‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 64 sur 139 · Les noms de cours d'eau, de montagnes, s'em · texte numérisé non relu

Les noms de cours d'eau, de montagnes, s'em

i. En italien, les noms de famille n'ont pas résisté à la tendance, et c'est sous une influence italienne que nous disons Le Poiutin,

ploient toujours avec Tarticle. Toutefois, Ja locution archaïque « eau de Seine » s'est maintenue, mais on dit aussi « eau de la Seine » ; on supprime aussi Tarticle, devant les noms de cours d'eau, dans les noms de lieux tels que ; Bar-sur-Aube ^ Pont-sur- Yonne, Nogent-sur-Seine, Chalon-sur-Saône. Pont-d'Ain. « Pontde-la-BeauronnCy Razac-sur-VIsle, etc. » sont des expressions plus récentes.

2<* Noms de pays.

196. La plupart des anciens noms de pays étaient féminins : l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, l'Egypte, la Macédoine, la Phrygie, la Cappadoce, la Perse, la Bretagne, la Provence, la Gaule (*) ; et beaucoup de noms moins anciens ou récents, formés ou non sur le modèle de ceux-ci, ont le même genre : la France, l'Allemagne, la Lorraine, la Bourgogne, l'Autriche, la Suisse, l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suède, la Norvège, la Hongrie, la Bavière, la Saxe, la Silésie, la Pologne, la Russie, la Sibérie, la Crimée, la Chine, l'Amérique, TOcéanie, la Bolivie, la Colombie, la Tunisie, etc.

Ceux de ces noms qui sont antérieurs à la diffusion de l'article, s'étant jadis employés sans article, comme en latin, ont conservé cette particularité dans certaines locutions : en Italie, roi de Perse, beurra de Bretagne, etc. Il est naturel que les autres noms féminins de pays soient traités de même par imitation : en Colombie, république de Bolivie, vins d'Algérie (*).

1. Les exceptions se comptent : on dit le Pont, mais ce mot est un nom commun masculin qu'on a transformé en nom propre. Péloponèse était féminin en grec et en latin.

2. A moins que Tarticle fasse corps avec le nom comme dans La Plata, La Jamaïque,

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197. Parmi les noms de pays masculins antérieurs à l'époque moderne, les plus nombreux sont des noms de provincos ou de petits pays, formés par des adjectifs ou des locutions adjectives, avec ellipse du nom qui signifie pays : le Forez « Forensis pagus » est le pays de Feuriî, le Colentin « Gonstantinus pagus » est le pays de Coutances, le Languedoc est le (pays de) langue-d'oc (^). En raison de cette formation, ces noms ont normalement l'article, qui se place toujours en français devant les adjectifs pris substantivement, comme marque de leur nouvel emploi, et il semble qu'ils devraient le maintenir partout, et de même, par analogie, les autres noms masculins de pays.

Mais ceux de ces noms (les noms européens) qui sont antérieurs à l'époque moderne ont subi partiellement rintluence des féminins, et on a dit « en Languedoc » comme « en Guyenne », « comte de Périgord » comme « duc de Bourgogne », et de même « roi de Pont » comme « roi de Bithynie ». Toutefois, dans les locutions analogues oii le nom de pays est précédé de la préposition de, mais se trouve uni moins étroitement au mot qui précède, les masculins ont repris leur indépendance, et on a des oppositions telles que : monts du Forez, et monts de Bretagne, truffes du Périgord et cidre de Normandie.

198. Quant aux noms masculins plus modernes (ceux des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique) ('), ils ont échappé presque complètement à l'analogie des fémi-

^. Sans doute la Burgundia (d'où Bourgogne) est le pays desBurgondes, mais le mot Burgundia n'a jamais été un adjectif, il est formé par l'adjonction d*un feuffixe, et non par la juxtaposition d'un adjectif et d'un nom.

