‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 1004 sur 1059 · GÉRUZEZ · texte numérisé non relu

GÉRUZEZ

Tempe (histoire de mon), par le président de Thou, ouvrage immense, publié en 1G1G (magnifique édition en 1733). Cette histoire, écrite en latin, se compose de cent trentehuit livres. Elle embrasse une période de soixante-deux années, depuis 1545 jusqu'en 1607. L'épître dédicatoire à Henri IV est un morceau plein d'éloquence. L'auteur prélude à sa tâche avec u*r#*ecueillement religieux. « Ce que doit faire, dit-il, un juge intègre quand il va prononcer sur la vie ou sur la fortune de ses concitoyens, je l'ai fait avant de mettre la main k cette histoire ; j'ai interrogé ma conscience et me suis demandé à plusieurs reprises si je n'étais pas ému de quelque ressentiment trop vif qui pût m'emporter hors des voies de la justice et de la vérité. > Elevant son intelligence au-dessus des deux fanatismes qui avaient ensanglanté la France, l'auteur, catholique sincère, adopte le dogme, alors nouveau, de la tolérance politique et de la justice absolue, indépendante de tout symbole et de toute Eglise. Ii proclame la vertu et flétrit le crime partout où il les rencontre. Outre l'impartialité et l'étendue des connaissances et des recherches, on doit louer la clarté du récit, la sagacité avec laquelle les événements sont retracés ; on reconnaît aussi que l'historien est un homme initié par expérience aux affaires d'Etat, pénétré des secrets de la politique, versé dans le commerce des hommes, nourri de la lecture des anciens, savant en jurisprudence, en théologie, en diplomatie. Son plan est trop vaste; de Thou traite l'histoire générale comme une histoire particulière; il suH'servilemeiit l'ordre chronologique; l'importance relative des événements y est souvent négligée. Néanmoins, il a fait faire un grand pas à la science de l'histoire. Au récit diffus des chroniques, il substitua le premier une narration claire et méthodique ; il suit quelquefois l'ordre des idées ; il dessine des tableaux; il peint des portraits; il mêle à propos ses réflexions au récit; mais il ne va pas plus loin. Eu imitant la manière des historiens anciens, il n'a pas l'idée d'une forme épique, d'un art savant, d'une histoire philosophique et didactique, genre inventé par les modernes, qui doivent embrasser et coordonner dans leurs vastes annales la politique, les finances, le commerce, les arts, la littérature, l'esprit public, c'est-à-dire lemouvement complexe de la civilisation. Quoi

TEMP

qu'il en soit, de Thou est le représentant du parti politique qui a décidé des destinées du xvie siècle.

M. Patin a composé sur la vie et les œuvres de de Thou un Discours où abondent les aperçus et les remarques les plus fines; il loue l'historien quant k l'exactitude des recherches et le blâme pour avoir trop multiplié les détails. Son livre ne nous offre point réellement ce qu'il semble nous promettre; ce n'est point une histoire universelle, c'est un immense recueil d'histoires particulières. Mais si de Thou n'a pas atteint à la hauteur du dessein qu'il avait conçu, il a le premier, parmi les modernes, donné l'exemple de ces grandes compositions historiques, où le génie des Robertson, des Gibbon, des Voltaire, des Montesquieu, des Bossuet a reproduit à grands traits la vie des peuples. Sa narration est concise. Son style réunit souvent le double mérite du nombre et de la brièveté. L'usage des formes périodiques donne à son langage une dignité, une pompe, une harmonie tout à fait conformes a l'élévation habituelle de ses pensées. Dans les derniers livres, on aperçoit des traces de lassitude. Ce qui ne s'affaiblit jamais sous la plume de l'historien, c'est l'expression des nobles sentiments dont son âme était remplie. On rencontre avec surprise dans un si bon écrivain des traces d'une érudition déplacée, de froides antithèses, des allusions forcées, des imitations maladroites. Son ouvrage renferme un grand nombre de portraits, et les faits en composent la matière. De Thou a écrit l'histoire sans faveur et sans haine ; le temps a consacré sa gloire, le temps qu'il appelait « le meilleur des panégyristes. •

M. Demogeot, dans son Tableau de ta littérature française au xvic siècle, dit fort bien: « Impartialité, lumière, amour du l'humanité, tout semble concourir à faire de l'histoire du président de Thou une de ces œuvres définitives qu'on copie, qu'on abrège, mais qu'on ne refait pas. Cependant elle n'échappe point à la destinée commune qui pèse sur tous les ouvrages de celte époque; elle manque de ces proportions régulières et élégantes que les anciens savaient donner aux compositions historiques, ainsi qu'aux productions de l'art. Ce vaste récit, qui embrasse dans son étendue immense les annales du inonde policé pendant toute la seconde moitié du xvio siècle, reproduit le mouvement, l'agitation, la diversité, mais aussi le désordre de son sujet... On sent que l'histoire naissante touche encore aux mémoires qm l'environnent; elle ne s'en détache que par sa grandeur, sa science, son impartialité. » S'il se sert du latin, à défaut d'un meilleur instrument, et par une défiance exagérée de la langue de Rabelais et de Montaigne, ii écrit, non la langue du moyen âge, mais*celle de la Renaissance. « L'originalité delà pensée ne se conserve qu'à demi dans ce style d'emprunt qui l'interprète plutôt qu'il ne l'exprime. On sent quelque chose de contraint et de gêné qui arrête le libre mouvement de l'éloquence, et les événements semblent perdre leurs formes et leurs couleurs naturelles au contact toujours glacé d'une langue morte. » Il faut dire aussi que de Thou s'est cru obligé à faire subir aux noms propres et aux titres des transformations, sans doute fort ingénieuses, mais énigmatiques. Quadrigarius est le nom latin de Clmrtier; Jnleramiies, celui de d'Iïntraigues; Paludanus, celui de des Marais; Lepidus, celui de Joyeuse. Il appelle le connétable un magister equitum, et un maréchal de France tribunus mililum.

De Thou employa quinze années de sa vie à rassembler les matériaux de son histoire. Voyages, dépouillement des archives et des bibliothèques, actes publics, mémoires et instructions des secrétaires d'Etat, papiers des généraux d'armée, notesdiplomatiques, transcriptions, relations personnelles, il mit tout à profit pour connaître à fond ies mystères de la politique. Jacques Ier, roi d'Angleterre, entretint avec l'historien une véritable négociation pour obtenir la suppression de quelques mots relatifs à Marie Stuart, sa mère; le roi fut respectueusement éconduit. Aussi, le maréchal de La Châtre, partant pour la guerre, disait à de Thou : « Je vais travailler à m'obtenir une place dans quelque petit coin de votre histoire. » L'écrivain était resté un juge intègre.

L'/Jistoire du président de Thou a été traduite, mais mal traduite, par l'abbé Desfoutaineset autres entrepreneurs de traductions, si nombreux au xvme siècle. Elle est donc rarement lue de nos jours, si ce n'est des historiens et des érudits.

Temps (histoire de mon), par Frédéric II, roi de Prusse (1788, 2 vol. in-8<>). Cette histoire, écrite sous forme de mémoires personnels, commence à la mort de Frédéric-Guillaume et finit à la prise de Dresde, à la conclusion de la paix. L'auteur y raconte la lutte des Prussiens contre l'Autriche. Tout y est clairement exposé, non pas avec impartialité, mais avec un talent véritable. Parmi les passages les plus intéressants, on cite la campagne de Silèsie, la paix de Breslau, la guerre de Finlande, les batailles de Friedberg et de Chotusitz. • Dans sa prose , dit Sainte-Beuve, le grand Frédéric atteignit à une véritable supériorité. C'est un écrivain du plus grand caractère, dont la trempe n'est qu'à lui, mais qui, par l'habitude et le tour

TEMP

de la pensée, tient à la fois de Polybe, de Lucrèce et de Bayle. » M. Egge.r fait le même rapprochement, et trouve qu'il y a surtout entre Frédéric, historien, et Polybe des rapports réels et fréquents. « A deux mille ans de distance, dit-il, c'est la même façon de juger les vicissitudes humaines et de les expliquer par des jeux d'habileté mêlés à des jeux de fortune. » Les réflexions fiar lesquelles Frédéric termine son récit de a guerre de Sept ans sont, en effet, dans le goût de l'historien grec.

L'Histoire démon temps était pour l'auteur l'objet d'une prédilection marquée; il est facile de s'en apercevoir au soin tout particulier qu'il y a apporté. La rédaction primitive de cet ouvrage, écrit de sa propre main et dans lequel il retrace les commencements de sa gloire comme roi et comme capitaine, est sa première composition historique. Le roi l'acheva en 1746 et l'intitula : Seconde et troisième partie de l'histoire de Brandebourg, s'étant proposé d'écrire, comme il l'a fait depuis, les Mémoires de Brandebourg qui en devaient former la première partie. Environ trente ans plus tard, il refondit entièrement son ouvrage et lui donna le titre d'His'toire de mon temps. Il écrivait à Voltaire : a Je vous enverrai bientôt l'avant-propos de mes Mémoires. Je ne puis vous envoyer tout l'ouvrage, car il ne peut paraître qu'après ma mort et celle de mes contemporains, et cela parce qu'il est écrit en tonte vérité et que je ne me suis éloigné en quoi que ce soit de la fidélité qu'un historien doit mettre dans ses récits. » Cette assertion du roi de Prusse n'est juste qu'en partie.

Temps (MÉMOIRUS POUR SERVIR À l'hIS-

toirk de MON), par F. Guizot. V. mémoires.

Temps difficiles (les), roman de Ch. Dickens (1857, 2 vol. in-16). Thomas Gradgrind, riche industriel d'une ville imaginaire à laquelle l'auteur a donné le nom de Cokeville, sans doute à cause de la vapeur de charbon qui l'entoure constamment, est un homme positif. Il a depuis longtemps mis de côté toute croyance, toute opinion, tout sentiment qui ne se résume pas par des chiffres ou ne représente pas à son esprit un fait matériel. « Ce que je veux, dit cet honorable personnage au maître de l'école qu'il a fondée, ce sont des faits. Enseignez des faits à ces garçons et à ces filles, rien que des faits. Les faits sont la seule chose dont on ait besoin ici-bas. Ne plantez pas autre chose et déracinez-moi tout le reste. Ce n'est qu'au moyen des faits qu'on forme l'esprit d'un animal qui raisonne; le reste ne lui servira jamais de rien. C'est d'après ce principe que j'élève mes enfants et c'est d'après ce principe qu'il faut élever ceux-là. Attachez-vous aux faits.» Et il semble considérer tous les enfants, qu'il désigne du doigt, comme autant de petites cruches qu'il faut remplir de faits jusqu'au goulot. Ces doctrines, qu'il met lui-même en pratique et qui le guident dans ses moindres actions, lui t'ont donner sa fille Louise à un certain JosuéBounderby, homme positif d'un autre genre, qui se plaît à rappeler à tout propos la fange dont il se dit sorti pour mieux faire sentir le courage et l'intelligence dont il a dû faire preuve pour acquérir ses richesses. Louise Gradgrind, élevée par son père dans le respect du fait brutal, ne trouve aucune objection à opposer à cette union et devient l'épouse de Josué Bounderby. L'éducation de M. Gradgrind ne tarde point à porter ses fruits. Sa tide, privée dès le berceau de toute affection, attirée par un désir ardent vers quelque région où les règles, les chiffres et les définitions ne régnent pas en maîtres, se laisse séduire par les tendres propos d'un homme du monde, léger, accompli, élégant, traînant après lui son éternel ennui et le plus complet mépris des hommes. Tel est M. Harthouse, candidat à la députation, essayant par désœuvrement la conquête d'une petite «bourgeoise de son arrondissement. Mais penchée sur le bord de l'abîme ou elle est prête à tomber, la jeune femme recule, effrayée, et court, éperdue, demander à son père, dont l'imprudence et l'orgueil sont les causes premières de son malheur, de la protéger contre elle-même et contre celui qu elle croit aimer; au grand désespoir deM^eSparsit, ancienne daine de compagnie de M. Bounderby, qu'elle avait averti de la prétendue infidélité de sa femme. Ces événements sont bientôt suivis d'une catastrophe ; le frère de Louise, assez mauvais sujet, commet uu vol important au préjudice de son beau-frère, M. Bounderby, et laisse d'abord planer les soupçons sur un honnête ouvrier ; mais la fraude se découvre et Tom Gradgrind parvientà se réfugier à l'étranger, où il meurt bientôt dans la misère. Tous ces malheurs ont achevé d'ébranler les singulières convictions du malheureux père, qui comprend enfin que les affections humaines sont dans leur essence tout aussi positives que les intérêts matériels. « Ce roman, dit M. Taine, est un résumé de tous les autres ouvrages de Dickens. Il y préfère l'instinct au raisonnement, l'intuition du cieur à la science positive; il attaque l'éducation fondée sur la statistique, sur les chiffres et sur les faits ; il comble de malheurs et de ridicules l'esprit positif et mercantile; il combat l'orgueil, la dureté, l'égoïsme du négociant et du noble ; il maudit ies villes-de manufactures, de fumée et de boue, qui emprisonnent le corps dans une

TEMP

atmosphère artificielle et l'esprit dans une vie factice. Il va chercher de pauvres ouvriers, des bateleurs, un enfant trouvé, et accable sous leur bon sens, sous leur générosité, sous leur délicatesse, sous leur courage et sous leur douceur, la fausse science, le faux bonheur et la fausse vertu des riches et des puissants qui les méprisent. Dickens a fait des satires contre la société oppressive, il fait des élégies sur la nature opprimée, et son génie élégiaque, comme son génie satirique, trouve dnns le inonde qu'il doit peindre la carrière dont il a besoin pour se déployer. » Le premier fruit de la société anglaise est l'hypocrisie. Il y mûrit au double souffle de la religion et de la morale, et l'on sait quelle est leur popularité de l'autre côté du détroit. C'est contre ce vice que Dickens s'est surtout élevé dans ce roman, où il peint trois hypocrites à différents degrés : M. Gradgrind, Josué Bounderby et le jeune Tom, tous trois cruellement punis à la fin du récit dans leur orgueil et leur affectation de vertu. L'esprit pratique, comme l'esprit moral est anglais. A force de Commercer, de travailler et de se gouverner, ce peuple a pris le goût et le talent des affaires. L'excès de cette disposition est la destruction de l'imagination et de la sensibilité. C'est pourquoi, fidèle k son rôle de censeur moral, Dickens a multiplié dans ses romans, en les chargeant des plus noires couleurs, les portraits de l'homme positif, et combattu à outrance le vice national.

