‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 92 sur 139 · EMPLOI DE SOI · texte numérisé non relu

EMPLOI DE SOI

Mais de même que la langue française a remplacé son par leur (= d'euxj quand cet adjectif possessif dépendait d*uQ possesseur au pluriel, elle remplace soi par evo) quand le réfléchi représente un nom pluriel : « on cède malgré soi », mais « ils cèdent malgré etix j>, et non a malgré «oi » conune en latin. Toutefois, sot entre dans certaines locutions qui se sont formées sur le singulier, telles que en soi, de soi, traîner après soi, se faire moquer de soi; ces locutions, surtout les deux premières, peuvent se maintenir telles quelles, même lorsque le nom que représente soi est au pluriel : ces difficultés sont, en soi, peu de chose ; les choses vont de soi. — Les profanations que les armes traînent après soi (Massillon). — Les nouveaux enrichis se ruinent à se faire moquer de soi (La Bruyère).

290. L'emploi du pronom non réfléchi pour le pronom réfléchi s'est propagé du pluriel au singulier, et on dit aujourd'hui « il cède malgré lui » pour « il cède malgré soi ». On n'a conservé soi obligatoire que lorsqu'il se rapporte à un pronom indéfini, neutre ou non exprimé : « Cela va de soi. On parle pour soi. II faut travailler pour soi (soi représente le sujet non exprimé de travailler) ». En effet, comme nous l'avons vu, lui et elle ne s'emploient pas en général pour un nom de chose, à plus forte raison pour un neutre, et ces pronoms, par leur nature même, représentent une personne déterminée. Quand le pronom indéfini est accompagné d'une détermination, on peut dire lui ou elle : chacun de vous pour lui, mais chacun pour soi.

La langue littéraire réagit avec raison contre la substitution de lui à soi, et, s'il est des cas, — ceux que nous venons d'indiquer, — où on ne peut employer que soi, on doit poser en principe qu'on n'est jamais obligé

(l'employer lui ou elle au lieu de soi, et qu'on peut écrire comme Fénelon : « Idoménée, revenant à soi^ remercia ses amis. »

Emploi de a^ let> neutre.

291. Le pronom le s'emploie avec une valeur neutre dans a il le fait comme il Va dit ; elle n'est pas contente ou ils ne sont pas contents aujourd'hui, mais elle le sera ou ils le seront demain. » Le peut même représenter un membre de phrase non exprimé antérieurement : ce Tu as été récompensé comme tu le méritais, k» La proposition être récompensé, qui est représentée par le, n'est contenue qu'implicitement dans « as été récompensé ».

Il fut un temps où, lorsque le pronom représentait un adjectif, on le faisait accorder avec cet adjectif au lieu de le mettre au neutre. M"' de Sévigné disait à Ménago enrhumé : « je la suis aussi » ; elle aurait cru, prétendait-elle, avoir de la barbe au menton si elle avait dit: « je le suis aussi )). Corneille écrit :

Vous êtes satisfaite et je ne la suis pas.

Dans les cas extrêmement rares où le pronom le attribut est mis à la place d'un nom précédé de l'article défini, on peut enc(»re le faire accorder avec ce nom : a elle voulait être la reine, et elle la devint. » Mais a elle le devint » ne choquerait pas : elle devint cela, la reine.

292. Le pronom le attribut peut représenter un participe passé : « il a été regretté autant que vous l'aviez été. » Le participe passé représenté par le est contenu implicitement dans le verbe (voyez une tournure analogue § 291) si Ton dit : on le regrette

PLACE DU PRONOM PERSONNEL d 49

autant que vous Tavez été. • Les grammaires condamnent en général cette façon de dire comme négligée ; on la trouve cependant chez de bons auteurs, comme Bossuet et Voltaire. L'un écrit: « Le bœuf remplit ses premiers estomacs autant qu'ils peuvent Pêtre », et l'autre : « On ne peut vous estimer et vous aim^r plus que vous ne Vèieé du vieux solitaire. »

Place du pronom personnel sujet ou régime d'un infinitif.

293. Le français a laissé perdre les tournures latines dans lesquelles on exprimait le sujet de l'infinitif: « J'avais appris mon frère devoir venir. » Aussi l'infinitif ne peut-il chez nous dépendre d'un autre verbe que s'il a le même sujet ou si le verbe principal est un impersonnel, autrement dit si on n'a pas besoin d'exprimer le sujet de l'infinitif : a il veut partir, elle sait coudre, il faut courir. » Si l'infinitif a un régime direct, suivant la règle générale, ce régime se place après, à moins que ce ne soit un pronom. Le pronom régime se met le plus près possible de son verbe, c'est-à-dire entre le verbe principal et l'infinitif (il veut le prendre) ; mais par un archaïsme qui remonte à l'époque où la place des mots était plus libre, et aussi par imitation de la tournure dont nous allons parler, on a dit quelquefois « il le veut prendre ».

294. Nous n'avons conservé l'usage d'exprimer le sujet de Tinfinitif, et par conséquent la possibilité d'employer l'infinitif avec un verbe principal dont le sujet logique est différent, qu'après certains verbes dont la parenté saute aux yeux: voir (ou regarder), entendre (ou écouter), sentir, — laisser, faire, envoyer, mener (*).

. 1. Et dans quelques tournu^res savantes telles que c Votre frère, qu'on m'avait dit être malade».

Ex. : je regarde mon frère dessiner^ j'entends parler les enfants, je sens venir Vorage, il laisse les domestiques arranger la maison, il fait courir les gendarmes, j'envoie promener Pierre.

Il faut remarquer (et c'est l'explication de la particularité signalée) que la signification de ces verbes est telle que l'action exprimée par l'infinitif qui suit est généralement faite par un autre que le sujet du verbe principal ; ordinairement c'est un autre que soi qu'on voit faire quelque chose. En réalité, ces verbes forment locution avec l'infinitif, et le sujet et les compléments logiques de l'infinitif sont, suivant la tournure adoptée, compléments directs ou indirects de la locution tout entière :

1° Sujet logique de l'infinitif = complément direct de la lacution: entendre parler quelqu'un, V entendre parler;

2® Complément direct logique de l'infinitif = complément direct de la locution : etitendre blâmer quelqu'un, Y entendre blâmer;

3^ Sujet logique de l'infinitif = complément indirect de la locution : entendre dire à quelqu'un ou par quelqu'un, lui entendre dire.

Quand on dit entendre quelqu'un parler ou entendezle parler, on fait un mélange des deux tournures « entendre quelqu'un, entendez-le » et « entendre parler. » La langue considéra alurs le sujet logique de l'infinitif comme le complément direct du verbe principal: entendez-le... parler, et ce qui le prouve, c'est qu'on n'élide pas Ve de le devant un infinitif commençant par une voyelle : a entendez-/^ épeler. »

On dit aussi, par extension analogique, « entendez-le blâmer, entendez-le accuser », en considérant toujours *

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