III. — L'OFFICE MELKITE DE SAINT ΑΙΕΧΙΕ
L'office melkite de notre saint, dont je publie le texte en appendice, est le seul document syriaque qui appelle l'Homme de Dieu par son nom d'Alexis, et le seul aussi qui procéde uniquement de la légende byzantine. Cet office n'est d'ailleurs que la traduction pure et simple de l'office de l'église grecque, constitué pour sa plus grande partie par le canon de Josèphe. Car, en méme temps qu'ils adhérérent à la foi et au rite des Grecs, les Melkites leur empruntérent leurs heures canoniques, leurs chants et jusqu'à leur musique. J'aurais donc pu me dispenser de surcharger mon travail d'un chapitre à peu prés inutile, si l'oecasion ne m'avait semblé bonne pour faire connaître, par un court extrait, la littérature liturgique des chrétiens grecs de la Syrie.
L'office melkite de Saint Alexis m'était offert par deux manuscrits du mencon syriaque du mois d'adar, conservés à la Bibliothèque nationale de Paris (n° 137 et 138). Le texte que j'ai pu établir par leur comparaison est loin sans doute d’être parfait, et l'on trouverait à y apporter bien des améliorations, si l'on prenait la peine de le collationner avec d'autres manuscrits du menæon, par exemple avec ceux qui appartiennent à la Bibliothéque Bodléienne d'Oxford. Mais il ne m'a pas été donné de m'acquitter de cette tâche complémentaire, qui eût été au reste sans grand profit.
Dans un but de clarté, j'ai distribué les chants qui composent notre office suivant la maniére dont on imprime aujourd'hui les œuvres poétiques, en allant à la ligne à chaque vers. Cependant,
il eüt peut-étre mieux valu de me conformer à l'usage des scribes syriens, qui écrivaient les vers à la suite les uns des autres et les séparaient seulement par des points. Ils n'allaient méme pas toujours à la ligne aprés les strophes et se contentaient d'en marquer la fin par un signe d'interponctuation particulier. J'aurais pu adopter ce systéme avec d'autant plus de raison, que je ne suis pas absolument convaincu que nous ayons affaire ici à des vers. Sauf un certain nombre d'exceptions, toutes les hymnes qui forment l'immense recueil des livres ecclésiastiques grecs sont, à parler véritablement, en prose. Mais, comme cette prose était destinée à être chantée, on devait forcément la soumettre à des mesures et à des coupes alternativement régulières; et cette nécessité créa une sorte de versification spéciale, qui ne fut rien qu'un accessoire de la musique, et qui était fondée sur l'unique loi du nombre des syllabes !. Bien que la poésie syriaque n'obéit pas à une autre loi, et que le nombre des syllabes y déterminát seul la longueur des vers, il me semble pourtant difficile de voir de réelles compositions poétiques dans les chants des Melkites syriens. Traduits des cantiques grecs et calqués sur eux, obligés à la fois d'en garder le fond et d'en reproduire autant que possible la forme métrique, leurs vers, si ce sont des vers, devaient être forcément très-prosaïques; et le lecteur jugera, par l'office de Saint Alexis, qu'ils le sont en effet. À mon avis, les hymnes syllabiques des mélodes grecs, comme celles des Syriens melkites, ne sont que de la prose mesurée, et je crois qu'on les comparerait justement, à part la rime qui leur manque, aux proses ou séquences de l'église latine. Elles montrent seulement une bien plus grande variété de combinaisons que ces derniéres. Leurs strophes peuvent avoir depuis trois jusqu'à trente vers, et les vers, depuis deux jusqu'à quinze syllabes.
I] n'a pas été toujours facile de déterminer le métre ou, en d'autres termes, le schema de chacun des différents cantiques de notre office. Dans les plus anciens manuscrits grecs ou syriaques, les points diacritiques qui séparaient chaque vers et qui, «sans aucun égard ni au sens, ni aux périodes, fixaient
1. Voyez l'ouvrage du cardinal ο. B. Pitra, Hymnographie de l'Église grecque, Rome, 1867. Le cardinal se prononce cependant en faveur d'une nouvelle et véritable poésie.
uniquement la métrique syllabique »', ces points devaient être placés avec une extrême exactitude. Mais, par la négligence ou l'ignorance des copistes successifs, beaucoup de ces points sont tombés ou ont été dérangés. Pour retrouver les coupes primitives, il fallait recourir à la méthode de comparaison. D'abord, il fallait comparer entre elles toutes les strophes du cantique étudié; comparer ensuite le cantique à son hirmos et au cantique type dont cet hirmos formait le début; le comparer encore à un nombre plus ou moins grand de cantiques composés sur le méme hirmos; le comparer méme enfin à la série correspondante des cantiques grecs originaux. Expliquons, pour étre bien compris, ce que c'est que l'hirmos.
Si l'on ouvre un recueil de chants, de noëls, par exemple, on trouve presque toujours, en téte de chaque piéce, cette indication : sur l'air de...., suivie des premiers mots ou du premier vers d'un chant qui est supposé généralement connu. Ce premier vers, ou plutôt la strophe qui commence par lui, voilà l’hirmos du chant qu'on va lire; c'est cette strophe qui fixe la mélodie du nouveau chant, par conséquent, le nombre et la mesure de ses vers?, Les Grecs et, à leur exemple, les Syriens, avaient un livre qui contenait toute la collection des hirmi et qui portait le nom d'Airmologion. Le passage suivant de Goar nous explique la raison d'étre de ce livre. Libros notis musicis exaratos, inter cantandum rarissime conspiciunt vel. etiam habent Graci: communesque ideo et verbis et cantu, memoria tenaciter infigunt hymnos , ad quorum normam alios pari syllabarum numero constantes, cantando tnflectunt, quorum ideo primordia. canticis aliis inscribunt, ut ad eorum regulam sequentes indicent esse decantandos. Hi vocantur Ειρμοὶ sive tractus, ut qui sequentes modulos ad suam musicam inflexionem trahant?, La Bibliothèque Nationale de Paris possède un hirmologion syriaque (n? 131). Mais, à la différence de l’hirmologion grec, qui donne dans leur totalité