I. — LES MANUSCRITS
La légende syriaque de Saint Alexis, dont la publication fait l'objet principal de ce mémoire, nous a été conservée par huit manuscrits dont six appartiennent au Dritish Museum et deux à la Bibliothèque nationale de Paris. Les manuscrits de Londres, un seul excepté, sont les plus anciens. Trois d'entre eux, dont l'exécution remonte jusqu'au VI siècle, sont surtout précieux, tant par leur date, assez proche du temps où la légende fait vivre son héros, que par ce fait, en rapport étroit avec leur ancienneté, qu'ils donnent seulement ce que j'appellerai la première vie d'Alexis ct terminent leur récit aux circonstances de sa mort à Edesse. A la suite de cette première vie, dont la fin laisse en effet supposer la résurrection du saint, les cinq autres manuscrits en ajoutent séparément une seconde, racontant sa fuite d'Edesse, son retour providentiel à Rome, et les faits de son séjour et de sa mort dans cette ville. Cette division de la légende en deux parties et l'absence de la seconde dans les textes les plus anciens sont d'une grande importance. Il suffit de dire ici, sans entrer dans les détails d'une étude qui a sa place dans la seconde moitié de cette introduction, que la première partie de la légende, ou, comme quelques manuscrits l'appellent avec raison, la premiere histoire de l'ITomme de Dieu, est sans doute l'histoire véritable, originale et par elle-méme complète, du saint auquel on a donné le nom d’Alexis; la seconde histoire, d'origine étrangère au dire du traducteur syriaque lui-
même, n'a été ajoutée que plus tard au premier récit et provient peut-être d’une confusion entre deux saints différents.
L'un des deux plus anciens de nos huit manuscrits, et celui qui certainement a le mieux gardé le texte primitif de la légende, se trouve à Londres, au Musée Britannique, oü il est coté add. 17177. C'est un in-4° sur vélin, écrit en un bel estranghelo, et qui parait remonter au VI* siècle !, plutôt à la première moitié. Il est tout entier composé d'histoires de saints. La vie d'Alexis y occupe 7 feuillets, du f^ 119 r° au f? 120 r°. Mais il manque au moins un feuillet entre les f” 118 et 119, et avec lui sont perdues environ les dix premiéres lignes de notre légende. Ce texte a été fidélement et soigneusement copié; la comparaison des manuscrits y révéle à peine quelques fautes. L'emploi d'un petit nombre de formes rares et quelques particularités d'orthographe le distinguent des textes plus modernes. Les points diacritiques y sont trés-peu et trés-inégalement répandus. Le point unique est le seul signe employé dans l'interponctuation. Je désigne ce manuscrit par la lettre A.
— C'est aussi à la première moitié du VI siècle que je voudrais rapporter la copie d'un manuscrit in-8° écrit en caractères estranghelo sur vélin, classé dans la collection du Musée Britannique sous le n° add. 14644. M. Wright dit de ce manuscrit : «it is written in a fine, regular, Edessene hand of the V® or VI" century?.» Quel que soit son âge précis, et füt-il en effet plus vieux que À, on verra qu'il est doublement inférieur à celui-ci : la classification des manuscrits le place à un degré plus éloigné de l'auteur commun, et la comparaison des textes montre qu'il reproduit l'original avec beaucoup moins d'exactitude. Parmi les fautes qu'on y reléve, il en est qui ont peu d'importance ou qui existaient déjà dans le manuscrit suivi par le copiste; ce sont des mots ajoutés ou retranchés, quelques expressions changées, parfois le sens d'un passage modifié. Mais il y en a de plus considérables, et qu'on doit certainement imputer au copiste. Elles consistent la plupart dans l'omission de courtes phrases, qu'il semble n'avoir pas toujours bien comprises ou
1. W. Wright, Catalogue of syriac manuscripts in the British Museum
(London, 1870—73), n° DCCCCXXV.