Tenip» (le) , journal politique quotidien, publié à Paris, depuis le 25 avril 1861. Fondé par M. Nefftzer, ancien rédacteur en chef de la Presse, ce journal représentait, au début, moins une opinion nouvelle que des tendances économiques particulières. Commandité pur les riches industriels de l'Alsace, les pre- ■miers qui aient entrepris sérieusement d'améliorer la condition matérielle et morale des ouvriers, le Temps avait pour mission spéciale la défense des intérêts du commerce national, que le traité libre-échangiste, conclu avec 1 Angleterre , avait bouleversé. En homme expérimenté, M. Nefftzer, d'accord avec son collègue, M. Ch. Dollfus, directeur de la Revue Germanique, reconnut qu'il y avait des lacunes à combler dans les vieux cadres du journalisme français. Il organisa des correspondances à l'étranger, et il réserva k l'histoire littéraire, à la critique une place importante. Il imprima à sa feuille une direction dans le sens libéral, à une époque où la presse était régie par l'arbitraire administratif. M. Nefftzer y traita les questions politiques nées des événements et des conflits extérieurs ou intérieurs, sinon avec éclat, du moins avec un esprit ferme, droit, essentiellement libéral, et avec une réelle autorité. M. Dollfus y disserta sur les sujets philosophiques, où il apporte les vues parfois confuses des écoles allemandes ; cela ne veut pas dire que son style manque de précision et de clarté. A la même époque, M. Challemel-Lacour aborda, mais k un point de vue plus français, les discussions de philosophie et d'histoire. La critique littéraire et religieuse fut dans les attributions de AI. Edm. Scherer, dont les jugements font autorité. Sainte-Beuve, après son divorce avec le Moniteur universel (janvier 1869), vint prêter au Temps le puissant secours de ses Causeries littéraires. Malgré la collaboration de plusieurs autres écrivains remarquables, tels que MM. Aug. Villemot, Fr. Surcey, Louis Blanc, A. Erdan, etc., le journal eut pendant longtemps peu de prise sur le public. La raison en était qu'il ne représentait pas une politique nettement tranchée. Le Temps était incontestablement libéral, il faisait de l'opposition k l'Empire, mais il n'était pas franchement démocrate et passait pour avoir des tendances orléanistes. Toutefois , dans les dernières années de l'Empire, quelques jeunes écrivains, notamment MM. Brisson et Ferry, lui imprimèrent des allures plus vives, plus nettement accusées. Aux élections de 1869, le Temps soutint les candidatures de l'opposition, en particulier celle de M. Gambetta; puis il lit une opposition assez vive à la politique de M. E. Ollivier, et les campagnes entreprises par M. Nefftzer contre le plébiscite et contre la déclaration de guerre furent très-remarquées. Après la chute de l'Empire, le Temps défendit le gouvernement de la Défense nationale et il n'a cessé depuis lors de se montrer favorable à l'établissement d'une République modérée. En 1871, M. Nefftzer abandonna à M. Hébraid la direction politique du Temps, sans cesser toutefois d'y collaborer. Ce journal continua la même ligne politique, très-modérée, un peu timide. Il défendit le gouvernement de M. Thiers et, après la chute de cet homme d'Etat (1873), il prit une attitude très-ferme, très-énergique même contre la politique de combat, dite politique de l'ordre moral. Le Temps devint alors un des journaux de Paris les plus lus et obtint un succès d'opinion des plus mérités. 11 se fit contre la réaction et les partis monarchiques le défenseur constant des libertés et de l'établissement de la république qui, par la force des choses, fut constituée en 1875. En matière phil ^^jjn.^ue , le Temps représente le libre examen. Depuis la révolution du 4 septembre 1870, les articles politiques du Temps ne sont plus signés. Sa partie littéraire, philosophique, etc., compte

TEMP

parmi ses rédacteurs MM. Scherer, Mézières, Janet, Ch. Blanc, Sarcey, Soury, Levasseur, Lereboullet, Weber, etc. Dans la partie politique, on a particulièrement remarqué les Lettres de Versailles , attribuées à M. Scherer; les Lettres de province, rédigées par M. Pécaut. M. Jeannerod y traite avec beaucoup de compétence les questions militaires. Citons encore les correspondances d'Italie, par M. Erdan ; d'Espagne et d'Allemagne, par les frères Coutouly, etc.

Tempi, Iconogr. Les anciens avaient divinisé et personnifié le Temps sous la ligure de Saturne (v. ce mot), La plupart des attributs de cette divinité ont été conservés par les modernes dans les allégories qu'ils ont consacrées au Temps. En général, ils l'ont représenté sous les traits d'un vieillard décharné, à la barbe et à la chevelure blanches, ayant deux ailes pour marquer sa rapidité et tenant une faux, symbole de sa puissance destructive. Quelquefois on le montre couvert d'un long manteau, pour indiquer qu'il enveloppe et dérobe à notre connaissance une multitude d'événements, et on met à ses côtés une vieille souche, dont les branches ont été recepées, emblème des années qui se sont écoulées pour ne plus revenir. Une estampe de Mathias Greuter, graveur de la. fin du xvie siècle, représente le Temps dans une barque à demi détruite. Un dessus de pendule dessiné par Le Pautre et décrit dans le Dictionnaire iconologique de de Prézel, se compose du Génie de l'Astronomie groupé avec le Génie du. Temps; celui-ci franchit avec impétuosité les ruines d'un monument antique et renverse dans sa course tout ce qu'il rencontre. Valerio Castello a peint sur la voûte de la grande salle du palais Balbi, k Gênes, le Temps sur un char que traînent les quatre Ages de l'homme; les figures de la lienommée et de la Fortune complètent cette allégorie. L'ancien plafond du grand théâtre de Marseille, peint par Jacques Réattu, représentait Apollon et les Muses répandant des /leurs sur le Temps. Dans un tableau de Moroni, qui est au mu^ée d'Orléans, les emblèmes de la Aforf et du Temps sont associés. Au Louvre est un tableau de Ména^eot, dont le sujet est VEtude qui arrête le Temps. Une composition de Rubens, le Temps couronnant le Travail et punissant l'Oisiveté,», été gravée par Joseph- Antoine Cochet. Il y a une estampe de R. Boissard sur le même sujet. On voyait autrefois dans les jardins de Marly un groupe de marbre blanc représentant le Temps ti- ' rant le Mérite de l obscurité et le couronnant.

Nous décrivons ci-après le célèbre plafond du Poussin qui est au Louvre, le Temps élevant la Vérité triomphante au-dessus de la Discorde et de l'Envie. Le même maître, dans un tableau allégorique de la Vie humaine, qui a été gravé par Volpato, R. Morghen, B. Picart, Dughet, a représenté la Itichesse, la Pauvreté, le Travail et le Plaisir, dansant au son d'une lyre touchée par le Temps, tandis que le char du Soleil dévore l'espace, entraînant les Heures à sa suite. Une gravure sur bois de Jobst Amman, datée de 1562, représente le Temps retirant la Vérité du sein des ténèbres. Donienico Parodi, dans une salle du Palais-Royal, à Gênes, et Gregorio de' Ferrari, dans une salle du palais du Municipe de la même ville, ont peint le Temps découvrant la Vérité. Un tableau de Rubens, qui fait partie de la collection de lord Saye, en Angleterre, et dont il y a une copie au musée de Dresde, représente le Temps faisant triompher la Vérité religieuse : celle-ci est figurée sous les traits d'une femme vêtue de blanc; le Temps montre d'une main le ciel, source de la vérité révélée, et, de l'autre, les évangélistes saint Matthieu et saint Marc; l'Idolâtrie, la Superstition, la Vengeance, l'Obstination et la Controverse ont des attitudes désespérées; d'autres figures allégoriques complètent ce tableau, qui parait avoir été exécuté pour servir de itio>dèle à une tapisserie. Il y en a une gravure par Al. Loir. Une gravure au pointillé et en couleur, exécutée par Canu en 1795, a pour titre : le Temps écartant les nuages de l'Ignorance pour découvrir aux hommes la douce Egalité.

Michel Dorigny a gravé d'après Simon Vouet, en 1646, une composition représentant le Temps vaincu par l'Amour, Vénus et l' Espérance. Un tableau d'Angelo Bronzino, appartenant à la National Gallery, a pour sujet : Vénus, l'Amour, ta Folie et le Temps. Carlo Cesi a peint le Temps détruisant la Beauté. Une peinture de Van Dyck, qui fait partie de la galerie du duc de Marlborough, à Blenheim, et qui a été gravée par Valentin Green (1778) , J. Mac Ardell et Schenck, représente le Temps coupant les ailes de l'Amour. Des estampes sur le même sujet ont été gravées par Isuac Beckett, le comte de Melun , Matthieu Gîsterreieh. Citons enfin une caricature, gravée au XVIIe siècle, par Pierre Bertrand, à Paris, et intitulée : le Temps misérable qui ne peut attraper l'Argent.

Temp» luisant triompher In Vérité (LE),

tableau du Poussin, au Louvre. Le Temps, sous la figure d'un vieillard ailé, soutient dans ses bras la Vérité, personnifiée par une femme entièrement nue qui, les bras ouverts et les regards tournés vers le ciel, semble

TENA

heureuse de remonter vers la source divine d'où elle a jailli. Un enfant ailé suit ça groupe dans son ascension ; il porte les attributs du Temps et de l'Eternité, une faucille et un serpent qui se mord la queue. Dans la partie inférieure de la composition, l'Envie, a la chevelure entremêlée de serpents, et la Discorde, année d!un poignard et d'une torche, se débattent impuissantes et vaincues.

Cette peinture , exécutée en 1G41 par le Poussin, pour la décoration d'un plafond du palais du cardinal Richelieu, fut placée ensuite dans le grand cabinet du roi au Louvre, et plus tard dans une des salles de l'Académie de peinture. Elle a été gravée par Gérard Audran, par B. picart, par Devilliers et dans les recueils de Landon (III, pi. 38) et de Filhol (VI, pi. 385). Une autre composition du Poussin sur le même sujet représente le Temps venant au secours de la Vérité qu'attaquent la Discorde et l'Envie; elle a été gravée par Dughet et par Giovanni Folo.

TEMS (Jean-François-Hugues du), historien français. V. Dutems.

TÉMULENCE s. f. {té-mu-lan-se — lat.

temulenlia ; de temulus, ivre). Pathol. Etat morbide semblable à l'ivresse. -

TÉMUS s. m. (té-muss). Bot. Arbuste du Chili, qui parait être une espèce de myrte, et dont on avait fait d'abord un genre particulier.

TENA (Louis de), théologien espagnol, né k Cadix vers le milieu du xvie siècle, mort en 1622. 11 se fit recevoir docteur, professa la philosophie, devint recteur de l'université d'Alcala et y occupa ensuite la première chaire de théologie. Par la suite, Philippe II le nomma administrateur des collèges royaux. Louis de Tena fut, en outre, chanoine de Tolède, interprète de l'Ecriture sainte et évêque de Tortose. On lui doit : Commentaria et disputaiiones in epistolam D. Pauli ad Hebrsos, réimprimés à Londres (1661, infol.), et Isngoge in sacrum scripturam (in-fol.).

TENABLE adj. (te-na-ble — rad, /em>).Où l'on peut tenir, se défendre contre les attaques de l'ennemi : Ces tranchées ne sont pas tknableS. Cette position était encore tenablh. Nous nous défendrons tant que le poste sera

TENADLK.

— Où l'on peut se tenir, rester, demeurer; d'où l'on n'est pas réduit à déloger : Ce logement n'est pas tenable. Cette position n est pas tenablk. Quant à présent, la campagne n'est pas tenablk. (J.-J. Rouss.)

TENACE adj. (te-na-se — lat. tenax; de tenere, tenir). Fortement adhérent, difficile à séparer, k arracher : Des herbes tenaces. Une dent tenace.

— • Très-gluant, qui s'attache fortement à la surface des corps : La poix est plus tenace que la cire. (Acad.)

— Difficile à extirper, à détruire ; fortement enraciné : Une maladie très-TEXACE. Une fièvre des plus tenaces. Les défauts de la première éducation sont ce qu'il g a de plus tenace. (L'abbé Bautain.) De toutes les habitudes, celles de la vanité sont les plus tenaces. (Balz.)

— Opiniâtre ; fortement attaché à ses idées, k ses opinions, k sa volonté : Il est des solliciteurs tenaces dont on ne saurait avoirraison. Les femmes sont tenaces en amour. (Mme de Genlis.)

— Qui retient fortement, qui se dessaisit malaisément :

La justice est tenace]

Elle ne lâche pas sitôt ce qu'elle tient.

Leokand.

Il Qui donne très-difficilement, qui est ladre, avare : L'oncle, qui est tuteur, est fort tenace. (Danc)

— A quoi l'on se livre avec persévérance, avec obstination :

Moi, j'irai lentement, patient travailleur, Par les chemins ardus du tenace labeur.

Rolland et du Bots.

— Qui rompt difficilement : Le bois d'orme est tres-TEVti.es. Le fer est bien plus tenace que le plomb. Le chanvre est plus tenace que te coton et la laine.

• — Mémoire tenace, Mémoire énergique, qui retient bien et longtemps : Quelques personnes ont la mémoire si tenace, qu'elles n'oublient rien que les services qu'on leur a rendus et les fautes qu'elles ont commises. (C»se Je Blessington.)

— Bot. Se dit des plantes qui s'accrochent et s'attachent aux corps voisins.

— • Jeux. Etre tenace, Avoir, au whist ou

TENA

k l'hombre, deux cartes telles qu'elles prennent deux cartes de lladversaire , si celui-ci doit jouer le premier, bien que la meilleure carte de l'adversaire soit d'une valeur supérieure k la moindre de l'autre joueur. Il s. f. Réunion de deux cartes qui donnent l'avantage indiqué ci-dessus : J'ai une tenace.

TENACEMENT adv. {te-na-se-man — rad.

tenace). D'une façon tenace, avec ténacité.

TÉNACITÉ s. f. (té-na-si-té — rad. tenace). Qualité de ce qui est tenace, résistant, difficile à rompre ou à arracher : La ténacité du fer. La ténacité du chanvre.

— Qualité de ce qui est gluant, adhérant fortement aux surfaces : La ténacité de la poix.

— Fig. Opiniâtreté, fermeté, résistance ; attachement aux idées, aux opinions, aux volontés ; persévérance obstinée : Montrer de la ténacité. La ténacité de volonté des femmes pour tout ce qu'elles désirent ardemment a passé en proverbe. (M106 de Genlis.) La prudence et la ténacité ont raison, à la longue, du génie et de la force qui abuse d'elle-même. (Ste-Beuve.) || Caractère d'une personne tenace , avare : C'est un vieux juif, un homme d'une ténacité comparable à celle d'Harpagon. Il Persistance, qualité de ce qui dure, malgré les causes de destruction : Dans tes espèces animales, la ténacité de la vie est eu raison de la simplicité d'organisation.

— Miner. Liaison des parties d'une roche, difficulté qu'on éprouve k les diviser.

TÉNACULUM s. m. (té-na-ku-lomm — mot lat. qui signif. tenaille). Chir. Aiguille emmanchée, courbée au bout, avec laquelle on tient soulevées les artères qu'on veut lier. Il Petite pince avec laquelle on serre les artères pour y suspendre la circulation du sang.

TÉNAGODE s. ni. (té-na-go-de). Moll. Sorte de coquille vermiculée, peu connue.

TENAILLE s. f. OU TENAILLES S. f. pi.

(te-na-lle; H mil. — lat. tenaculum ; de tenere, tenir). Techn. Outil composé de deux pièces croisées, rétenues par une goupille et terminées par des mors qu'on peut rapprocher, pour saisir ou serrer certains objets : Arracher des clous avec une tenaille, avec des tenailles. Il Outil de treillageur, analogue aux tenailles, mais destiné k couper les fils de fer. il Gros outil en forme de tenaille, avec lequel le verrier saisit et manœuvre la cuvette qui contient le verre en fusion, u Tenaille juste, Tenaille de forgeron dont les mors viennent au contact, et qui sert k saisir des objets délicats, il Tenaille goulue, Celle dont les mors restent ouverts et ne peuvent saisir que des morceaux de fer volumineux. I) Tenaille à vis, Etau à. main dont se servent les serruriers.

