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CHAPITRE III

Des parties du discours.

P. 13, 1l. 21. Articulus scilicet. S. Portius ne voit pas dans l'article de pronom démonstratif ; ii lui fait une catégorie à part et, pour plus de commodité, nous l'y maintiendrons avec lui.

P. 13,1. 25. Quatuor igitur în quocunque numero casus agnoscit. Comme la perte du datif s'explique par la syntaxe et non par la morphologie, c'est au chap. XII qu'il faudra en parler, et il sera alors plus à propos d'examiner ce que Simon Portius dit ici sur le remplacement du génitif par l’accusatif. Des quatre cas qui restent, le vocatif n'a une

forme spéciale qu'au singulier des masculins de la Décl. II; au pluriel des masculins et au singulier et pluriel des féminins comme aussi des neutres, dans les deux autres déclinaisons, il est identique au nominatif. Il est vrai que S. Portius, 16,1. 17, et Legrand, Grammaire néo-hellénique, p.16, donnent le vocatif en c pour les fém. en ος ; mais c'est là une forme classique ; Sophianos, plus conforme à la langue popupulaire, ici comme ailleurs, dit à pdo, p. 1; cf. Puell. Juv. II, 60, ὦ ὀρόσος τῆς ἀγάπης µου. Le nom. plur. des féminins et d'une partie des masculins est semblable à l'acc.; le nom. sing. de tous les féminins est semblable à l'acc. sing. Le néo-grec est donc assez prés de l’état des langues romanes, et il y arrivera probablement, car déjà le génitif pluriel est d'un emploi rare dans la langue vulgaire; cf. Psichari, Essais, I, p. 203. Dans le dialecte de Bova, où le ; final tombe, le génitif singulier féminin est identique au nominatif et à l'accusatif, le nominatif singulier masculin à l'accusatif singulier masculin; la conséquence. en est que, méme au pluriel et au singulier masculin, on n'emploie presque plus le génitif.

P. 19, 1. 33. Respuit... dualem numerum haec lingua. Cf. Keck, Ueber den dual bei den griechischen Kednern, Würtzburg, 1882. Déjà, dans l'ancien grec, le duel est très rare ; il se trouve dans Homére et dans les dialectes attique, béotien et dorien, tandis qu'Hérodote ne l'emploie pas. Vers l'époque d'Alexandre, il est complétement hors d'usage. C'est le résultat de la statistique de M. Keck.

P. 13,1. 31 — p. 14,1. 6. La différence signalée par S. Portius dans l'emploi de l'article revient à dire qu'on n'emploie l'article que comme démonstratif, ce qui est toujours vrai, l'article conservant partout cette nuance.

P. 14, 1. 7 Adverte... θεές, etc. 1l y a, pour le grec, entre ὁ θεές et θεός, la différence de la conception patenne et de la conception chrétienne. C'est à la premiére qu'appartient la locution savante θεὸς οἷδε qui donne, en langue populaire, θεὸς ξέρει, etc. |

P. 14, l. 11. Adverte... Grecos... carere articulis postpositivis. Sur les pronoms relatifs, voyez au chapitre V. Cf. 'A07v., X, 463 sqq. C'est ce que les grammairiens anciens appelaient ἄρθρον ὑποτακτιχέν, c'est-à-dire le pronom relatif &, ñ ὅ.

P. 14, 1. 15-16. Genus nominum dignoscitur. C'est la fausse théorie, courante à cette époque, de l'article congu comme distinctif des genres. Vovez, sur cette question et l'article prépositif en général, E. Egger, Apollonius Dyscole, Paris, 1854, 115-141 et 135, note1; Priscien, Znstit., X VII, 4, t. II, p. 21; Mavrophrydis, Δοκίμιο, 6083; Winer, Grawm. des neut. Sprachi., VII, 1867, 99-133. Pour le grec ancien, cf. G. Curtius, Griech. Schulgr., XII, 1818, 213-220, SS 368- 392; Egger, Gramm. comp., VIII, 206, 68-69; Bopp (trad. de M. Bréal, III, XXXI; II, p. 297; G. Meyer, p. 341; Brugmann, Gramm. grecque, p. 64.

