IV PRÉFACE
ce qui l'intéresse. Son objet étant précisément de constater que tout change sans cesse, que les phénomènes réputés aujourd'hui les plus grossièrement fautifs seront proclamés demain les seuls légitimes, que l'analogie de sons, de formes, de sens, de constructions, travaille incessamment àreformer d'après des affinités nouvelles les groupes qu'elle avait créés, elle est absolument fermée à l'idée de correction. Il n'en saurait être de même de l'art, qui a pour objet non la constatation mais l'enseignement, pour but non la connaissance des faits mais leur utilisation dans une certaine vue. Une langue est un instrument de communication entre ceux qui s'en servent, et, quand on s'en sert « correctement », on est d'une part plus sûr d'être compris, et d'autre part on jouit d'une estime qui augmente la valeur sociale. Une « faute de français », une « faute d'orthographe » même, disqualifient ; il faut donc les éviter, il faut parler et écrire « correctement » . Mais qui décidera de la correction? Pour la prononciation, il n'y a pas d'autoritéétablie : l'Académie française, dont c'aurait été sans doute le devoir, n'a jamais donné d'orthoépie; la seule règle est de parler comme on parle à Paris dans la bonne société (dont les acteurs du Théâtre-Français sont, surtout aux yeux des étrangers, les représentants attitrés) ; c'est une affaire de pratique et d'exercice. Aussi l'orthoépie