— Instrument de torture avec lequel on saisissait ou on arrachait les muscles des condamnés, et qui consistait, dans certains cas, en une tenaille rougie au feu : Le parlement le condamna à être tenaillé dans toutes les parties de son corps avec des tenailles ardentes. (Volt.)

— Fig. Action, impression poignante, comparée à celle qu'éprouve un homme qu'on déchire avec des tenailles.

— Fortif. Combinaison de quatre droites formant un angle rentrant entre deux saillants obtus. Il Ouvrage composé de deux- faces qui présentent un angle rentrant vers la campagne, et qui sert à couvrir une courtine : S'il y avait des tenailles, le passage du fossé pourrait être retardé de quelques jours. (Vauban.) Double tenaille, Celle qui a un angle saillant au milieu, dans le sommet d'un ang e rentrant. Il Tenaille de la place, Front de la place compris entre les points de deux bastions voisins.

— Ane. mar. Tenailles de poupe, Pièces en forme d'arceau surbaissé, placées à l'entrée et à l'extrémité de la poupe.

— Chir. Instruments k deux tranchants, en forme de pince, dont on se sert pour couper des esquilles ou des cartilages.

— Ichthyol, Espèce de poisson de l'Inde, dont la bouche est en forme de tenaille : La mâchoire de ta tenaille n'est pas cartilagineuse comme ses nageoires. (Ruysch.)

— Entom. Crochets qui terminent l'abdomen de certains insectes. Il On dit plus ordinairement pince.

— Encycl. Techn. Les formes, la grandeur, le poids des tenailles varient suivant l'usage auquel on les destine.

Les tenailles ordinaires, employées par les serruriers et les menuisiers pour arracher les clous, sont formées de deux mâchoires A et B (tig. 1), munies chacune d'un manche.

Fig. i.

Les deux parties sont retenues par un boulon O. Lorsqu'on ouvre les manches, les pinces s'ouvrent également; le clou est saisi en

C, puis serré fortement en rapprochant les manches M et N et arraché ensuite.

Les tenailles employées par les maréchaux

TENA

ferrants pour ferrer les chevaux, et que l'on nomme tricoisos, ont aussi et à peu près la même forme.

Les tenailles employées dans la métallurgie, dans le travail du fer, sont de trois espèces différentes. Ou distingue :

Les tenailles à écrevisse (fig. 2). Les mors

Fi£. 2.

sont de section elliptique, et le poids total de 1 instrument est de 12 kilogrammes.

Les tenailles à réchauffer (fig. 3) sont fort

solides; elles sont destinées à tirer 1 ou les paquets chauffés au rouge d pour les porter aux marteaux ou a noirs. Les mors et les manches sont carrée. On maintient l'instrument engageant l'extrémité de ces dern une sorte d'agrafe en S, représentée

es barres es foyers lux lainià section serré en iers dans figure 4,

<kt*§

Fig. 4.

Le poids de ces tenailles est de 20 kilogrammes. Les tenailles à coquille ne pèsent que 8 à

10 kilogrammes. L'un des mors B forme une sorte de coquille. Elles servent à prendre les maquettes qui se placent dans la coquille B, où elles sont maintenues par le inors plat A*

Fig. 6.

comme on le voit sur !a figure 6 qui représente lu coupe en A de la figure B. Les manches ont lm,20 de longueur à. partir du boulon.

— Verrer. Les tenailles, en verrerie, constituent un instrument usité pour le coulage des glaces. Il se compose de deux barres de fer qui se croisent et se meuvent autour d'un rivet, comme les branches des ciseaux, et qui présentent aux extrémités supérieures un carré égal aux diamètres des cuvettes,

TENA

tandis que les extrémités opposées se terminent en forme de poignée. Les tenailles servent à enlever les cuvettes pour en verser le contenu sur la table de couluge. Quand le rivet qui les unit est fixé à un essieu muni de roues, elles constituent l'appareil appelé chariot d tenaille'î.

— Art milit. En fortification, on appelle tenaille un ouvrage ouvert à lu gorge, qui se compose de deux côtés ou faces formant un angle rentrant, c'est-à-dire ayant le sommet tourné vers le3 défenseurs. Cet ouvrage n'est guère employé que lorsqu'on peut appuyer l'extrémité de ses faces à des obstacles naturels donton est maître. Du reste, avecquelque soin qu'on le construise, il y a toujours, dans le rentrant, un espace sans feux, qu'on appelle angle mort.

En fortification permanente, on donne encore le nom de tenaille à un ouvrage que l'on place en avant de la courtine et qui se compose de trois parties, l'une parallèle à cette dernière, et les deux autres, nommées ailes, situées dans le prolongement des faces des bastions. La tenaille a été imaginée par Vauban. Elle a pour objet de cacher la poterna ou issue par laquelle les assiégés communiquent dans le fossé, de couvrir le pied de la courtine contre les batteries de brèche établies dans la demi-lune, etc. C'est dans l'espace compris entre sa gorge et l'enceinte que se réunissent les troupes destinées aux sorties.

TENAILLE, ÉE (te-na-llé ; Il mil.) part, passé du v. Tenailler. Déchiré, tourmenté avec des tenailles : Un condamné tenaillé par les bourreaux.

— Fig. Cruellement tourmenté : Etre tenaillé pat- le remords.

— Fortif. Défendu par une tenaille, muni de tenailles : Fortification tenaillée.

TENAILLÉE s. f. (te-na-llé; Il mil. — rad. tenaille). Teelin. Quantité de tronçons d'épingles pris par l'empointeur pour les porter sur la meule.

TENAILLEMENT s. m. (te-na-lle-mnn ; Il mil. — rad. tenailler). Supplice en usage autrefois, et qui consistait à tirer et à déchirer lu peau du patient avec des tenailles rougies au feu : Le tenaillement était surtout appliqué aux criminels de lèse-majesté au premier chef.

TENAILLER v. a. ou te. (te-na-llé; Il mil. — rad. tenaille). Tourmenter avec des tenailles: On tenaillait autrefois tes criminels de lèse-majesté au premier chef. {Acad.)

— Jfig. Tourmenter moralement : Cette phrase est la formule nette et précise des idées qui tenaillèrent le cœur de Lucien. (Balz.J

Soins et soucia son esprit tenaillèrent.

Voltaire.

Maudit Boit l'auteur dur dont l'Apre et rude verve, Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve.

lion.E/.u.

Au bout de chaque vers, avec mes âpres rimes, Je (orge deux crampons qui tenaillent les crimes.

Rarthéleut TENAILLON s. m. (te-na-llon; rt mil. — rad. tenaille). Art milit. Espèce de contregarde que l'on place k droite ou a gauche d'une petite demi-lune r pour la renforcer et pour couvrir les épaules des bastions situés eu arrière.

TÉNALGIE s. f. (té-nal-jt — du gr. tenân, tendon ; atyos. douleur). Douleur des tendons. Il Ténalgie crépitante, Syn. d'Aï.

TENANCE s. f. (te-nan-se — rad. tenir). Situation du tenancier. Il Bien qu'il occupe. Il Vieux mot.

— Féod. Droit de tenance, Droit seigneurial, qui se payait en pots de vin.

— Encycl. Féod. Droit de tenance. Le droit de tenance, qu'on appelait aussi droit do ramajage, était connu dans la plupart des seigneuries des environs de Hum. Il consistait en un certain nombre de pots de vin, qui étaient dus au seigneur quand il survenait des mutations dans la possession des héritagea roturiers par vente, donation, échange, succession directe ou collatérale, ou de toute autre manière. Si plusieurs devenaient ensemble nouveaux possesseurs des héritages qu'un seul possédait auparavant, il ne se produisait qu'un seul droit de tenance, parce qu'il n'y avait qu'une mutation. Ce droit se payait pour une petite quantité de terre comme pour une plus grande. Dans quelques seigneuries, comme à Monchy-Lagache, à Fiez, à Douvieux, où le droit de tenance était de 24 pots de vin, il n'était dû, en cas de vente, que le droit de tenance, et dans d'autres, où le droit de tenance était, en général, de 16 pots de vin, la vente donnait ouverture tout à la lois aux lods et ventes et au droit de tenance. Dans toutes ces seigneuries, le droit de tenance devait se payer à la mesure de Ham, et le vin devait être fourni ou acquitté en argent, à 2 deniers près du meilleur qui s'y vendait ordinairement. Vers le milieu du xvme siècle, un différend s'éleva entre le seigneur de Villers-Siiint-Christophe et l'un de ses censitaires. Le censitaire alléguait qu'anciennement, et dans le temps que le droit de tenance s'était introduit, le vin était une production du pays et qu'on n'y en consommait pas d'autre ; d'où il concluait que le

TENA

payement du droit de tenance devait se faire avec du vin d'une qualité analogue à cehiilii, et que c'était mie prétention outrée des seigneurs de vouloir être payés en vin tiré des meilleurs vignobles, parce qu'il s'en trouvait dans quelques auberges de Ham. Le seigneur se défendit en disant que ses titres et ceux des autres seigneurs du canton ne faisaient point de distinction et qu'il ne voyait pas qu'on en dût admettre. La question fut résolue en sa faveur. Le droit de tenance avait beaucoup de rapport avec le droit d'essogne dont parle la coutume de Reims, avec le relief de roture des coutumes de Boulogne et de Ponthieu, avec le droit de relevoison à plaisir de la coutume d'Orléans, le marciage du Bourbonnais, le plaid seigneurial du Dauphiué et l'acapte du Languedoc et de la Guyenne. Celui qui tenait des terres en roture dépendantes du fief auquel il était dû des cens ou autres droits se nommait te-, nancier, et l'on appelait cotenaneiers ceux qui tenaient conjointement un même domaine.

TENANCIER, 1ÈRE s. (te-nan-sié, iè-re — rad. tenance). Féod. Personne qui tenait une terre en roture, dépendante d'un fief auquel il était dû des cens et autres droits : Le gentilhomme ne voyait dans les tenanciers que des débiteurs. (De Tocqueville.) Après la conquête de l'Angleterre, les Normands furent obligés d'apprendre un peu l'anglais, pour commander à leurs tenanciers. (H. Taine.) Il Franc tenancier, Celui qui a racheté les droits des terres qu'il tient en roture. Il Grands tenanciers , Grands vassaux.

— Personne qui est fermière d'une métairie dépendant d'une ferme plus considérable.

TENANT, ANTE adj. (te-nan, an-te — rad. tenir). Qui lient, qui dure, qui persiste. N'est plus guère usité que dans la locution suivante.

— Séance tenante, Dans le cours de la séance, avant de se séparer, sans désemparer : La question fut résolue séance tenante. On signa la convention séance tenante. Le journal apporté, j'y lus le discours de Ureen et ma réponse; on m'auait sténographié et imprimé séance tenante. (Laboulaye.)

— s. m. Chevalier qui, dans un tournois, appelait en Jice quiconque voulait se mesurer avec lui.

— Celui qui, dans une discussion, est tout seul à soutenir une idée, à défendre une opinion ; celui qui soutient une thèse en public : Il était le tenant de la discussion. (Acad.) Le tenant était un étranger ; cet étranger, c'était le Dante. (Villem.)

— Se dit aussi de celui qui se fait le défenseur d'une personne attaquée dans une conversation : heureusement pour lui qu'il avait un tenant habite pour le défendre en son absence.

— Cavalier servant d'une dame, celui qui lui fait assidûment sa cour et qui est comme son amant en titre. Il Amant actuel : Quand Ninon se lassait du tenant, elle le lui disait franchement et en prenait un autre. (St- Sim.)

— Personne qui a toute autorité dans une maison, qui y eomraande en maître, il Emploi vieilli.

— Tenants et aboutissants, Lieux coirtigus : Les exploits doivent énoncer deux au moins des tenants et aboutissants d'un héritage litigieux. (Acad.) il Dépendances , rapports, choses relatives : Je connais tous les tenants et les aboutissants de la question,

— Tout d'un tenant, tout en un tenant, Sans solution de continuité : Il possède 100 arpents de terre tout d'un tenant.

— Blas. Figure humaine qui tient l'écu sans le soulever.

— Encycl. Blas. Les tenants sont des personnages de convention, principalement des sauvages, des anges, des sirènes, des chevaliers, des Maures et, sous le premier Empire, des soldats en uniforme, qui, dans une altitude allière, paraissent être commis à la garde de l'écu ; ils remplissent le même office que les supports, dont ils diffèrent en ce sens que les tenants sont des êtres humains, et les sup-

forts des animaux. Comme exemple, citons a famille de Montmorency qui porte : D'or, à la croix de gueules, cantonnée de seize atérions d'azur; l'écu timbré d'une couronne princière fermée. Tenants, deux anges tenant chacun une palme. Devise : Dieu aide au premier baron etirestien. L'usage des tenants ne remonte pas au delà du xiv<= siècle. Avant cette époque, l'écu est représenté attaché au cou du chevalier, en bandoulière ou à sa main. L'écu des rois de France était autrefois soutenu par deux anges revêtus de dulinatiques. Celui de Pélissier, due de Malakoff, est tenu d'un côlé par un zouave et de l'autre par un highlander , afin de symboliser l'alliance franco-anglaise. Les femmes et les ecclésiastiques ne portent pus de tenants.

TENANT DE LATOUR (Jean-Baptiste et AntoineJ, littérateurs français. V. Latour.

TÉNARE, ancien Tznarus, aujourd'hui Caibares, ancienne ville de Laconie, près du promontoire du même nom, aujourd'hui cap Matapan.

TENARE, ancien Tsnarus,Txnarum,\e pro-

TENB

montoire le plus méridional du Péloponèse. à l'extrémité du mont Tnygète, qui avance dans la mer et se termine par un sommet très-élevé que les Grecs appellent Mtxucov (Front), d'où s'est formé le nom de Matapan. Un gouffre qui s'ouvrait en haut du Ténare était regardé comme un soupirail des enfers. C'est par lii, dit-on, qu'Hercule et Orphée y descendirent. Tenarias fauces, alla ostia Ditis (Virgile). Le cap Ténare est appelé aujourd'hui cap Matapan.

Ténarèie, voie romaine du midi de la France, qui porte encore aujourd'hui, dans le département du Gers, le nom de chemin de César. D'après la Topographie des vi;/nobles du Gers et de l'Armagnac, de M. Jules Seillan, la Ténurèze donne s-on nom à une partie de l'Armagnac, qu'elle traverse. Tracée sur le faite des coteaux, elle part de Saint-Bertrund-de-Comminges (Contiens Lugdunum), se dirige vers le plateau de Lannemezan, où l'on trouve encore la trace de gros pavés romains, passe àMiélan, se dirige vers Bnssoues, Dému, Eauze (l'antique Elusa) et Gabarret (Landes). Cette chaîne de coteaux détermine le courant d'une foule de petites rivières vers le bassin de l'Adour, entre autres la Douze et le Midou, qui arrosent ie bas Armagnac. C'est, en un mot, la ligne de partage des eaux du bassin de l'Adour et de celui de la Garonne, sur une longueur do 180 kilom. environ des Pyrénées vers Bazus. Cette route conduisait à Bordeaux sans jamais traverser de rivière, reliant ainsi plusieurs villes importantes : Convenae Lugdunum, Elusa, Sos, Vazates, Burdigala.