P. 14,1. 27. Ex his facile colligi potest, etc. Cf. J. Psichari, Essais de grammaire historique néo-grecque, Paris, 1886 ; nominatif pluriel féminin de l'article, p. 1-85; accusatif féminin pluriel τές, 119-136 ; autre forme de l'accusatif pluriel féminin de l'article, p. 136-151. W. Meyer, Revue critique, 1881, p. 125 sqq. |

Devant les mots qui commencent par a, o, ου, l'article αἱ se change nécessairement en f: ai ἀδελφαί devient j ἀδελφαί, comme ὡραία devient o»jz, xi ὄονιρες, |) ὄονιθες, αἱ οὐλαί, j οὐλαί. Devant les consonnes, au contraire, et devant e, t v, οι, et, αι, αἱ reste. Au masculin on a de méme j ἄνθρωπος, j ἕρκοι, mais οἱ xxz£2:;!. La forme prévocalique du nominatif pluriel de l'article est donc la méme pour les deux genres. Mais la langue ne tolére pas longtemps la différence entre e et Jj, elle ne veut pas avoir deux formes dans la méme fonction et, l'aversion contre e devant voyelle persistant toujours, il ne reste qu'un moyen, c'est de généraliser la forme j, qui devient forcément à devant les consonnes. L'exemple du masculin à facilité ce développement analogique. Dans nos textes, οἱ au féminin n'apparaît qu'au χι" siécle, puis il se répand trés rapidement ; e a le dessus au xv* siècle ; au xvi*, ai est rare. Sophianos ne le donne plus. Il est vrai qu'on ne trouve plus, avec l'explication que je viens de donner, la répartition demandée entre οἱ devant voyelles et αἱ devant consonnes ; mais on ne peut plus s'attendre à un emploi régulier de ces formes; car, dans les combinaisons αιό, etc., il y a de méme une hésitation constante et sans aucune règle entre

1. Cf. les formes ‘mn ᾽Αγραγώτισσαις καὶ γη Ἀγραφιωτοπούλαις, Schmidt,

l'orthographe historique et phonétique. Il ne faut pas non plus s'étonner que οἱ n'apparaisse pas plus tót'; c'est en partie la faute des textes; les mots féminins qui commencent par a, o, ου Sont relativement rares. Mais ce qui confirme ma maniére de voir, c'est qu'à Otrante, αι devant voyelle reste: areo — αραῖος, et par conséquent on dit e au nominatif pluriel de l'article féminin ; αἱ, comme article, était protégé, pendant un certain temps, par le nominatif pluriel des féminins de la première déclinaison: αἱ rai; à mesure que τιµαί est remplacé par τιµαίς (p. 123), αἱ perd cet appui. En effet, on voit que dans la période de la lutte entre οἱ et at, αἱ est surtout employé quand le substantif suivant se termine par at; cf. Psichari, Essais, p. 52, n. 2.

L'orthographe 7 apparait peu de temps avant Simon Portius; on trouve τῆς déjà en 1624, dans la Ἱστορία τοῦ PE τῆς Σκοτίας μὲ την ϱήγισσα τῆς Ἐγγλητέας, de J. Trivoli (nouvelle édition de M. Legrand, Monuments, 13). Elle n'a pas de valeur étymologique; l’oi que M. Psichari propose, et qui, du reste, est la seule forme connue par les manuscrits avant le XVII* siècle, serait préférable.

