‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 63 sur 139 · SUPPRESSION DE I/ARTICLE · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DE I/ARTICLE

(c'est Tétat présent), a en Tair » parce que Tobjet air est coDsidéré comme seul de son espèce. Mais en implique à ce point aujourd'hui Tellipse de Tarticle, que généralement, lorsque le nom doit être précédé d'un article, cette préposition est remplacée par dans : en bateau f mais dans le bateau ou dans un bateau. (^).

192. — Sans est aussi employé sans article (sauf toujours le cas de détermination) : « il est sans force, il est parti sans chapeau, on ne peut vivre sans pain. »

Dans ce dernier exemple, c'est-à-dire lorsque sans équivaut à une proposition conditionnelle telle que « si on n'avait pas », on peut déterminer le substantif comme il est dit § 184 : « Sans le pain on ne pourrait vivi'e. »

Sans, construit avec un verbe, entraîne même le nonemploi de Tarticle après le de partitif qui suit : « sans faire de bruit, sans qu'il donne d'argent. » Toutefois, la langue populaire réagit ici et dit couramment : Cl sans faire du bruit, sans donner de Z'argent comptant. » Par une contradiction bizarre, le dernier exemple est seul autorisé dans les grammaires, parce que le substantif est accompagné d'un adjectif qui suit (C'est une confusion avec la règle du § 186). Cf. § 187.)

193. Après la préposition de, le nom pris au sens général s'emploie également sans article dans la plupart des cas (de nuit, changer de robe, etc., etc.) notamment lorsque de est entre deux noms : une feuille d'arbre, une partie de plaisir, etc. (Cf. §§ 187 et 188).

La même remarque s'applique à à entre deux noms ;

i. Lorsqu'on dit < en une nuit, en tina fois, etc., » un est le nom de nombre et non l'article indéfini.

ces prépositions forment ainsi des locutions, et les locutions sont les gardiennes des vieux usages, tandis que les mots isolés évoluent plus librement. Il faut noter une tendance de la langue à placer larticle après à, par une sorte d'attraction, lorsque le premier nom est luimême déterminé : on dira « le marché au blé » mais « un verre à bière ». Quand, dans une expression de ce genre, on emploie beaucoup plus souvent la forme avec article que Tautre, il peut arriver qu'elle l'emporte plus ou moins complètement sur l'autre, et que, même avec l'article indéfini devant le premier nom, on maintienne l'article défini devant le second, ou vice versa. On a pu dire à l'origine : « le marché au blé » et « un marché à blé ». Mais, comme on a beaucoup plus d'occasions de parler du marché au que d*un marché a, on est arrivé à dire aussi : « un marché au ». Inversement, comme on a dit plus souvent « un verre à » que « le verre au », on a fini par dire toujours verre à, même lorsque « verre » est précédé de l'article défini : le verre à bière. « La soupe aux choux » a entraîné « une soupe aux choux » au lieu de une soupe à choux, et « un chapeau à plumes r> : a le chapeau à plumes » au lieu de le chapeau aux plumes. On a généralisé instinctivement, et c'est ainsi que dans les noms de plats, composés de deux substantifs réunis par la préposition à, l'article se met toujours devant le second, et que dans les noms de vêtements, semblablement formés, le second substantif s'emploie toujours sans article. — On dit toujours saris article après à : moulin à vent y machine à vapeur(^); parce que ces expressions sont beau-

1. TaDdit qu*on dit : « cette machine marche à la vapeur et par application de la loi du f 184.

l'article devant les noms propres 9i

coup plus souvent précédées de Tarticle un que de l'article fe.

Suppression de Tarticle devant les noms

propres.

l^ Noms de personnes, de villes, d'acciderUs géographiques.

194. Un nom propre est déterminé par ce fait môme qu'il est un nom propre, spécial à une chose ou à une personne. La tendance de la langue est d'indiquer cette détermination , comme toujours , par l'article. Toutefois, les catégories de noms propres contenant un très grand nombre de noms ont naturellement mieux résisté que les autres à cette tendance et conservé l'usage latin. C'est ainsi que les noms de personnes (sauf, bien entendu, quand ils sont initialement formés avec l'article : Le Hérissé) (*) et les noms de villes (sauf ceux qui sont formés avec l'article : Le Havre) s'emploient encore sans article, contrairement aux noms de pays, de fleuves, de montagnes. On dit : Bossuet, Racine, Dumas, Paris, Londres, mais la France, ^Angleterre, les Alpes, le Rhin. On ne met l'article devant les noms de personnes ou de villes que s'il s'ajoute une autre détermination à celle qui résulte de Ja propriété du nom ; le Paris du xvii* siècle^ le grand Bossuet. Quand on donne un nom, emprunté ou non aux langues indigènes, à un fleuve, à une montagne nouvellement découverts ou encore innommés, on ne manque jamais de lui préposer l'article : le Pérou, le Mexique, le Sénégal, le Congo, la Colombie, le Mississipi, etc.

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