On donne encore le nom de Tenarèze il la zone de l'Armagnac qui produit de l'cau-devie de deuxième cru. Klle comprend le canton d'Eauze, la partie ouest du canton de Montréal et une partie du département de Lot-et-Garonne, depuis Sos jusqu'à l'embouchure de la Gelise. Dans celte Z'iiie, on cite les crus de Labarrère, de Castelnaù-d'Auzan et d'Eauze. La petite rivière l'Auzoue, qui traverse la vallée de Lannepax à Montréal, est la limite de la Tenarèze du côté de l'E.

TÉNARIDE s. f. (té-na-ri-de' — du gr.

taind, j'étends; idea, forme). Eiitom. Genre de plumes, de la famille des asclépindées, tribu des pergulariées, dont l'espèce type croit au Cap de Bonne-Espérance.

TÉNARIS s. m. (té-na-riss — du gr, Tainaros, nom mythol.). Eutom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes, tribu des papilionides, comprenant plusieurs espèces étrangères à l'Europe.

— Bot. Syn. do ténaride, genre d'asclépiadées.

TENARKE, rivière de France (Saône-et- Loire). Elle sort d'un élang situé dans le canton de Saint-Martin-en-Bresse, et va se jeter dans la Saône après un cours de 24 kilom.

TENASSER1M, fleuve de l'Inde transgangétique anglaise, province de son nom. Il prend sa source dans les montagnes au N. de Tavaï, Coule d'abord dans une vallée trèsétroite, se dirige au S., puis k 10., et se jette dans le golfe 3e Bengale par quatre embouchures, après un cours d'environ 510 kilom.

TENASSERIM, ville de l'Inde transgangétique anglaise, dans la province de son nom, dont elle fut jadis lu capitale, sur le Tenasserim, à 70 kilom. S.-O. de Mergui ; par 11» 50' de latit. N. et par 36» 30' de longit. E. En 1759. elle fut prise pur l'empereur Al- Omra, sur les Siamois, après une faible résistance. Elle était alors grande et bien peuplée ; mais elle est aujourd'hui à peu près en ruine.

TENASSERIM (provinck de), ancienne province de l'empire birman, entre le royaume de Siam à l'E. ei le golfe de Bengale à PO.,dépendantde laprésidencede Calcutta; 5,000 kilom. carrés de superficie environ ; 220,000 hab. Dans la partie E. s'élève une chaîne de montagnes qui la sépare du royaume de Sium; le reste est plat. Toute la côte est bordée d'îles hautes et souvent escarpées et rocailleuses qui l'abritent de la mousson du S.-E., et qui ont reçu le nom d'archipel de Mergui. Elle est arrosée par le Tenasserim, la Goulpia et quelques autres petites rivières. Une partie du sol est en friche, aussi les récoltes sontelles loin de suffire aux besoins de la population. Les produits principaux sont le riz, la canne à sucre, le coton, les fruits, etc. A l'intérieur s'étendent d'immenses forêts peuplées d'éléphants, de tigres et d'autres bêtes fauves. On en tire des bois de construction, des bum lions, des rotins, de l'aloès, du bois de saniial. Mines d'étain. Les habitants de la province de Tenasserim, ayant été longtemps sous le joug des Siumois, différent peu de ce peuple. Us sont doux, gais, exempts de préjuges, et fréquentent sans scrupule les Européens, dont ils adoptent facilement les habitudes. Cette contrée appartient aux Anglais depuis 1826.

TENAY, village de l'Ain, carit. de Saint- Ramberl, urroud. et à 20 kilom. de Belley, sur l'Albarine ; 1,904 hab. Filatures du soie et de laine; blanchisseries de toiles. Gorges très-pittoresques dans lesquelles coule l'Albarine.

TENBY ou TENU 1 G 11, ville d'Angleterre (Galles), dans le comté et à 14 kilom. E. de

TENC

Pembroke, sur une péninsule de la partie O. de la baie de Cnrmnrthen,avee un port commode; 2,980 hub. Tenby est admirablement située sur une falaise faisant face k la baie de Carmarthen. Au N., le promontoire de Montstono ; au S., la pointe Sainte-Catherine, forment un bel amphithéâtre. Les maisons s'étendent sur les aspérités d'un croissant montngneux, long et étroit promontoira qui se couibe vers l'B. et se termine par un roc péninsulaire surmonté des ruines d'un château. Cette ville dut être autrefois protégée par de fortes et solides murailles dont il subsiste quelques débris bien conservés. Quelques-unes des tours qui flanquaient les remparts sont encore debout. Le château a presque complètement disparu, k l'exception du donjon, qui paraît être d'origine flamande. L'église, surmontée d'une flèche très-élevéa servant de point de repère aux marins, renferme plusieurs monuments funéraires qui remontent k une assez haute antiquité. Nous signalerons le tombeau en albâtre de Jean et de Thomas White (xve siècle) elle mausolée de John Moore.

« La ville de Tenby, dit M. Esquiros, bien bâtie, domine des points de vue admirables sur la mer. Les masses majestueuses de rochers sauvages, déchirés, suspendus, qui hordeut la côte ; les nombreuses baies couvertes de voiles blanches et les sombres promontoires qui s'avancent au milieu des vagues; les petites Iles de Caldey et de Lundy, avec les rivages lointains du Somersetshire et du Devonshire, tout contribue à la grandeur et à la variété de cette scène, qui donne mille beautés au terrible Océan. Avec de tels avantages, Tenby ne pouvait guère manquer de devenir une ville de bains. La grève y est sablonneuse et l'eau de la mer transparente. Sous la colline du château sont des bains alimentés par un vaste réservoir que remplit la marée haute. Cet établissement comprend "deux divisions spacieuses, l'une pour les dames et l'autre pour les hommes, quatre bains froids et une rangée de bains d'eau de mer chauds et de bains de vapeur, avec des appareils pour les élever à tous les degrés de température voulue. Ces bains ont été construits par sir William Paxton, auquel la ville est redevable de plusieurs embellissements. Avant lui, elle manquait d'eau potable; aujourd'hui cet article d'utilité publique est fourni en abondance. Des courses de chevaux ont lieu k Tenby tous les ans en août ou en septembre. Il existe une continuelle communication entre Tenby et Bristol par les bateaux k vapeur. »

Tenby doit sa fondation aux Flamands qui s'établirent, sous le règne de Richard 1er, dans le sud du pays de Galles.

TENCA (Charles), écrivain italien, né à Milan vers 1820. Il jouissait déjà, lorsqu'il se fit recevoir avocat, d'une certaine notoriété dans sa ville natale, grâce à une aventure de ses plus jeunes années. Ayant poursuivi, paraH-il, une jeune lille qu'il aimait jusque dans un confessionnal, il fut arrêté et traîné par les gendarmes au milieu de la promenade. Ainsi désigné à vingt ans à l'attention publique, M. Tenca débuta par écrire dans un journal de modes. Ses articles, vifs et amusants, furent remarqués. Il passa à la Revue européenne, où ses articles de critique le mirent encore davantage en évidence. Alors il entreprit pour son compte un journal littéraire, le Crépuscule [Il Crepuscolo) , dans lequel, à toute occasion, il ne manquait pas d'attaquer k mots couverts, mais avec malice , la gouvernement autrichien. Lorsque l'empereur François-Joseph vint k Milan en 1857, M. Tenca, qui avait en 1848 renoncé k la rédaction du journal officiel pour être indépendant, refusa net d'annoncer l'arrivée de l'empereur, et le Crépuscule fut supprimé. Après la délivrance de la Lombardie, fil. Tenca a été élu député par le deuxième collège électoral de Milan. Le parlement italien le choisit pour un de ses secrétaires. Il n'est pas orateur et n'a pas fait de discours. Ecrivain coloré et élégant, M. Tenca appartient k cette jeune école de doctrinaires libéraux lombards — démocrates en gants jaunes, comme on les a appelés — qui forme l'Eglise de la Persevei-anza.

TENCE, ville de France (Haute-Loire), ch.-l. de cant., arrond. et à 16 kilom. d'Yssingeaux, k 44 kilom. du Puy, sur le Lignon ; pop. nggl., 1,410 hab. — pop. toi., 4,693 hab. Papeterie, chapelleries, moulins k soie, fabriques de blondes et de dentelles; foires importantes. Restes d'un vieux château.

Tour du château de Besset. Manoir de Pélissac.

TENC1N, village de l'Isère, cant, de Goncelin, arrond. et k 25 kilom. de Grenoble, station du chemin de fer de Paris à Chambéry, près de l'Isère; 1,000 hab. Taillanderies, filatures de cocons, scieries, belles carrières de pierres schisteuses. A 500 mètres environ s élève un beau château qui a appartenu k Mme de Tencin, sœur du cardinal de ce nom et mère de d'Alembert, qu'elle abandonna et qu'elle voulut eu vain reconnaître lorsqu'il fut devenu célèbre. « Defrière le château, dit M. Joanne, dont la façade offre une vue admirable sur la vallée du Graisivaudan, s'étend un vaste parc aux arbres séculaires, arrosé par uu torrent qui descend des montagnes supérieures dans une gorge pittoresque, étroite, boisée et rocheuse. Un

TENC

sentier remonte cette gorge sur la rive droite. A dix minutes environ du château, on se trouve arrêté par une muraille k pic d'où le torrent se précipite en formant une belle cascade. « Cette charmante solitude s'appelle Doul-du-Monde.

TENCIN (Pierre Guérin de), cardinal, archevêque de Lyon, né k Grenoble en 1680, d'une tamille de robe, mort en 175S. Il entra de bonne heure dans la carrière ecclésiastique, devint prieur de la Sorbonne, où lise lit recevoir docteur, grand vicaire et archidiacre de Sens, puis fut pourvu de l'abbaye de "Vézelay. La vie de cet abbé de cour est un exemple de plus de ce que peut la médiocrité soutenue par l'esprit d'intrigue et la volonté de parvenir. Il fut, au reste, puissamment secondé par les intrigues de sa sœur (v. l'article suivant). Souple, entreprenant, spirituel, persévérant, l'abbé de Tencin était peu scrupuleux sur le choix des moyens. Il s'attacha d'abord aux jésuites et aux sulpiciens, fut choisi par Dubois pour jouer le rôle de catéchumène dans la comédie de la conversion de Law (1719), qui le recompensa en l'enrichissant par l'agiotage, et dut soutenir un procès en simonie et même en escroquerie, procès dont sa réputation souffrit les plus graves atteintes. Tencin n'en fut pas moins nommé évêque de Grenoble, mais cette nomination n'eut pas de suite. En 1721, il suivit k Rome, comme conclaviste, le cardinal de Rohan, s'occupa activement de faire donner le chapeau de cardinal à Dubois, et parvint k obtenir du nouveau pape Innocent XIII ce que le ministre du régent désirait avec tant d'ardeur. Tencin devint alors chargé d'affaires k Rome et occupa ce poste jusqu'en 1724. A cette époque, il fut rappelé en France et nommé archevêque d'Embrun.

Peu après, il déploya un grand zèle pour faire condamner l'évéque de Senez, Soanen, partisan des appelants, soutint il ce sujet une lutte qui lui mérita la bienveillance de la cour de Rome, et convoqua à Embrun, en 1727, un concile qui condamna Soanen. Celui-ci en appela au parlement., en qui il trouva un soutien, et obtint de cinquante avocats une consultation en sa faveur (1728). Tencin y répondu par un mandement plein de violence dans lequel il traitait ses adversaires de schismatiques et d'hérétiques. On vit alors les pamphlets, les chansons, les plaisanteries pleuvoir de tous cotés sur l'archevêque, dont le passé prêtait si facilement le liane k la critique. Mais celui-ci tint tète a l'orage, fit paraître six Lettres adressées k l'évéque de Senez, publia une lettre pastorale contre les Mémoires sur divers points de l'histoire de France, de Mézeray (1732), un avertissement contre l'Histoire du concile de Trente, par Le Courayer, etc., et se vit récompensé de ses ardentes attaques contre les idées jansénistes et philosophiques par le chapeau de cardinal, objet de sou ambition (1739). L'année suivante, il se rendit k Rome pour y assister au conclave. Chargé secrètement par la cour de faire nommer Benoit XIV, il réussit dans cette mission et reçut, en échange de ses services diplomatiques, l'archevêché de Lyon (1741), dont il prit possession l'année suivante. De retour en France, il fut nommé ministre d'Etat (1742). Tencin engagea, en 1744, le prétendant Charles-Edouard k faire une descente en Ecosse, puis le désavoua. Il était arrivé au comble de la faveur, lorsqu'il se brouilla avec le ministre d'Argensou, au sujet des mesures prisas par de Machault k l'égard des biens du clergé. Il dut alors quitter le conseil du roi et se retira dans son oiocèse, où il lit d'abondantes aumônes. En 1753, il dénonça au roi le Siècle de Louis XI V, de Voltaire, et s'efforça d'amener l'alliance avec la Prusse après la défaite de Rosbaeh (1757). « Tencin, dit le président Hénault, était doux, insinuant, faux comme un jeton, ignorant comme un prédicateur, ne sachant pas un mot de notre histoire, en géographie plaçant le Paraguay sur la côte de Coromandel. » On a publié une Correspondance du cardinal de Tencin avec le duc de Jlichetieu (Paris, 1780, in-8u).

