‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 6 sur 139 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

donner une orthographe par le fait même qu'elle a donné un Dictionnaire. Cette orthographe, établie d'après les habitudes générales des imprimeurs du xvn* siècle, a été quelque peu modifiée au XVIII® et au xix**; mais, en somme, elle repose toujours sur la tradition et non sur l'étude de la prononciation vivante et des meilleures manières de la noter. Heureux d'avoir ici une base solide, les grammairiens ont fait de presque toute la grammaire (sauf la syntaxe) « l'art d'appliquer l'orthographe de l'Académie. » C'est là la définition qu'il faudrait en bonne raison substituer à celle qu'ils mettent en tête de leurs livres. Écrire, pour eux, signifie essentiellement « noter les phonèmes identiques différemment, ou identiquement les phonèmes différents d'après l'usage académique. » Et comme cet usage, conformément à son origine, est plein de contradictions, d'incohérences et d'incertitudes, nos grammaires sont dans leur plus grande partie un recueil de dogmes incompréhensibles auxquels il faut aveuglément se soumettre, de recettes mécaniques qu'il faut apprendre par cœur, de distinctions purement graphiques, d'exceptions aussi peu motivées que les règles. C'est à ingérer ce fatras, plus embrouillé cent fois et plus nuisible à la formation d'un droit entendement que toutes les gloses juridiques du moyen âge, que se passent les plus

Page 1