A l'accusatif pluriel féminin, Simon Portius donne deux formes: ταῖς et τῆς, dont aucune n'est ancienne. Sophianos ne connaît que ταῖς, la langue moderne, au contraire, a conservé Ts. Ταῖς, qui n'a rien à faire avec le datif ταῖς, est une forme analogique qui n'est pas bien orthographiée. A l'accusatif pluriel des substantifs, on avait χώρας et μητέρας. Vers le commencement du xrv* siècle, χώρας cède la place à χῶρες, en suivant l'exemple de μητέρας, qui longtemps auparavant a été remplacé par le nominatif uxzccsz. Or, si on disait χῶρες à côté de χώρας, τάς ne pouvait guére rester sans une forme paralléle, τές, et à mesure que yàp: gagne du terrain, vé; devient plus fréquent. Il résulte des recherches de M. Psichari qu'on

1. M. Pseichari cite trois exemples tirés des papyrus du Louvre, 61, 250, οἱ δὲ σκιαί. Quelques lignes plus bas, le méme scribe écrit plusieurs fois αἱ cxi. Pourquoi aurait-il employé une seule fois une forme vulgaire ? L'exemple est trop isolé pour prouver quelque chose, Quant à l'autre exe mple des papyrus de Leyde, οι TN LES AA OÙ “υνκικἒς, le second οι peut avoir été entraîné par le premier, seulement dans l'écriture ; c'est done tout simplement un lapsus calami, Quant à οἱ προχείμενοι, Pap. Lup., 244, 54, cela ne prouve rien non plus: c'est une formule juridique qui d' or dinaire se rapporte à des hommes ; le scribe inattentif la retient, quoiqu'il s'agisse de femmes duns ce cas spécial.

rencontre τές toujours avec les substantifs en -ες, jamais τές ne précède l'accusatif en -2;; au xv1* siècle, τας disparaît. Mais déjà un concurrent s'était élevé : τί, qu'on trouve pour la premiére fois dans la Complainte de Constantinople (éd. Legrand, Monuments, 5), 58, τὶς αχτῖνας; T9, τὶς ἔδιδε, et qui, au courant du xvii siècle, l'emporte sur τέ. M. Psichari ne se prononce pas sur cette forme ; il hésite entre l'explication phonétique ou analogique. Or le fait que re; disparaît lentement, que τίς ne gagne du terrain que peu à peu, nous montre bien que nous avons affaire à un phénoméne d'analogie. De plus. un changement de ε en «est inoui dans le néo-grec; les quelques exemples que M. Psichari allégue, du reste avec une juste réserve, s'expliquent tous autrement. Voici comment je me figure la naissance de τίς. Au moment où τές remplaça τάς, le nominatif était encore αἱ (c'est-à-dire e) et oi; l'aecusatif fes avait donc la méme voyelle que le nominatif e, comme au singulier, l'accusatif fx et le nominatif ἐς mais e n'était pas seul au nominatif, il y avait une autre forme i, qui était meme plus usitée. Alors le méme fait que nous avons constaté tout à l'heure se répète : τας χώρας à côté de τὰς χῶρες fait naître rés; de méme 1 ὲ du nominatif, οἱ γῶρες, se répercute à l'accusatif et crée τίς, faisant ainsi cesser l'anomalie qu'il y avait entre i 7o; par rapport à tes χῶρες ; ainsi que t (ot), τίς gagne en vigueur de plus en plus. Il est né plus tard que ι, c'est pourquoi il reste toujours de quelques siécles en arriére. Dés maintenant l'accusatif pluriel masc. est menacé. Au singulier, le nominatif et l'accusatif de l'article avaient la méme voyelle: : ὁ, τόν»; Y, τήν» 72, 12; AU pluricl féminin et neutre de méme: οἱ, 701g! ; τὰ, τά» mais au InasCulin on a et, τούς; de plus le nominatif pluriel et le genitif pluriel du masculin et du féminin sont identiques; une forme τοί pour le masculin devient presque nécessaire. Elle existe, en effet, dans les textes des xvi* et xvir* siécles; voyez les exemples Essa/s, op. cit., p. 138. De cette facon, l'identité des désinences vocaliques au pluriel pouvait agir sur le singulier. C'est ce qui a lieu d'abord au nomina-