TENCIN ( Claudine-Alexandrine Guérin de), feu, me auteur française, sœur du précèdent, célèbre surtout par ses galanteries et ses intrigues, née k Grenoble eu 1685, morte k Paris en 1749. Son père était un président au parlement. Contrainte par la volonté de ses parents, ou peut-être entraînée par un excès subit de ferveur catholique, elle prit l'habit religieux. Mais el'j n'était point faite pour vivre dans un cloître, et son frère n'était pas d'humeur k laisser moisir dans la solitude une belle lille qui pouvait lui servir d'appât pour pêcher en eau trouble. A l'aide de quelques protections, l'abbé do Tencin obtint la sécularisation de sa sœur, qui vint briller k Paris, un peu avant la mort de Louis XIV. Quand s'ouvrit la Régence, elle était déjà en train de faire fortune j mais cette période, où les mauvaises mœurs prirent leur revanche des austérités hypocrites du grand siècle, fut surtout favorable k ses visées. La « religieuse défroquée, » comme l'appelait la duçjies»e de Noailies, fit de son corps un trafic éhonté, pour parvenir. Au diplomate anglais Mathieu Prior, ami et continent de lord Bolingbrocke, succéda Marc- René d'Argeuion, le futur garde des sceaux, alors simple lieutenant de police ; k d'Argenson succéda le régent lui-même, et Mœe de

TENC

Toncin se "crut, du coup, une puissance; mais le duc d'Orléans ne lui laissa prendre sur lui aucun empire. Il n'aimait pas causer politique entre deux draps, comme il le lui dit brutalement, et, Mme de Tencin ayant voulu recommencer, il la congédia. Du maître, elle tomba au valet, suivant l'expression de Saint-Simon, c'est-k-dirc du régent k Dubois. Au courant même de cette liaison toute politique, elle avait pour amant le chevalier Destouches, surnommé Destouches-Canon, parce qu'il était officier d'artillerie. Elle eut de lui un enfant naturel qui devint d'Alembert et qui fut, comme on sait, abandonné dès su naissance sur les marches de l'église de Soint-Jean-le-Rond et recueilli par la femme d'un pauvre vitrier (1717). On a prétendu que, quand il fut devenu célèbre, Mme de Tencin avait voulu le reconnaître, mais qu'il avait repoussé cette marque tardive et suspecte d amour maternel, en disant que sa véritable mère était celle qui l'avait élevé. Cette anecdote est fausse : jamais cette mère dénaturée ne mit d'Alembert dans le cas de dire le mot touchant qu'on lui prête. Un autre amant de Mme de Tencin, Lafresnaye, k qui elle avait fait mettre tous ses biens sous son nom, se tua ou fut tué chez elle d'un coup de pistolet. Soupçonnée, elle fut mise au Châtelet, puis k la Bastille (1726); niais de puissantes protections lui rendirent bientôt la liberté. Ses complaisances pour le régent et le cardinal Dubois avaient avancé sa fortune et en même temps celle de son frère, que l'on soupçonne d avoir aussi été l'un de ses amants et qui devint cardinal (v. l'article précédent). Ainsi que lui, elle se mêla beaucoup des opérations de Law et s'enrichit par l'agiotage. Ses nombreuses galanteries n'étaient point un scandale et ne nuisirent pointa sa réputation, k une époque où l'exemple de la corruption la plus hideuse était donné par les premiers personnages de l'Etat.

Sa vieillesse fut aussi paisible que sa jeunesse avait été orageuse et désordonnée.

Elle se plut dès lors k rassembler dans son salon l'élite des savants et des gens de lettres, et elle appelait cette réunion, avec une familiarité k laquelle on a voulu trouver de la grâce, sa ménagerie ou ses bêtes. Au reste; Fontenelle et Montesquieu en étaient les coryphées, et elle-même était citée pour sa finesse et son esprit. Le pape Benoit XIV entretint avec elle une correspondance assez suivie; elle devint l'arbitre du goût, la dispensatrice de la renommée. « Savez-vous, (lisait k ses habitués Mme de Tencin, dans les derniers jours de sa vie, en voyant Mme Geoffrin assidue plus que de coutume k la visiter, savez-vous ce que la Geoffrin vient faire ici? Elle vient voir ce qu'elle pourra recueillir de mon inventaire. • Mmi3 Geoffrin fut assez habile en effet pour recueillir la meilleure part de la succession de Mme de Tencin, pour attirer k elle tous ceux qui faisaient du salon de cette dernière un des centres littéraires du xvme siècle. Pour en arriver k donner le ton, M'ie de Tencin n'avait pas seulement fait preuve d'adresse, elle avait composé avec l'aide de ses neveux, Pont de Veyle et d'Argental, quelques ouvrages qui ont encore une certaine valeur, le Siège de Calais (Paris, 1739, 2 vol. in-12), qu'une grande élégance de style et le ton aisé, légèrement licencieux, rirent remarquer; puis les Mémoires de Comming es (1735, in-12), qui ont les mêmes qualités et les mêmes défauts; les Malheurs de l'amour (1747, 2 vol. in-12), dans lesquels on a prétendu que l'auteur avait eu l'intention de raconter sa propre histoire, et enfin les Anecdotes d'Edouard 1 II , ouvrage posthume publié en 1776 (in-12). Dix ans après, en 1786, on recueillait tous ces ouvrages en 7 volumes petit in-12, précédés d'une notice sur la vie et les écrits de leur auteur. Enfin on a publié, en 1790, sa Correspondance avec le cardinal de Tencin (2 vol. in-8°), et, en 1806, ses Lettres au duc de Richelieu.

Mme de Tencin ne s'était livrée que par désœuvrement au goût des lettres, qu'elle eût peut-être dédaignées si elle n'avait pas échoué dans ses projets d'ambition. C'était un pis aller. « Elle avait tous les genres d'esprit, dit Duclos; mais celui dont elle faisait le plus de cas était l'esprit des affaires. Elle aimait encore mieux parler d'intrigues que de littérature et faire entrer un de ses amis dans le ministère qu'à l'Académie. Elle n'aurait jamais fait de romans, si elle avait pu travailler k des arrêts du conseil. ■ Sainte- Beuve ne la juge pas autrement : ■ Elle est bien moins remarquable, dit-il, comme auteur d'histoires sentimentales et romanesques, où elle eut peut-être ses neveux pour collaborateurs, que par son esprit d'intrigue, Son manège adroit, et par la hardiesse et la portée de ses jugements. Femme peu estimable et dont quelques actions sont voisines du crirae, on se trouvait pris k son air de douceur et presque de bonté, si on l'approchait. Quand ses intérêts n'étaient point en cause, elle vous donnait des conseils sûrs et pratiques, dont on avait k profiter dans la vie. Elle savait le fin du jeu en toute chose. Plus d'un grand politique se serait bien trouvé, même de nos jours, d'avoir présente cette maxime, qu'elle avait coutume de répéter : « Les gens » d'esprit font beaucoup plus de fautes en > conduite, parce qu'ils ne croient jamais le ■ monde aussi bête qu'il est. > Les neuf

TEND

Le'l'tres d'elle qu'on a publiées, et qui sont adressées au duc de Richelieu pendant la campagne de 1743, nous la montrent en plein manège d'ambition, travaillant k se saisir du pouvoir pour elle et pour son frère le cardinal, dans ce court moment où le roi, émancipé par la mort du cardinal Fleury, n'a pas encore de maîtresse en titre. Jamais Louis XV n'a été jugé pius k fond et avec des sentiments de mépris plus clairvoyants et mieux motivés que dans ces neuf Lettres de Mme de Tencin. Dès l'année 1743, cette femme d'intrigue a des éclairs de coup d'œil qui percent l'horizon : « A moins que Dieu n'y mette vi- » siblement la main, écrit-elle, il est physi- ■ quement impossible que l'Etat ne culbute. » C'est cette maîtresse habile que Mme Geoffrin consulta et da qui elle reçut de bons conseils, notamment celui de ne refuser jamais aucune relation, aucune avance d'amitié; car, si neuf sur dix ne rapportent rien, une seule peut tout compenser; et puis, comme cette femme de ressource disait encore, ■ tout sert en ménage, quand on a en » soi de quoi mettre les outils en œuvre. »

Dans les derniers temps de sa vie, elle s'était si bien appliquée à faire oublier son passé scandaleux, qu'on la donnait comme un modèle d'affabilité et de bienfaisance. Chamfort, sortant de chez elle avec l'abbé Trublet, s'extasiait sur son amabilité et sa douceur. « La bonne femme!» s'écriait-il. «Oui, répondit l'abbé; si elle voulait vous empoisonner, elle choisirait le poison le plus doux. ■

TENCTÈRES (Tencteri), peuple de la Germanie, k l'O., vers le confluent du Rhin et de la Lippe. Ce peuple, qui changea souvent de demeure; finit par être compris dans la ligue des Francs.

tendable adj. (tan-da-ble — rad. tendre). Qui peut être tendu : Cette corde n'est

plus TENDABLE.

TENDAGE s. m. (tan-da-je — rad. tendre).

Techn. Action de tendre : Le tendage d'une corde.

TENDANCE s. f. (tan-dan-se — rad. tendre). Inclination, propension marquée, in* stinct particulier qui pousse vers un but déterminé : Tendance à la révolte. Avoir des tendances au scepticisme. La tendance à l'imitation développe les hommes. (J .-J .Rouss.) On ne peut arriver à un grand pouvoir qu'en mettant à profit la tendance de son siècle. (Mme de Staél.) La perfectibilité de l'espèce humaine n'est autre chose que la tendance vers l'égalité. (B. Const.) La tendance de la royauté au pouvoir absolu est commune à toutes les monarchies. (Bignon.) Il y a toujours dans le pouvoir, même le plus sage et te plus modéré, une tendance à l'envahissement. (Lumenn.) La tendance d généraliser est l'apanage de la raison humaine. (Virey.) Pas de sceptique qui n'ait eu une tendance, pas de sceptique qui ait cultivé le scepticisme pour le scepticisme même. (P. Leroux.) Le figuier a une tendance prononcée à donner deux récoltes. (Ruspail.) La tendance de tout homme laborieux, intelligent et probe fut de tout temps et nécessairement anarchique. (Proudh.) Le caractère distinctif de l'économie politique grecque et romaine, c'est l'esclavage; la tendance irrésistible de la neutre, c'est la liberté. (A. Blanqui.) La théologie, bien loin de servir à faire triompher l'idée de Dieu, a une tendance forcée à l'athéisme. (Ch. Bailly.) La tendance des peuples est de se grouper par races, pour en venir à se grouper par continents. (V. Hugo.) La tendance au développement domine partout l'esprit de conservation. (C. Renouvier.) Le jésuitisme, passé maître eu fait de transactions, a renoncé depuis longtemps à hrurter de front les tendances modernes. (Guéroult.)

— Procès de tendance, Poursuite dirigée contre uu écrivain k cause, non de ce qu'il a dit, mais des intentions qu'on lui attribue.

— Littér. Intention morale, politique et philosophique : Les romans vertueux à tendances, la peinture de la vie de famille, tes passions douces ramèneront inévitablement au roman passionné. (Champfieiiry.) Ici éclate visiblement le danger de la littérature à tendances ; l'art est renversé par l'enseignement. (Champfleury.)

— Physiq. Force en vertu de laquelle un corps tend k se mouvoir dans une direction déterminée.

. — Encycl. Procès de tendance. Les procès de tendance ont marqué, sous la Restauration, une phase de réaction autoritaire et inquisitoriale dans lu législation de la presse. L'article 8 de la charte de 1814 posait en

tnincipe le droit pour chacun de publier linement ses opinions. Les actes législatifs répondirent mal, au moins au début du règne de Louis XVIII, aux promesses delà charte octroyée. La loi du 21 octobre 1814 en fait de libertés, institua la censure et la nécessité de l'autorisation préalable pour toute création de journaux, en d'autres termes, le régime discrétionnaire sur la presse. D'après ses termes mêmes, la loi d'octobre 1814 ne devait être que temporaire. La loi du 17 mai 1819 définit et caractérisa les divers délits de presse ; les mesures préventives disparurent, et il ne resta que la garantie nécessaire d'une législation répressive dont la pénalité était, d'ailleurs, d'une incontestable modération. La loi du 26 du même mois de

TEND

mai 1819 régla la procédure et la juridiction en matière de délits de presse. La connaissance de ces délits, alors même qu'ils ne devaient entraîner que des peines correctionnelles, fut attribuée au jury toutes les fois que la politique était en cause ou qu'il s'agissait d'imputations diffamatoires dirigées contre un fonctionnaire public. La diffamation par la voie de la presse continua d'être justifiable des tribunaux correctionnels lorsqu'elle était dirigée contre de simples particuliers.

La législation de 1819 était, en réalité, très-libérale : plus de censures, plus d'entraves préventives, et, pour unique juge en matière politique, le jury. Mais comme la liberté était absolument incompatible avec le gouvernement des Bourbons, l'existence de catte loi ne fut qu'éphémère. L'assassinat du duc de Berry (1820) fut un prétexte, assez singulier, du reste, dont se servit le parti royaliste et absolutiste pour précipiter le retour des lois préventives en matière de presse. Le gouvernement de Louis XVIII profita de l'émotion produite par cet attentat pour présenter aux Chambres et leur faire voter la loi du 31 mars 1820, qui, par mesure provisoire, rétablissait le régime discrétionnaire et censorial. Toute création de journaux devait être subordonnée à l'autorisation préalable du gouvernement ; les feuilles périodiques déjà existantes étaient dispensées de

I autorisation, mais soumises avant la publication de chaque numéro à l'examen et au visa des censeurs. La loi du 18 mars 1822 rendit définitives ces mesures préventives, qui ne devaient être que temporaires, aux termes de la loi de 1320.

Mais l'innovation la plus importante apportée au régime de la presse par la loi de 1822, ce qui donne à cette loi une très-réelle et très-regrettable originalité, c'est d'avoir créé le délit et les procès de tendance. Le propre du délit de tendance était de ne ressembler à aucun délit défini et d'être luimême indéfinissable. Où finit,où s'arrête la discussion, la critique permise ;où commencent l'offense, l'outrage légalement punissables? Il est difficile, sinon impossible, île marquer la limite a priori et au moyen dune formule générale et abstraite de nature à être écrite dans le texte de la loi. Toutefois, en fait et dans chaque espèce particulière, ces choseslà se distinguent très- nettement ; personne ne s'y trompe. L'écrivain sait à merveille quand il fait de la discussion licite et quand il injurie et tombe sous le coup d'une répression juridique. Le juge ne s'y méprend pas davantage. La loi de 1822, dans son article 3, eut pour but d'ôter à la presse opposantu cette garantie élémentaire de la définition de l'abus punissable. Sous l'empire de la loi de 1819, un écrivain pouvait discuter avec vigueur, faire de l'opposition énergique et effective, tout itn évitant de franchir la borne et de tomber sons le coup de la loi pénale. La loi de 18Î2 lui retira cette dernière liberté. Cette loi incrimina l'esprit, la pensée transparente quoique inexprimée en termes formels. Un journal désagréable n'avait publié aucun article franchement délictueux, mais dans une série d'articles il avait laissé percer qu'il n'avait nul goût pour l'arbitraire.

II y avait là délit de tendance! L'abus punissable ne se présentait dans aucun des articles suspects ; le délit se produisait dans la réunion, dans la somme de ces articles dont chacun était légalement irréprochable! Telle fut l'économie de l'odieuse loi de 1822, la plus inquisitorialè des lois qui aient jamais été édictées en matière de presse. Sans contredit, la censure, la censure brutale qui supprime l'article avant sa publication, était un régime préférable ou, en tout cas, plus honnête. L'article 3 de la loi de 1822 était d'ailleurs empreint d'un caractère singulièrement machiavélique. Le législateur y avait fuit parade d'un semblant d'impartialité, dont l'hypocrisie était vraiment révoltante. Il avait voulu paraître protéger non point uniquement l'autorité et les personnes royales, mais encore et au même degré les principes de 1789, dans la mesure où ils étaient entrés dans la charte de 1814, l'immutabilité et le respect des ventes de biens nationaux, etc. La tendance hostile à ces choses si diverses était également réprouvée, également atteinte, du moins à se tenir au texte de ta loi. Dans la pratique, bien entendu, les magistrats des parquets pouvaient faire un choix et réserver leurs rigueurs pour les tendances qui offensaient l'autorité royale. La peine de la tendance était la suspension du journal pendant un mois à la. première condamnation et durant trois mois en cas de nouvelle poursuite. Une nouvelle récidive pouvait donner lieu à la suppression de la feuille. Citons, au reste, le texte même de cet article 3 j il était ainsi conçu : « Dans le cas où l'esprit d'un journal ou écrit périodique, résultant d'une succession d'articles, serait de nature k porter atteinte à la paix publique, au respect dû à la religion de l'Etat ou autres religions légalement reconnues en France, à l'autorité du Roi, à la stabilité des institutions constitutionnelles, à l'inviolabilité des ventes des domaines nationaux et à la tranquille possession de ces biens, les cours royales, dans le ressort desquelles ils seront établis, pourront, en l'audience solennelle de deux chambres, et après avoir entendu le procureur général et les parties,

TEND

prononcer la suspension du journal ou écrit périodique, pendant un temps qui ne pourra excéder un mois pour la première fois et trois mois pour la seconde. Après ces deux suspensions, et en c;is de nouvelle récidive, la suppression définitive pourra être ordonnée. »

Les procès de tendance ont été peu nombreux en fait, mais la loi de tendance de 1822 n'a pas été pour cela moins funeste à la Restauration et a certainement contribué à la chute si méritée de ce régime. Cette loi fut néanmoins abrogée par la Restauration ellemême et par la loi du 18 juillet 1828, qui supprima tout ensemble la tendance et le régime discrétionnaire de la presse. Celte réparation tardive ne ramena pas l'opinion, elle ne conjura pas la révolution de 1830.

