PRÉFACE V
change -t-elle insensiblement, mais constamment, [' comme toutes les choses humaines livrées à elles-
mêmes : en dépit des efforts désespérés de Litlré, il est aujourd'hui aussi « incorrect » de prononcer fillsj bouillon avec une / mouillée qu'il l'était, il y a cent ans, de prononcer /îj/e, bouyon^ comme nous faisons aujourd'hui. La morphologie n'offre guère, depuis deux siècles, de variations que celles qu'amènent les changements de prononciation ; aussi les vieux paradigmes de nos grammaires peuventils sans grand inconvénient subsister à peu près intacts. La syntaxe a été codifiée par les grammairiens, parfois avec une pédanterie ou une subtilité fâcheuses, et contrairement à l'usage des écrivains qu'on regarde comme classiques, mais en général avec le meilleur esprit philosophique et dans l'intérêt de la clarté, première nécessité du langage, condition indispensable de la construction de phrases un peu compliquées. Elle est toutefois, en tant qu'art, encore en formation, et ne s'édifiera que sur une étude raisonnée de la façon dont l'ont maniée les bons auteurs et du sens où il est désirable qu'elle soit dirigée. Mais l'orthographe est réglementée ; seule de toutes les parties de la grammaire, celle-là est fixée par une autorité officielle. L'Académie française, qui n'a jamais donné la grammaire^ la Rhétorique et la Poétique qu'elle avait promises, a été obligée de