2. .Tous les noms anciens d'Asie et d'Afrique sont féminins. Voy. toutefois la note 1 du § <i96.

nins et ne perdent pas Tarticle : (*) empereur du Brésil et non de Brésil, république du Meocique, de l'Uruguay et non de Mexique, d'Uruguay (*). Comme la langue répugne à dire en le, sauf dans quelques expressions cousacrées, on emploie devant ces noms au qui en est Féquivalent (voy.§§ 181 et 191) ; né au Japon, voyage au Chili, au Pérou, au Canada, au Maroc, au Sénégal, au Congo, au Tibet, au Tonkin, au Dahomey.

Quand le nom masculin singulier commence par une voyelle, il faudrait dire à V : voyage à l'Ui^uguay, à r Afghanistan. Mais à n'a pris la valeur de dans (un pays) (') que sous la forme où il se contracle avec Tarticle: au. Il faut donc ici remplacer à par une autre préposition, soit dans suivi de l'article, soit en sans article par analogie avec l'usage suivi pour les noms féminins : dans l'Afghanistan^ en Afghanistan,

On ne dirait pas : <x il est né dans le Chili » au lieu de au Chili. Mais quand il s'agit du nom d'un pays dont on ne parle pas couramment, on hésite entre en, au et dans le : « en, au ou dans le Béloutchistan. »

199. Les noms de déparlements, qui ont été soumis à une règle précise et qui ne flottent pas, comme souvent les autres noms de pays, entre des analogies contradictoires, gardent toujours 1 article même s'ils sont féminins (*) :

i. lien est de môme des quelques noms féminins, très rares, qui s'emploient au pluriel : les Indes, les Antilles. « Indes » au pluriel n'est pas ancien.

2. On dit royaume de Siam, de Cambodge, république de Venezuela, parce que Siam, Cambodge et Venezuela (petite Venise) sont des noms de villes ; mais le Siam, le Cambodge, au sens de « le royaume de Siam, de Cambodge », le Venezuela au sens de a le pays de Venezuela » gardent toujours l'article : a il est allé au Venezuela, au Cambodge. »

3. Devant les noms de villes, à s'emploie couramment avec cette valeur : c à Paris, à la Rochelle. »

h. Toutefois, «fontaine de Vaucluse » a entraîné «département de Vaucluse,

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OQ dit donc dans la Dordogne^ dans la Creuse, et, par raison d'uniformité, dans le Rhône (et non au Rhône). Il y a cependant une petite exception : avec des noms tels que Saône et Loirey on est obligé, en principe, d'employer une périphrase et de dire « le département de Saône et Loire », puisque « la Saône et Loire » offre une antinomie entre l'article singulier et le nom pluriel (*). Mais il serait trop long d'employer toujours la périphrase; après dans et de on supprime simplement tout article devant Saône et Loire et les noms semblables (et on remplace dans par en, qui est traditionnel devant les noms de pays sans article) : en Saône et Loire, le préfet de Seine et Oise.

200. Restent à déterminer avec plus de précision les cas où s'emploient sans article : 1^ les noms féminins de pays quelconques et les noms masculins de pays européens ; 2^ les noms féminins seuls.

Il importe de remarquer tout d'abord que, même dans ces cas, si, à la détermination qui résulte de la propriété du nom (§ 194) il s'en ajoute une autre plus spéciale, l'article reparaît : « les grandes villes de France » mais a les grandes villes de la France du Nord », « il voyage en Afrique » mais « il voyage dans V Afrique centrale. »

201. Nous savons que la préposition en et souvent la préposition de lient intimement le mot qui les précède avec le nom qui les suit ou forment locution avec ce nom, et qu'alors l'article ne s'est pas introduit devant le nom, s'il est pris dans le sens général. Si c'est un nom de pays qui ne soit pas accompagné d'une déter-

\ On dit < le Loir et Cher », parce que U a Tavantage de s'accorder & la fois avec le premier nom et avec l*idée de département.

minatioD spéciale, on comprend qu'il se soit aussi maintenu sans article. C'est pourquoi les noms anciens ou assimilés aux anciens, c'est-à-^ire tous les féminins, et, parmi les masculins, les noms d^Europe (§ 197) s'emploient sans article :

a) après en :

En Europe, en Afrique, en Angleterre, en Ecosse, en Chine, en Colombie, en Bretagne, en Bourgogne, en Saxe, en Sibérie.