TENDANT, ANTE adj. (tan-dan, an-te — rad. tendre). Qui tend, qui a une tendance : Une proposition tendante à l'hérésie. Semer des libelles tendants à ta sédition. (Acad.)

TENDARIDÉE s. f. (tan-da-ri-dé). Bot.

Antre forme du mot tyndaridée.

TENDE s. f. (tan-de). Tende de tranche, Dans le langage des bouchers, Morceau de la légion interne de la cuisse du bœuf.

TENDE (col de) , passage de la chaîne des Alpes maritimes, près et à l'O. de son point de jonction avec les Apennins, à 9 kilom. N. de Tende, entre Nice et Coni (altitude . 1,795 mètres) ; par 44" 8' de latit. N. et 5" 22' de longit. E.; défendu par les forts de Tende et de Saorgio, On met trois heures pour gravir le versant S., aux deux tiers duquel on remarque une vaste excavation commencée par l'ordre de la duchesse Anne de Savoie, élans l'intention de percer la montagne d'outre en outre pour faire un chemin, travail qui a été abandonné depuis la fin du siècle dernier. ■ La vue embrasse, de là, dit M. J.-A. Du Pays, la chaîne des Alpes depuis le m'ont lseian jusqu'au mont Rose ; mais les plaines du Piémont sont masquées par les montagnes plus rapprochées. Le mont Viso n'est plus visible au col même ; il jie l'est qu'un peu au-dessous. Sur l'autre versant, on découvre la Méditerranée pardessus les montagnes qui apparaissent de ce côté. De la maison de refuge qui se trouve à cinq minutes au-dessous du col, une cinquantaine de zigzags formés par la route conduisent au fond de la vallée, où se précipite le torrent de Roja, qui disparaît en quelques endroits au pied de rochers verticaux. >

TENDE, ville du royaume d'Italie, dans la province et à 35 kilom. S.-E. de Coni, sur le flanc d'une montagne escarpée, près de la droite de la Roja; 2,600 hab. Jadis- titre d'un comté indépendant qui passa, par échange, de Lascaris de Vintimille, dans la maison de Savoie.

TENDE-(René de Savoie, comte ce), dit le

Graud bûlard de Savoie, mort à Pavie en

1525. Il était fils naturel du duc de Savoie, Philippe II, et de Bonne de Romagne. Son père lui donna en apanage les comtés de Tende et de Villars; son frère, Philibert le Beau, le nomma lieutenant général (1500) et lui fit délivrer des lettres de légitimation, qui furent annulées peu après par Charles- Quint, par suite des intrigues de Marguerite d'Autriche, seconde femme de Philibert.

René, sensible à cet affront, se retira auprès de sa sœur, la duchesse d'Angoulême, et fut

TEND

déclaré coupable de lèse-tnajesté. Il entra alors au service de la France (1502), suivit Louis XII à Gênes, reçut le gouvernement de la Provence (1506) et fut comblé de faveurs par son neveu, François I°r. Il suivit ce prince en Italie, se distingua à la bataille de Marignan, et devint, en 1519, grand maître de France. Lorsqu'il eut achevé d'annexer au royaume le Bourbonnais, après la révolte du connétable de Bourbon, il fit tous ses efforts, lors de l'attaque de La Bicoque, pour modérer l'ardeur des Suisses, qui, par une attaque intempestive, perdirent la bataille -, il se conduisit brillamment à la bataille de Pavie et mourut, peu de jours après, des blessures qu'il y avait reçues. Il était chambellan et conseiller du roi, grand sénéchal, lieutenant général et amiral des mers du Levant.

TENDE (Claude de Savoie, comte dh), général français, fils du précèdent, né en 1507, mort en 1566. Presque enfant, il reçut en survivance la plupart des charges de son père (1520), assista à la bataille de Pavie, où il fut fait prisonnier, et devint, à son retour en France, colonel des Suisses. De Tende prit part, sons les ordres de Lautrec, à l'expédition de Naples. Devenu sénéchal de Provence, il repoussa les agressions de Charles- Quint et se signala dans cette province, que déchiraient les guerres religieuses, par son impartialité, sa tolérance, son esprit de justice, toutes choses bien rares à cette époque. Ami du peuple, il s'efforça de le protéger en punissant les chefs fanatiques et ambitieux , soit catholiques, soit protestants , qui soufflaientla discorde , et s'opposa à l'arrêt sanglant rendu contre les habitants de Mérindol. Il n'en fallut pas davantage pour le faire suspecter de favoriser les protestants. On n'osa pas le destituer, mais on lui adjoignit son fils Honoré, catholique ardent, qui se révolta bientôt contre son père et prit une grande part au massacre d'Orange et k la prise' de Sisteron. En 1563, le comte de Tende fut un des commissaires désignés pour rétablir la paix en Provence. Il venait d'être rappelé à la cour, lorsqu'il mourut subitement à Cadranache, en Provence,

TENDE (Honorât de Savoie, comte de Villars et de), général fiançais, frère du précédent, né en 1509, mort à Paris en 1580. Il donna des preuves de sa valeur duns différentes guerres en combattant dansl'jirmée française, défendit le Hesdin contre Emmanuel-Philibert (1553), fut fuit prisonnier et refusa de passer au service de l'Espagne. De Tende reçut deux blessures à la bataille de Saint-Quentin, ce qui ne l'empêcha pas de se jeter, avec 300 hommes, dans Corbieet de sauver cette ville. En récompense de ses services, il reçut le titre de lieutenant général en Languedoc (1560). Il déploya une grande rigueur contre les protestants, fut mis, en 1562, à la tête d'une division de l'armée royale, avec laquelle il combattit les réformés en Touraine, à Poitiers, à Saint- Denis, à Moncontour, où il sauva la vie au duc d'Anjou, puis devint successivement lieutenant général de la Guyenne (1570), maréchal de France (1571^ et amiral (1572) après la mort de Coligny.

TENDE (Honoré DE Savoie, comte db), général français, fils de Claude de Savoie, né à Marseille en 1538, mort à Aix (Provence) en 1572. Comme nous l'avons dit en parlant de Claude, il fut loin d'imiter la modération de son père, contre qui il se révolta en Provence, pour se venger, dit-on, des mortifi-

TEND

cations que lui faisait essuyer sa belle-mère, Françoise de Fnix. Il se signala comme un fougueux catholique, comme un chaud partisan des Guise, changea, après la mort de son père, le nom de comte de Sommerive, qu'il avait porté jusque-là, pour celui de comte de Tende et devint alors gouverneur de la Provence (1566). Honoré de Savoie combattit avec acharnement les protestants; toutefois, après la Saint-Barthélémy, il refusa de donner l'ordre de les massacrer (1572). On l'a soupçonné de n'avoir pas été étranger au meurtre de son frère cadet, René de Cipières, tué dans un guet-apens.

TENDE (Gaspard de), littérateur français, né à Manne (Provence) en 1618, mort à Paris en 1697, Il appartenait à la famille des précédents. Après avoir suivi pendant quelque temps la carrière des armes et assisté au siège de Landau (1644), il se rendit en Pologne, oit il gagna l'estime du roi Casimir V. Devenu intendant de la maison de ce prince, il le suivit en France après son abdication (1669). Par la suite, il fit un second voyage en Pologne comme secrétaire de l'ambassadeur Forbin-J.inson (1674), puis se fixa à Paris. On lui doit : Traité de ta traduction ou Règles pour apprendre à traduire ta langue latine en la langue française (Paris, 1660, in-8°), sous le pseudonyme de L'Estang ; Relation historique de Pologne, contenant le pouvoir de ses rois, leurs élections, les privilèges de la noblesse, la religion, la justice, tes mœurs et tes inclinations des Polonais (Paris, 1688, in-8°), sous le nom de Hauteville, ouvrage qu'on peut encore consulter avec fruit et qui contient des détails curieux.

TENDELET s. m. (tan-de-lè — dimin. de tente, qui se dit tende dans certains patois). Tente placée à l'arrière d'une embarcation, et sous laquelle on s'abrite : Se réfugier sous le tendelet d'un canot. Malgré l'ardeur rfu soleil, les caïques n'ont pas de tendei.et. (T. Gaut.) Enhardi par l'humble condition de Francesca, Rodolphe fit mettre un tendelet à sa barque et des coussins à l'arrière. (Balz.)

— Hortic. Petit abri en toile qui sert à protéger certaines plantes délicates contre les ardeurs du soleil.

TENDELIN s. m. ( tan-de-lain ). Techn.

Hotte de sapin qui sert à transporter la vendange.

TENDER s. m. (tan-dèr — mot angt. qui a désigné primitivement une allège, un bateau remorqué). Chem. de fer. Chariot placé immédiatement après la locomotive et chargé du combustible et de l'eau nécessaire à l'alimentation de la machine.

— Encycl. Le tender se compose d'une caisse à eau et d'un châssis porté par deux ou trois paires de roues ; il reçoit un frein pour ralentir ou arrêter la marche de la machine, à laquelle il est relié par une barre d'attelage et par les tuyaux de prise d'eau qui mettent les pompes en communication avec le réservoir. La capacité du tender est calculée d'ordinaire de manière à pouvoir contenir 5,000 à 6,000 litres d'eau et 2,000 à 2,400 kilogrammes de coke. Cette quantité d'eau suffit généralement pour un parcours de 50 à 60 kilomètres; le coke, pour 200 à 400 kilomètres, suivant le système de la machine, l'habileté du mécanicien, le plus ou moins de vitesse des convois et les circonstances atmosphériques.

';'^;-sss.:vs/s////;.;v'ZZ7Z~^7:;. >-' ■- ,V.V VWSj: <. < y.W'WW././VsWSSSSTTr,

La figure ci-dessus représente un tender en élévation ; a est la caisse, b le châssis, c l'attelage, d les roues et les essieux, e le frein, f la boîte à outils et aux apparaux divers. La caisse se divise en deux parties, le réservoir d'eau et le magasin au coke. La caisse à eau affecte généralement la forme d'un fer à cheval; les parois sont planes, horizontales ou verticales; celles qui forment le réservoir proprement dit sont en tôle, dont l'épaisseur varie de 0m,003 à on^oos. Les parois verticales sont consolidées par des entretoises reliées à la tôle par des cornières; celles du fond sont roidies par des fera d'angle ou à T dans les parties où elles ne por-

tent pas sur le châssis. La paroi supérieure, qui n'est appelée à porter que de fmbles charges, est en tôle de 0°>,003 à 0>n,004 d'épaisseur, et vient consolider les parois verticales de ce réservoir d'eau, dont la hauteur est ordinairement comprise entre om,80 et 1 mètre. La forme de fer à cheval que l'on donne à cette caisse est commandée par la nécessité de répartir, autantque possible, ta charge sur tous les essieux, tout en plaçant le coke que l'on empile dans l'intérieur du fer à cheval à la portée du chauffeur. Le magasin à coke, comme on le voit, est renfermé dans l'intervalle que la caisse à eau laisse à découvert ; le combustible repose sur

un plancher rapporté horizontalement sur le châssis, ou quelquefois plongeant entre les deux brancards pour augmenter la capacité de ce magasin. Les parois extrêmes de la caisse à eau sont prolongées au-dessus du fond supérieur pour former une hausse ou galerie, qui sert à retenir les outils et ustensiles que le mécanicien pose sur le (entier ; elle peut servir en même temps pour approvisionner une plus grande quantité de combustible, ou pour retenir les sacs remplis de coke que l'on pose quelquefois en réserve sur la caisse à eau. Cette dernière est percée sur la partie supérieure pour l'introduction de l'eau que fournissent les réservoirs et les

TEND

grues hydrauliques; cette ouverture est garnie d'un couvercle indépendant qu'on enlève a la main ou d'un couvercle à charnière qu'on relève également au moyen d'une poignée; enfin, elle reçoit un panier conique en cuivre rouge, percé d'une multitude de petits trous dont le diamètre varie de 0™,003 à 0m,005, depuis le bas jusqu'à la partie supérieure. Ce panier retient tous les menus objetsqui peuvent être amenés par l'eau des réservoirs , tels que pailles, brins d'herbe, branchages, chiffons, poissons, etc., et qui, entraînés dans les tuyaux d'aspiration, pourraient empêcher le jeu des clapets et obstruer les pompes. Le fond de la caisse k eau est muni de deux, soupapes de prise d'eau, que l'on manœuvre par des tiges qui traversent la paroi supérieure de la caisse et sont commandées par de petites manettes en fer. Le siège de la soupape s'élève de 0m,05 à 0™,06 au-dessus du fond du tender, pour que les dépôts qui s'y accumulent ne pénètrent pas dans les tuyaux d'aspiration. Quelquefois, par mesure de précaution, on recouvre le siège de la soupape d'un panier en fil de laiton à mailles très-serrées, ou formé d'une feuille de cuivre percée de trous très- petits. Sur quelques lignes de chemins de fer, on dispose au fond du tender un bouchon, ou robinet de vidange, pour le vider et le mettre à sec toutes les fois que cela est nécessaire. On place sur le devant de la caisse à eau une ou deux boites en tôle ou en bois, fermant au moyen d'un cadenas et servant au mécanicien pour placer ses outils, ses effets, etc.; on trouve encore sur quelques tenders des coffres placés en avant, des deux côtés, et pouvant servir de siège ; ces coffres, qui ne sont d'aucune utilité et qui diminuent la capacité du réservoir à eau, ont été supprimés sur la plus grande partie des lignes de chemins de fer, et ou les a remplacés par des strapontins légers, que l'on donne aux mécaniciens et qu'ils peuvent accrocher à la rampe de la machine sans cesser d'être à portée des pièces qu'ils doivent manoeuvrer et sans perdre de vue la voie et l'avant de la machine. Autrefois, on établissait sur les côtés extérieurs de la caisse k eau, k la hauteur du tablier, une petite galerie formée par une feuille de tôle de 0m,l0 à 0m,15 de largeur, ménHgée pour faciliter la circulation autour du tender pendant la marche; on a renoncé aujourd'hui à Cette addition qui n'avait aucune utilité ni aucnne raison d être.

