‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 46 sur 139 · LE SON S DURE · texte numérisé non relu

LE SON S DURE

Il est tout indiqué de profiter de la lettre ; pour écrire partout d*une manière uniforme le son je : najer (navigare) ne serait pas plus extraordinaire que joie (gaudia).

DENTALES l T, D, S, Z.

Voyez ce que nous disons, § lOo^ de la graphie th. Le son de s'écrit toujours d,

S dure.

125. Les deux graphies principales de s dure sont s devant n'importe quelle voyelle (*), et c devant e, t.

Le c dérivé de c latin devant eou îsl eu d abord la valeur de ts; pendant longtemps on a prononcé tserU (cent) et il seni. A cette époque il était indispensable d'écrire par des lettres différentes les deux sons différents qui commençaient les mots cent et sent. Mais depuis le xni* siècle, Tancien e latin devant e, i, après avoir passé par ts, est tout à fait devenu une s dans tous les mots où il se trouvait; et on écrit par s quelquesuns d'entre eux, tels que sangle, jadis cengle (latin cingulum), dessiller (on a conservé le c dans cil), vermisseau (on a conservé le c dans vermicelle). Racine et Voltaire écrivaient massan (* madonem).

126. Comme, d'une part, s redoublée du latin entre deux voyelles s'est réduite à s simple dans la prononciation des mots populaires, et que, d*autre part, s simple, également intervocale, a pris le son de s dite douce (ze), le signe ss est devenu la représentation d'une s dure simple entre deux voyelles, le signe s non redoublé ayant été conservé dans cette situa-

i. Quelques mots qui avaient s en latin ou en vieux français s'écrivent aujoard'iiui par c : moroeler et morceau (de * moneUum), forcené (proprement < hors du «ens ») cercueil (forme populaire du mot < «arcophage », souci (solsequium), iouce (latin «o/sa. Voltaire écrit smtsse).

tîon pour représenter le nouveau son de s douce. Toutefois, dans un certain nombre de mots composés on écrit par une seule s Vs dure intervocale commençant la seconde partie du mot : entresol, présupposer, etc. Cette graphie offre des inconvénients ; beaucoup de personnes hésitent sur la prononciation de préséance, abasourdi. Il ne serait pas plus extraordinaire d'écrire presséance (comparez pressentir), abassourdi, entressol, que d'écrire dessus, dessous, ressemble.

La graphie ss présente cependant un inconvénient : comment distinguer ss = s simple et ss représentant réellement s redoublée (dans admissible, missive)^ D'un autre côté, ss après e peut tromper : beaucoup de gens en viennent à prononcer ressemble, ressentiment.

Le mieux serait de consacrer exclusivement le signe s à la représentation de s dure; on ne serait plus obligé de le redoubler entre deux voyelles si, comme on le proposera plus loin^ le son dit de Is douce était exprimé partout à Taide du z. On ne redoublerait plus que 1*5 qui se prononce réellement double ; voyez ce qui est dit plus haut des consonnes doubles (§§ 64-70).

127. Dans certaines conditions que nous ne pouvons étudier ici, le son ts de l'ancienne langue pouvait se trouver devant un a ou un o ; on l'écrivait par un c, comme devant e, i, malgré la confusion possible avec c dur : chancon, soupçon, commença. On corrigea ces graphies amphibologiques en remplaçant le c de ces mots soit par une s (quand il fut arrivé à se prononcer tout à fait ainsi), soit par un c au-dessous duquel on plaçait un petit signe nommé cédille, soit encore par c suivi d'un e muet : de là chanson, soupçon, commença ou commencea, douceâtre.

La cédille est tellement préférable à Ye muet après le c, qu'on ne conçoit pas que l'Académie

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