En Portugal, en Limousin, en Danemark, en Hanovre, en Wurtemberg, en Berry, en Dauphiné.

Si on remplaçait en par dans, il faudrait mettre l'article. On emploie presque toujours en avec les noms de pays très usités, et plutôt dans le ou la avec les autres. Si aujourd'hui on dit exclusivement « dans l'Inde », il faut l'attribuer à une raison d'eupbonie. On ne dit pas a en Marche », parce que l'article ne peut s'omettre dans « la Marche », cette expression comportant l'ellipse d'un adjectif détermiuatif (la marche Limousine) •

b) après de, quand on désigne le mode de gouvernement, le souverain, une grande institution du pays, une guerre faite dans le pays.

Le royaume, la reine, la cour, le parlement d'Angleterre ; la diète de Bohême, l'Institut de France, le schah de Perse, l'empereur de Chine (*), la république de Bolivie (*); le comté, lecomte de Bretagne ('), les guerres d'Italie, la campagne de France.

i. On a dit cependant «l'empereur de la Chine», en maintenant l'article probablement sous l'influence du nom du pays voisin, le Japon^ qui, en sa qualité de nom masculin non européen, ne le perdait jamais.

2. L'usage s'est établi d'employer l'adjectif pour désigner la république de France : la République Française.

3. Mais on ne dit pas plus « le comte de Marche» qu'on ne dit «en Marche » et pour la même raison.

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Le royaume, le roi de Portugal ; le comté, le comte de Périgord (*) ; le duché, la duchesse de Berry ; le duché, le duc d'Anjou (■) ; le royaume, le roi de Hanovre, la campagne de Hanovre.

Ce sont là autant de locutions, qui ne doivent pas être rompues par Tintroductiou d'un élément étranger. UArt de vérifier les dates imprime « les comtes de Forez » mais « les comtes amovibles du Forez. »

202. Les noms féminins de pays, mais les féminins seuls (voy. § 197 in fine), s'emploient encore sans arlicles après de (') :

1° Quand on parle de la carie du pays, de ses montagnes, de ses rivières, de ses productions, des roules qui y mènent ou qui le traversent :

Carte de France, d'Afrique ; monts de Moravie, do Bohême, monts d'Auvergne, de Bretagne, plateau de Lorraine, plaines et collines de Normandie, plaines de Champagne, côtes de Bretagne ; cidre de Normandie, volaille de Bresse, thé de Chine, porcelaine de Chine (*), de Saxe, verres de Bohême, routes d'Italie, route de Bretagne, et par extension aux moyens modernes de locomotion, ligne de Bretagne {^).

i. On ne dit pas a le comté d'Angoumois, le vicomte de Limousin», mais on ne dit pas non plus < le comté de TAngoumois»; ici le titre féodal se tire du nom de la capitale : comté d'Angouléme, vicomte de Limoges.

s . On dit cependant « comtes et ducs du Maine, du Perche », et de même o dans le Maine, dans le Perche » et non en Maine, en Perche, sans doute à cause de la brièveté de ces noms, qui n'ont qu'une syllabe sonore, et auxquels l'article donne plus de consistance.

3. Le nom Inde, quoique féminin, prend Tarlicle partout, depuis qu'on dit dant l'Inde au lieu de en Inde (Voy. } soi, a). Touterois, il reste trace de l'ancien usage dans c marrons d'Inde, poule d'Iade. >

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