1. J'aimerais mieux écrire τίς. Je comprends qu'on emploie une orthographe étymologique autant que possible, mais τοίς donnera à beaucoup de personnes des idées fausses sur la. naissance de cette forme. Du reste, méme l'orthographe οἱ nominatif féminin n'est pas strictement étymologique, d'apres l'explication que j'en donne : en effet, si le grec ne changeait pas αι devant voycelle en J, il n'y aurait jamais eu de nominatif pluriel féminin 4. Voyez d'autre part, sur 4 masculin, 'A0zv., X, 25.

tif, où ἡ remplace 6 à Salonique et dans quelques parties de la Macédoine ; puis on emploie le génitif τῆς à Constantinople et en Macédoine, tandis que Salonique conserve τοῦ pour l'article, mais dit, avec le pronom, τῆς τόπα (τὸ εἶπα) au mas- . eulin, etc.

On pourrait et on devrait méme se demander pourquoi, dans la κοινή moderne et dans beaucoup de dialectes, les deux genres sont restés distincts, ou plutót pourquoi, dans certaines parties de la Macédoine et ailleurs, la différence n'existe plus. Car ce n'est pas seulement dans le grec que nous constatons ce nivellement partiel des genres; dans le francais et dans l'allemand moderne, par exemple, on est arrivé (par voie phonétique, il est vrai) à une seule forme de l'article pour les deux ou trois genres au pluriel, et pourtant au singulier il n'y a pas la moindre trace de confusion. Je pose cette question sans être à même de la résoudre: mes connaissances des dialectes grecs sont encore trop limitées.

En Créte, en Epire (Pio), à Céphalonie (Schmidt) et ailleurs, on trouve τσῆ-- τῆς, génitif singulier féminin ; nominatif, accusatif pluriel masc. fém. :cí, par une métathése, dont nous aurons plus tard un exemple dans le grec commun. Τσί masculin ne suppose pas nécessairement τίς; il peut provenir de τούς, τσοῦ, rai; τσοὺ existe daus les fles ioniennes, et on lit méme τσούς, Schmidt, 34, 2. La réduction des deux formes (masc. τσοῦ, fém. roi) à une seule (masc. et fém. cot), peut avoir eu lieu aprés la métathése. Tcí se rencontre pour la première fois dans Imb. III, vers 272, 747 (édition de 1638); cf. Psichari, Essais, I, 152 et p. 12.

Rien de remarquable à relever pour le neutre; dans certains villages de Cappadoce, on dit ro aussi au masculin et au féminin; τὸ σεονικό (— ὁ afp — 6 ἄντρας), τὸ ναῖκα, comme τὸ παιδί; de méme τὰ σερνικοί, τὰ vaines, τὰ παιδια. Alektoridis, Δελτίο c. εν. ἑταιρ., 1885, 487. A Bova (Morosi, 104) le nominatif singulier masculin se présente sous la forme 2; c'est le cas pour Cardeto, où ο atone donne & (Morosi, ova, 99-101). — L'accusatif masculin ré se présente sous la forme row (c'est-à-dire ἔτι atone), d'après la méme règle, à Stésimachos (Macédoine, prés de Philippopoli, à Cozani, à Andrinople); dans les mémes régions, on dira οὗ pour ὁ, YU que le nominatif et l'accusatif de l'article sont aussi atones l'un que l’autre. Il n'v a pas là la moindre trace d'un v pamphylien. Koumanoudis, Συλλογή λέξ. αθησ. 8. v. ὃς

voyez sur la question Essais, I, p. 292, remarque à la p. 194. On a de mème au génitif pluriel co» — τῶν dans les fles loniennes, Schmidt, 4, 5; 26, 5; 18, 11, 12, 29, 5. Bien qu'on ne fasse nulle part une mention analogue pour le neutre, il està présumer que τού pour τό neutre existe dans les mémes régions où l'on dit οὗ, row, etc. Nous laissons ici de côté les formes dialectales comme τόνι, Passow, 247, 13 (Sfakia), trébizontain accusatif féminin ré. — En ce qui concerne le v final de l'article, il est bien entendu qu'il ne subsiste que devant voyelles et κ, 7, r suivants. Voyez plus haut, p. 88.

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