‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 36 sur 139 · É OU E · texte numérisé non relu

É OU E

84. La plupart des mots qui s'écrivent par ai ou ei se sont jadis prononcés par a-|-y (comme dans l'interjection aïe/) et è+y. On a conservé l'orthographe de ce temps, bien que les deux diphtongues se soient réduites à è,

85. Les mots clair, pair, aile, se sont toujours prononcés en français par é on è ei s'écrivaient autrefois cler, pei\ èle. On a changé leur graphie pour rappeler davantage les mots latin clarum, parem, ala, ce qui était inutile et de plus illogique, car alors il eût fallu écrire mair pour mer (latin mare), amair pour

amer (latin amarum), naif pour nef (latin navem), chantair pour chanter (latin cantare), etc., etc.

86. L'ancienne diphtongue ai est devenue généralement dans la prononciation un è ouvert bref (è) ou long (é) (*). Toutefois, on est arrivé à prononcer par é fermé la première personne du prétérit de la première conjugaison, je chantai, et du futur, je chanterai, vraisemblablement pour éviter une confusion avec Timparrait je chantais, et avec le conditionnel je chanterais. Quelques autres mots en ai se prononcent aussi par é fermé, comme gai, quai,

87. 11 faut aussi remarquer que dans les dérivés et dans la conjugaison, le son é (qu'il s'écrive é ou ai) se change en é ou reste é, quand il cesse d'êlre tonique, d'après la nature de la voyelle tonique qui suit: on prononce énie (aime), émé (aimé) et émant (aimant), têtu (malgré l'orthographe tétv) vêtu (malgré l'orthographe vêtu),

88. Le son é s'écrit encore œ dans un certain nombre de mots d'origine grecque qui avaient la diphtongue oi: œcuménique, cesaphage. Il en résulte que notre orthographe donne à œ une double valeur : é dans les mots que nous venons de citer, eu dans œil. Économie (grec oiconomia) s'écrit cependant par é, et c'est aussi un é qui correspond à la diphtongue grecque ai dans orthopédie (orthopaideia).

Écuménique, apposeraient aussi naturels qu'économie, ortho^ pédie.

Voyelle I,

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