Le châssis est intermédiaire entre la caisse à eau et les roues; il est en bois ou en tôle; le premier a l'avantage de la légèreté et de l'économie dans les frais de premier établissement; le second résiste mieux k des chocs d'une intensité modérée; il est plus rigide et conserve mieux ses formes dans les circonstances ordinaires ; il convient pour les machines k grande vitesse, qui doivent entraîner avec elles l'eau et le coke nécessaires pour de longs parcours sans arrêt et qui ne comportent que l'adjonction de véhicules d'une solidité à toute épreuve ; il convient également pour les trains de marchandises très-lourds. Les châssis en bois sont formés de deux ou quatre brancards ou longerons en bois de chêne, réunis aux deux extrémités par des traverses également en bois; ils sont consolidés par une ou plusieurs traverses intermédiaires et par des pièces de bois diagonales, assemblées k mi-bois et formant croix de Saint-André. La hauteur de ces diverses pièces de bois est en général de om,25 et leur largeur varie de on>,10 k 0m,12. Le châssis en tôle est ordinairement composé de deux longerons formés chacun de deux feuilles de tôte, reliées par des entretoises en fonte, dans lesquelles pussent des boulons en fer, ou par un faux brancard en bois. Les plaques de garde sont rapportées ou découpées dans la tôle. Les longerons sont reliés par des feuilles de tôle de champ, formant traverses et assujetties par leurs extrémités au moyen de cornières ; aux deux extrémités, les traverses sont consolidées par deux tabliers en tôle, entre lesquels sont Axées les pièces de l'attelage; le tablier supérieur sert, à l'avant, de phite-forme pour le service; il est, en quelque sorte, le prolongement de la plate-forme de la machine et du plancher du magasin k coke ; k l'arrière, il sert de support pour la caisse à outils. Le tablier inférieur ou faux tablier complète la traverse et sert, avec le tablier supérieur, de point d'attache aux barres et aux chaînes d'attelage. Dans les premières machines, la liaison du tender avec elles se faisait au moyen d'une triple barre de fer ou barre d'attelage, fixée à chaque extrémité par un boulon d'attelage, que l'on enlevait pour séparer le tender de la machine. Lorsque la vitesse des convois s'est accélérée et surtout lorsque l'emploi des machines k cylindres extérieurs est devenu plus général, on a relié d'une manière plus intime la machine avec le tender, en prenant un point d'appui sur celui-ci, pour combattre la tendance au mouvement de lacet et pour éviter les chocs répétés qu'éprouvait la barre d'attelage dans le sens longitudinal. Le premier moyen employé, le plus simple de tous, a consisté à placer sous le tablier du tender ou sous la plate- forme de la machine, suivant que les circonstances le permettaient, un ressort de traction portant un crochet semblable à celui que l'on fixait k la traverse d'arrière de la machine ou & celle d'avant du tender. A ces deux crochets

TEND

on suspendait les deux étriers d'une barre d'attelage k vis ; en même temps on armait la traverse d'avant du tender de deux tampons en bois, qui s'appuyaient sur la traverse d'arrière de la machine. On rendait ainsi en quelque sorte solidaires le tender et la machine, en donnant au ressort une tension de 1,500 à 1,800 kilogrammes. La rupture fréquente de la vis, occasionnée par les inégalités de la voie, a fait remplacer ce mode d'attelage par un. tendeur à ressort agissant sur les tampons de serrage. Cette dernière disposition, qui est loin de valoir la simple barre d'attelage k vis, a été abandonnée pour faire place k divers autres systèmes, qui varient avec les lignes de chemins de fer, et dans, lesquels on a toujours conservé le ressort de traction pour déterminer la tension nécessaire pour faire presser les tampons de serrage sur la traverse qui leur sert d'appui. L'application rationnelle des contre -poids pour équilibrer complètement les actions intérieures qui tendent k faire osciller la machine par rapport au tender a fait perdre beaucoup de son importance à la question de l'attelage. La recherche des actions perturbatrices dans le sens longitudinal comme dans le sens transversal était, du teste, ce que les ingénieurs devaient étudier ; ces résistances nuisibles étant adhérentes au système de moteur admis, c'était sur lui qu il fallait les modifier, et non pas sur la matière traînée. Four empêcher la machine de se séparer du tender en cas de rupture de la barre d'attelage, on place deux chaînes de sûreté, fixées à la traverse de la machine .ou à celle du tender, et terminées par un anneau ou un crochet qui s'attache, lorsque la barre d'attelage est mise en place, à un crochet ou à un anneau assujetti sur l'un ou l'autre des véhicules. Lorsque le châssis est en bois, on relie l'attache de la barre d'attelage de la machine avec le crochet de traction placé à l'arrière du tender au moyen d'une forte barre de fer qui transmet de l'un k l'autre, et sans fatiguer' le châssis, l'effort exercé par la machine. L'attelage du tender avec le train se fait quelquefois au moyen d'un simple crochet sur lequel on applique la barre d'attelage à vis du premier wagon ; les tampons de choc sont formés de crin ou de feutre comprimé. Le plus souvent on emploie un système d'attelage élastique ; il se compose d'un ressort de choc et de traction placé sous le tablier d'arrière ou sous la caisse à eau, saisi k son sommet par la barre d'attelage et s'appuyant par ses extrémités sur des tiges de fer armées de tampons de choc. Des chaînes de sûreté, qui s'attachent à des chaînes semblables fixées à toutes les voitures, complètent l'attelage et empêchent le train de se séparer en cas de rupture de la barre d'attelage. Sur le tablier d'arrière du tender on place habituellement une grande caisse en bois ou en tôle, dans laquelle on renferme les apparaux et les agrès de première nécessité pour relever une machine ou des wagons eu cas d'accident, tels que : crics , venins , pinces , prolonges , chaînes, etc. Le châssis est supporté par des ressorts de suspension, dont les tiges ou les patins appuient sur les boîtes k graisse chargées de lubrifier les fusées des essieux. Les roues des tenders ont des moyeux en fer forgé, ou des moyeux en fonte et des rais en fer forgé soudés k la jante ; l'emploi des premiers n'est réellement justifié que si l'on s'applique k alléger le poids du matériel à remorquer. La dimension des fusses est en rapport avec la charge qu'elles ont k supporter; elles varient avec la vitesse; elles ont, suivant les cas, 0m,08 de diamètre sur 0m,15 de longueur, ou om,095 sur om,l90, ou bien encore om,13 de diamètre sur 0"",24 de longueur.

Le frein appliqué au tender est destiné à amortir la vitesse acquise de la machine et du convoi qu'elle remorque, lorsqu'il est nécessaire de ralentir ou d'arrêter. 11 Se coinpose d'une série de leviers, vis ou engrenages, au moyen desquels on peut presser fortement des sabots en bois ou en fonte sur la circonférence des roues. Le rapport des éléments du frein est calculé de telle sorte qu'un seul homme, par son poids ou par sa force musculaire, puisse déterminer un frottement supérieur k l'adhérence des roues, afin que celles-ci soient arrêtées dans leur mouvement de rotation et qu'elles ne puissent que glisser sur les rails. Ce glissement a pour but d'engendrer un travail résistant trèsconsidérable, pour détruire graduellement la quantité de mouvement dont le convoi est animé et finir par déterminer l'arrêt. Lorsque le frottement des sabots sur les roues n'est pas supérieur a l'adhérence, ces dernières continuent k tourner en frottant sur les sabots ; il y a toujours un travail résistant qui absorbe une partie de force vive et produit une diminution de vitesse correspondante. Depuis quelques années, on a fait des essais pour appliquer l'électricité au serrage des freins et obtenir une pression considérable sur les roues. Les expériences qui ont été faites de ce système, dû k AL Achard, ancien élève de l'Ecole polytechnique, ont démontré les résultats que l'on pouvait tirer de l'électricité employée, non pas comme moteur, mais comme agent intermédiaire. Ce frein, auquel son inventeur a donné le nom d'enibrayage électrique, est déjà appliqué avec avantage sur les chemins de fer belges. En

TEND

quelques lignes, voici quelle est sa disposition : sur l'essieu d'arrière d'un fourgon se trouve calé un électro-aimant qui, parconséquent, est animé, comme la roue, d'un mouvement de rotation dans le sens de la marche du convoi ; deux poulies placées de chaque côté de cet électro-aimant, et armées d'une plaque de fer doux, sont folles sur cet essieu et portent chacune l'extrémité d'une chaîne double. Cette dernière passe sur une potllie fixée sous le plancher du fourgon et va se fixer k l'extrémité d'un grand levier, articulé en un point de sa longueur, de façon que le rapport qui existe entre le petit et le grand côté soit environ de 1 à 10. Le petit côté reçoit k son extrémité les bielles des sabots de serrage et agit sur elles comme on va le voir. Le train étant en marche, un bouton, placé sur le garde-corps de la machine près du mécanicien, sert k établir la communication entre la pile et l'électro-aimant; l'électricité ayant passé par ce dernier l'aimante et lui donne le pouvoir d'attirer k lui les deux poulies folles, qu'il conserve adhérentes tant que la communication est établie et maintenue. Le mouvement ayant toujours lieu, les poulies sont entraînées avec l'électro-aimant dans le sens de la marche ; les chaînes s'enroulent alors sur elles et soulèvent le grand levier, qui lui-même agit sur les sabots par l'intermédiaire des bielles de serrage et du petit levier. Il se produit alors une pression des sabots sur les roues tellement grande, qu'elle surpasse d'environ dix fois celle qui est obtenue k l'aide du mécanisme employé généralement ; ainsi, les freins ordinaires des tenders ne donnent guère qu'une pression de 3,500 kilogrammes, tandis que les freins électriques permettent d'atteindre, sans le moindre effort et avec la rapidité de l'éclair, une pression de 40,000 kilogrammes. Aussi, qu'en résulte-t-ilî c'est qu'avec les freins ordinaires k main on n'arrête les trains qu'à 1,000 mètres, tandis que, avec l'embrayage électrique, le maximum de distance est de 350 mètres. Que d'accidents n'aurait-on pas évités et n'éviterait - on pas encore si 1 on s'était décidé ou si l'on se décidait à suivre l'exemple des Belges 1

L'attelage du tender avec la machine étant disposé de manière à permettre à ces deux appareils de s'incliner l'un par rapport à l'autre, les tuyaux de prise d'eau doivent se raccorder de manière à permettre ces mouvements. A cet effet, on a d'abord opéré la jonction des tuyaux de la machine avec ceux du tender au moyen de boyaux en cuir, en toile ou en caoutchouc vulctmisé. Ces appareils étant imparfaits, longs k mettre en place et coûteux d'entretien, on leur a préféré les

TEND

tuyaux entièrement métalliques, en les reliant par une rotule qui leur permette de prendre toutes sortes de positions par rapport k la partie fixe de l'appareil. Quand, dans la chaudière de la machine, la production de vapeur devient assez considérable pour faire lever les soupapes, ce qui arrive surtout en stationnement, on envoie cet excédant de vapeur dans le tender, où il réchauffe l'eau d'alimentation. A cet effet, deux tuyaux munis de robinets parient de la partie supérieure de la boîte à feu et s'assemblent sur les tuyaux de raccordement de la machine et du tender; on les appelle tuyaux et robinets réchaujfeurs.

Depuis quelque temps, on supprime les tenders séparés sur les lignes k petits parcours. A cet effet, on place la caisse du tender sur les longerons de la machine prolongés; puis on modifie la position des roues de manière k obtenir une répartition convenable du poids sur les essieux. On loge également des caisses à eau sur la chaudière ou sous cette chaudière entre les essieux , ou , enfin, sous la plate-forme qui règne tout autour de la machine. Quand les rayons des courbes et la force des rails permettent d'adopter cette disposition, elle est très-convenable; en effet, elle supprime la portion notable du poids mort représentée par le châssis et les roues et les essieux du tender, ainsi que les appareils si compliqués de raccordement des prises d'eau et d'attelage. Ces machines, qui tendent k remplacer les machines et les tenders séparés, même pour les grands parcours et les fortes charges, prennent le nom de machines-tenders. V. LOCOMOTIVE.

TENDERIE s. f. {tan-de-rl — rad. tendre). Chasse qui se fait avec des pièges que l'on tend. || Etendue de terrain garni de pièges pour prendre des oiseaux et autres animaux

— Droit qu'on payait autrefois pour avoir la permission de chasser avec des pièges.

TENDEUR, EU SE s. m. (tan-deur, eu-ze — rad. tendre). Personne qui tend : Tendeur de filets, de pièges.

— s. m. Braconnier qui prend le gibier avec des pièges qu'il tend.

— Mécan. Appareil servant k tendre une courroie, une corde, un fil métallique.

— s. f. pi. Groupe d'arnnéides, comprenant celles qui tendent des toiles formées de cercles concentriques coupés par des rayons.

— Encycl. Le tendeur d'une courroie de transmission estgénéralementune petite poulie, une sorte de galet M, qui tourne autour d'un axe et repose sur la courroie par sa jante.

Pi g. 1.

On s'arrange de façon qu'il agisse sur un des brins de la courroie, soit par l'effet d'un poids qui l'entraîne, soit par celui d'un ressort. Quel que soit d'ailleurs le procédé employé pour produire cette action, il est facile de comprendre que, si le tendeur M presse la courroie AB dans le sens f, il la force k coller fortement sur les poulies PP', attendu qu'il oblige la courroie k suivre un parcours AMB plus long que le trajet naturel suivant la tangente commune aux deux poulies P et P'.

Les dispositions des tendeurs peuvent être multiples et plus ou moins ingénieuses, mais, dans tous les cas, leur mode d'action est simple et est celui que nous venons d'indiquer.

On emploie également des tendeurs disposés de manière à tirer, pour leur donner une certaine rigidité, les fils métalliques, le plus souvent des fils de fer, que l'on bande horizontalement, soit pour en faire des clôtures, soit pour établir les télégraphes électriques, soit pour tout autre but.

Fig. 2.

Or, on comprend fort bien que, si un fil de fer est attaché k deux points fixes A et B et est disposé horizontalement, la pesanteur tendra k lui faire prendre la position d'une courbe telle que ACB (fig. 2) , et on ne le rapprochera de la position horizontale AB qu'en le tendant aussi fortement que possible entre les deux points A et B,

Fig. 3.

Or, pour arriver k opérer cette tension, on se sert d'un dispositif qui se compose de deux sortes d'étriers MN (fig. 3), reliés par un pas de vis ab.

Le fil est attaché en m et », On le tend autant qu'on peut par les moyens ordinaires,, puis, quand le fil est bien fixé en A et B, on

tourne l'écrou D. Comme les portions a et à sont filetées en sens contraires , les deux étriers M, N se rapprochent insensiblement, et le fil se tend.

On se sert aussi de tendeurs spéciaux dans les instruments à cordes, tels que harpes, guitares, violons, violoncelles, basses, etc. Ce sont des chevilles autour desquelles s'enroulent les cordes; chacun les connaît.

