifs. Mais cette distinction est déraisonnable : noire participe différant et notre adjectif différent^ qui se rattachent Tun et Tautre au latin diffèrentem, devraient s'écrire Tun comme l'autre, car il n'y a là en réalité qu'un seul mot avec des emplois divers. Rien ne justifie non plus la double graphie pour les substantifs en ence, ance ; il n'est pas sensé d'écrire conférence (conferentia) aiutremeniqa' assistance (assistentia),
76. Certains des adjectifs ou substantifs en ent dont nous venons de parler ont un i avant la terminaison ent prononcée ant ; or, partout ailleurs ien se prononce non pas ian mais ièn (iin), attendu que dans les formes d'origine populaire ê précédé d'un i s'est nasalisé en en. Il en résulte que le groupe de lettres ien a une valeur dans lien, retient, contient et une autre dans quotient, patient ; comparez encore efficient et ancien^ expédient^ ingrédient et gardien, oHent et galérien, etc.
77. En dehors même des participes et de leurs dérivés, l'orthographe actuelle écrit plus d'une fois par an des mois qui avaient en latin un e ou un i : sangle, jadis cengie (latin dngulum), langue (latin lingua), dans (de-intus), la. préposition sans, jajdis sens (latin sine), vendange (vindemia). Si nous consultons les manuscrits ou les éditions originales de nos classiques, nous trouverons souvent an dans les mots que nous écrivons par en. Corneille, Fénelon, La Bruyère, Racine, Voltaire écrivent avanture (malgré le latin adventura) et vanger (latin vindicare ; comparez revancAe, qui est delà même famille). La Bruyère écrit soupante, paranthése. M"*® de Sévigné a des adverbes en mant et comancer, entandre, contante, tandresse, confidance, etc., etc.
On trouve chez Bossuet : atantat, cepandant, con-
È NASAL 3o
tanter, cantantement^ contantj atantif, alantion^assambler, atandre, tandresse, pancher^ commancer.
Si on généralisait Ja substitution de an à en prononcé an, les formes telles que couvent, expédierUf seraient nécessairement des formes verbales (elles couvent, ils expédient), et ne se confondraient plus avec les substantifs couvent, expédient (*), qui s'écriraient couvant, expédiant. On conserverait en dans les mots oti il sonne vraiment en (in) : appendice, benjoin, pensum, examen,
II est bien évident qne la seule graphie raisonnable de Va nasal est an.
Sur Ye nasalisé devenu a, voyez § 83.
E nasaL
78. Vi do l'ancienne langue française, en se nasalisant, est devenu è nasal ; il en est de même des anciennes diphtongues ai et ei, et comme on a conservé l'orthographe du temps où on prononçait réellement i-n\ ai'n\ ei-n% il en résulte que Vè nasal s'écrit aujourd'hui in, ain ou e/n. Pin, pain et peint s'écrivent, comme ils se prononçaient jadis, de trois façons différentes.
79. Nous venons de voir que Vè s'est nasalisé sous forme d'à nasal, excepté, avons-nous dit, quand il était précédé d'un i, auquel cas il s'est nasalisé en è nasal: chien, rien, vient, mien, etc.; ajoutez : après é on u dans lycéen, Eduen, C'est seulement dans ces mofs que Yè nasal a une graphie logique. (Voyez § 76.)
1. On compte n adjectifs ou substantifs en ent qui peuvent ainsi .'C confondre avec des formes verbales. Voyez Didot, Obiervations sur l'irthoffraphe, f* édition, p. 72.
36 GUAMMAIRE RAISONNER
Dans un certain nombre de mots savants, le nasal non précédé d'i s'écrit aussi en : agenda, pensum, etc.
Si on voulait adopter une graphie unique pour le son é nasal, ce n'est ni ain, ni in, ni ein quMl faudrait clioiBir. Car si, par exemple, Tadjeclif plein écrit par et représente du moins une ancienne prononciation du mot, pUn ne répondrait ni à la prononciation actuelle ni à Fancienne ; la graphie rationnelle serait plèn (féminin plène). Mais d'autres réformes sont pins urgentes.
80. Dans le» mots d'origine grecque on trouve le son en écrit yn. On a cependant timbre par un i à côté de tympan par y. (Sur Teraploi de Vy, voyez §§ 89-93.)
nasal et EU nasaL
81. Vo nasal s'écrit correctement on, sauf dans quelques mots d'origine exotique ou savante, comme punch, lumbago.
Il serait très naturel d'écrire lonbago, ponch ; comparez amidon qui vient de amylum,
82. L'uen se nasalisantest devenu eunasal, eton continue à écrire un comme lorsqu'on prononçait un u suivi d'n. C'est un hasard si le même son s'écrit eun dans à jeun ; la graphie de ce mot s'explique non par une tendance phonétique, mais par l'ancienne prononciation je-un.