Dans les chemins de fer, on emploie pour relier les voitures entre elles d«às chaînes d'attelage et des tendeurs; les premières ont pour but de transmettre k chaque wagon séparément le mouvement du moteur; elles s'attachent k des crochets fixés aux traverses extrêmes du châssis ; les seconds, qui transmetteut plus spécialement l'effort de traction exercé par la machine, sont fixés aux barres de traction, dont l'extrémité fait fléchir dans le sens du mouvement un ressort de traction et de choc, dans le but. d'amoindrir les chocs produits par la misé en marche ou par l'arrêt trop brusque. Les tendeurs se composent de deux mailles de chaîne ,

TEND

portant chacune un écrou à l'une de leurs extrémités ; les écroua sont réunis par une tige droite filetée en sens inverse à partir de son milieu, de telle Sorte qu'en la faisant tourner on rapproche OU l'on écarte les écrous et par suite les wagons. Pour faciliter la manœuvre de cette vis, dont le diamètre, qui a la dimension voulue pour résistera l'etfet de traction, est assez grand pour nécessiter un grand développement de force, on a soudé en son milieu une tige perpendiculaire dont l'extrémité est armée d'un contre-poids; de cette façon, l'effort à produire n'a lieu que pendant la montée de ce contre-poids, et on profite de sa pesanteur pendant la descente. L'une des mailles du tendeur est fixée à demeure dans un œil ménagé en l'un des crochets de traction ; l'autre s'engage dans le crochet du wagon suivant. Les tendeurs sont employés avec les voitures à deux tampons; en formant les trains, on les serre jusqu'à ce que les tampons des voitures consécutives exercent les uns sur les autres une pression assez considérable. Cet appareil évite les secousses et diminue l'intensité des chocs; il ralentit un peu le démarrage du train; mais en marche il s'oppose efficacement au mouvement de lacet. Quand les voitures sont montées avec soin et les roues jumelles d'un diamètre parfaitement égal, ce mouvement devient, par l'usage des tendeurs, presque nul. On s est servi pendant quelques années d'un nouveau tendeur, dit tendeur Lassalle, du nom de son inventeur. Cet appareil ne diffère du précédent qu'en ce que lavis est en deux parties, réunies par deux petits ressorts, qui permettent de supprimer eoinplétement les ressorts de traction. Malgré l'économie qui résultait de l'emploi de ce tendeur, on l'a' abandonné, parce qu'il est lourd et que la formation des trains devenait pénible et même dangereuse.

TENDIDO s. m. (tain-di-do — mot espagn.). Tente dont on se sert en Espagne pour se protéger contre les rayons du soleil : Un vaste tendido blanc et rotiye protégeait une longue table servie à l'européenne. (G. de Nerval.) DesTHKDiuofset destituâtes de toi le comme en Espagne remplaceraient avantageusement ces berceaux. (ïh. Gaut.)

TEND1LLA, bourg d'Espagne, a 78 kilomde Madrid, sur lei [tentes d'une colline qu'entoure une plaine couverte d'oliviers et de vignes; 900 hab. On visite avec intérêt près du bourg les ruines de l'ancien couvent de franciscains de lit Salceda, où fut moine le fameux cardinal Ximénès. On y vient en pèlerinage de toutes les bourgades environnantes pour prier devant une célèbre image de la Vierge, conservée dans une chapelle au sommet d'une colline boisée.

tendineux, EUSE adj, (tan-di-neu, euze — nid. tendon). Anat. Ljui est de la nature du tendon ; qui a rapport ans tendons : Fibre, membrane tendineuse.

— Se dit des viandes qui contiennent des fibres dures, coriaces : La cuisse est souvent tendineuse ckes les oiseaux marcheurs.

TENDOIR s. m. (tan-doir — rad. tendre). Techn. Bâton qui fait partie du métier do tisserand, et qui empêche la pnitrinière de se dérouler. On dit aussi TendOI, et tenikure s. f. Il Longue perche sur laquelle on étend le linge ou les étoiles qu'on veut faire sécher, il On dit aussi tendoire s. f.

TENDON s. m. ((an-don — latin tendo, sans doute de fa même famille que tendere, tendre. Comparez en allemand seltnen, tendre vers, et sehne, tendon. Le latin tendo représente exactement le grec tenon et le sanscrit tantu, fil, nerf, provenu de la racine laa, qui est représentée en latin par tendere et en grec par teinô, Icnâ. Comparez aussi l'ancien slave létiua, corde d'arc, russe leiiva, lithuanien temptyva, et l'ancien irlandais ici, corde; irlandais moderne tead, tend, kyinrique tant, Corde). Auat. Cordon ou faisceau fibreux, blanchâtre, situé à l'extrémité des muselés, et servant à les relier aux os ou ù d'autres parties ; Contraction, rétraction d'un tendon. || Tendon d'Achille, Gros tendon aplati, situé à la partie postérieure de la jambe, et formé par la réunion de plusieurs tendons s'attachant à la face postérieure du caleanéum. Son nom lui vient de ce que, selon la Fable, c'est à cet endroit, le seul point vulnérable qui lui restât , qu'Achille fut mortellement blessé d'une flèche par Paris.

— Art vétér. Réunion de cordons tendineux, derrière le canon du cheval. Il Tendon failli, Celui qui, à la naissance, vers le genou, est trop rapproché de l'os. Il Tendon féru, Tendon blessé. Il Tendon bien détaché, Tendon bien séparé du canon.

— Encycl. Anat. Les tendons sont plus ou moins longs, quelquefois ronds, mais généralement aplatis, d un blmc luisant; ils ne différent des aponévroses que par leur forme. Les tendons sont constitués par des libres lamineuses particulières, légèrement ondulées et plus étroites que les fibres lamineuses ordinaires. Leur tissu adhère d'une part au sarcolemme des faisceaux musculaires slriés, de l'autre à la substance osseuse. Les deux adhérences sont immédiates et sans interposition d'aucune substance unissante. En outre, l'extrémité du sarcolemme des faisceaux musculaires striés adhère aux faisceaux de fibres tendineuses sur leur longueur et non à leur extrémité, lorsque plusieurs muscles s'atta-

TEND

chent k une saillie osseuse par un seul tendon. Les faisceaux du tissu tendineux sont dépourvus de capillaires. Ces derniers ne parcourent que le tissu lamineux interposé à ces fïiisceaux, qui ont d'ailleurs 0m,001 à 0<a,002 de largeur.

— Tendon d'Achille. On appelle ainsi, en souvenir de la blessure du héros grec, un gros tendon aplati, formé, a la partie postérieure et inférieure de la jambe, par la réunion des tendons des muscles jumeaux et solëaires et s'attachant au calcanéum. Pour plus de détails, v. ténotomie.

— Art vétér. Maladies des tendons. Les tendons jouissant de la vie à un faible degré, leurs propriétés vitales se bornant à la sensibilité qui préside ù l'acte nutritif, sont sujets h tin petit nombre de maladies; cependant, quoique d'un tissu très-dense et très-serré, ils peuvent, comme la plupart des autres lis- Sus, être meurtris, piqués, entamés, coupés ou devenir le siérîe d'un engorgement. Ceux qui sont destinés à mouvoir les rayons inférieurs des membres étant les plus superficiels sont aussi les plus exposés à l'action des violences extérieures, et ce sont ceux qui deviennent le plus généralement lo siège de blessures, de confusions, de ruptures, d'engorgements, de distensions, etc. Parmi ces accidents, l'inflammation, l'engorgement, les distensions, les contusions, la rétraction, les piqûres, les plaies et les ruptures sont les plus fréquents.

L'inflammation s'observe dans la lésion à laquelle on a donné le nom de javart tendineux. Cependant celte lésion n'est pas caractérisée par l'état inflammatoire particulier des libres tendineuses ; elle consiste dans une inflammation très-intense du tissu cellulaire environnant les tendons fléchisseurs et se trouvant dans leurs gaines , état pathologique constamment accompagné de douleurs tresintenses, eu raison de la résistance qu'apportent au gonflement inflammatoire les tissus qui environnent celui où est le siège de l'inflimuiation; aussi celle-ci fail-olle des progrès rapides et se termine -t-elle le plus souvent par la gangrené des tissus qu'elle affecte.

L'engorgement ou la tuméfaction n'a pas non plus son siège précisément à. un tendon proprement dit, mais bien au tissu cellulaire qui y est uni ; il est une suite de l'inflammation, quelle qu'en soit la cause, et l'on doit le combattre par le repos, les antiphlogistiques locaux, tant qu'il est à l'état aigu ; essayer, quand il est chronique ou ancien, de produire une dérivation sur la peau ou de rendre l'inflammation aiguë, afln de solliciter une autre terminaison, et en dernière analyse avoir recours à la cautérisation.

Les distensions des tendons ont pour cause les efforts musculaires auxquels les animaux de service sont contraints pour entraîner des fardeaux et vaincre de grandes résistances; elles offrent les mêmes phénomènes que les efforts, reconnaissent les mêmes causes, suivent la même marche et réclament les manies moyens de traitement.

Les contusions ont lieu particulièrement aux tendons fléchisseurs des membres antérieurs et consistent dans l'engorgement qui se fait remarquer, le long du canon, au tissu cellulaire environnant la corde tendineuse. La rétraction peut avoir lieu aux tendons fléchisseurs des membres, lesquels peuvent, dans ce cas, éprouver un raccourcissement coulre nature, qui en diminue la longueur. A celte occasion, remarquons que cette expression de rétraction des tendons n'est pas trèsexacte, allemlu que, les tendons ne jouissant pas par eux-mêmes de la coniruelilité animale, leur rétraction est due aux muscles dont ils sont la terminuison. Cependant on peut employer cette expression pour se conformer à l'usage établi et pour être entendu de tout le monde.

La piqûre des tendons occasionne quelquefois des accidents graves, mais qui doivent être attribués moins à la lésion de la substance presque insensible dont ces organes sont formés, qu'à l'inflammation compliquée d'étranglement qui se développe d.ms le tissu cellulaire condensé qui les environne. Les moyens curatifs à employer dans ce cas sont de maintenir la partie dans un repos aussi absolu qu'on peut l'obtenir dans les animaux, et de combattre l'inflammation à l'aide des applications èmolhentes et des saignées locales. Si, maigre cela, la tuméfaction fait des progrès, si des symptômes d'étranglement se manifestent et si du pus se forme, une incision longitudinale, assez profonde pour diviser les parties enflammées sans toucher au tendon lui-même, est susceptible de produire un débriduinent salutaire et la cessation des accidents.

Les plaies des tendons, ordinairement transversales et produites par des instruments tranchants, sont indolores au début, parce que la sensibilité du tissu tendineux est bornée; mais la lésion peut n'en être pas moins grave. Ces plaies sont quelquefois le résultat ue la maladresse du maréchal ou d'un mouvement inattendu de la part du cheval dont on pare le pied avec le boutoir, et elles arrivent surtout dans ce cas aux membres postérieurs. Elles peuvent encore résulter de coupures accidentelles par des morceaux de verre, etc. Le tendon peut n'être qu'entamé ou coupé dans toute son épaisseur. Daus ce dernier

TEND

cas, les bouts du tendon s'écartent promptement l'un de l'autre, a raison de l'élasticité dont jouit la fibre tendineuse et delà faculté contractile du muscle : celui-ci remonte la partie tendineuse qui lui appartient et qui lui tient encore. Dans toutes les lésions de ce g^nre, la peau et le tissu cellulaire sous-cutané s'irritent et s'enflamment après les premiers moments, et c'est pourquoi, lors de la seetioi d'un, tendon, l'animal n'éprouve pas d'abord beaucoup de douleur et boite à peine; mais il n'en est pas de même plus tard, quund l'inflammation se développe; car, dans ce cas, l'engorgement survient, les parties se boursouflent, la douleur est plus vive et la boiterio très-forte. Dans les plaies des tendons où la solution de continuité est incomplète, la cicatrisation a ordinairement lieu spontanément ou à l'aide des moyens les plus simples ; presque toujours il suffit de couvrir la plaie d'un emplâtre de térébenthine, maintenu par quelques tours de bande. Lorsque la section est complète, si elle est nette et faite par un instrument tranchant qui n'a que peu irrité, il suffit do soustraire la partie au contact de l'air et de lous les autres corps extérieurs irritants, pour qu'il no survienne pas de complication fâcheuse.

La rupture des tendons, quoique difficile à concevoir, n'en existe pas moins, et dans des cas où les tendons ne présentent aucun indice de ramollissement ou d'autre maladie antérieure, de sorte qu'on est forcé d'admettre qu'elle peut s'opérer par le seul fuit de la contraction des muscles. Du reste, on l'a toujours constatée à la suite d'efforts violents, soit pour courir, soit pour franchir un obstacle en sautant, et alors elle affecte les tendons situés en arrière des boulets; mais elle esc beaucoup plus fréquente aux pieds de derrière qu'à ceux île devant.

TENDON.village de France (Vosges), ennt., nrrond. et à 22 kilom. de Remiremont, sur un affluent de la Vologne; 1,150 hnb. Commerce de fromages et de bétail ; hospice, école gratuite do filles. La cascade de Tendon, une des plus remarquables des Vosges,- « est, dit le Guide dans les Vosges et tes Ardennes , une belle masse d'eau, s'élançant d'un escarpement de rochers de 30 à 33 moires de hauteur, par trois bonds distincts formant une grande nappe transparemo, qu'interrompt à chaque bond un nuage d'écume, et tombant enlin dans un large bassin, d'où elle s'écoule vers le village à travers les prairies. La cascade de Tendon, environnée de rochers et d'arbres variés, offre, surtout lorsque les eaux sont abondantes, un admirable spectacle. Au Eomniel de la hauteur qui s'élève en arrière de la cascade, un peu au-dessus du lieu dit Blanc- Moutier, dans un site sauvage, se trouve l'étang de l'Abîme, aujourd'hui presque entièrement desséché et formant une immense tourbière, au centre de laquelle s'ouvre une fondrière dont on ignore la profondeur. »

TENDRAS, m. (tain-dru). Zooph. Genre de bryozoaires, dont l'espèce type vit fixée sur les feuilles des zostères, dans la mer Noire.

TENDRAC s. ni. (tain-drak). Mamm. Espèce du jieure éricule : Le tkndrac a été longtemps placé dans le genre tentée. []î,. Desuiurest.)

TENDRE adj. (tan-dre — lai. tener, mot qui, comme (eimis, que nous retrouvons dans le grec tanaos, le sanscrit tanus et l'anglais thin, vient d't la ratine sanscrite tau, tendre, et a signifié originairement ce qui est étendu sur une surface; il est venu par la suite à signifier mince et délicat). Qui se laisse pénétrer, couper, entamer facilement : IJois tendre. Pierre tendre. Le plomb et l'étain sont tes plus tendres des métaux. (Acad.) La tige du bananier est tendre et molle, (llay- .nul.) La serpentine commune est assez tknduk pour être travaillée au tour. (L. Figuier.)

— Qui ne résiste pas sous la dent, qui est facile à mâcher : Viande tendre. Légumes tendres. Salade tendre. Je répondis i/ue j'aimais beaucoup le mouton, quand il était tendre. (Volt.) Pris à point , le faisan est une chair tendre, sublime et de bon guùt. (Brill.-Sav.) L-t bécassine est, de tous les gibiers à plume, le plus fin, te plus tenu-e et le plus savoureux. (Toussenel.)

Ça, déjeunons, dit-il; vos poulets sont-ils tendres ?

La Fontaine.

Dans les dédales verts que formaient ces hatlîers. L'herbe tendre, le thym, les humbles violiors Présentaient aux troupeaux une pâture exquise.

Page 1